DEVELOPPEMENT-AFRIQUE DE L'EST: Le sort du Nil sous le feu des projecteurs

NAIROBI, 17 mars (IPS) – La délicate question du partage des eaux du Nil sera débattue cette semaine au Kenya, à une réunion pour trouver les voies et moyens de réduire la pauvreté qui sévit dans la région du bassin du Nil.

La réunion de cinq jours, qui a commencé lundi (15 mars) à Nairobi, a été organisée par l'Initiative du Bassin du Nil (NBI) – un partenariat entre les pays que traverse le fleuve. La NBI a été lancée en 1999 avec l'objectif de promouvoir la coopération entre les Etats du Nil pour permettre l'utilisation durable des eaux du fleuve.

Le Nil est ses affluents traversent 10 Etats : Burundi, République démocratique du Congo, Egypte, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Rwanda, Soudan, Tanzanie et Ouganda. Selon la NBI, quatre de ces pays font partie des 10 Etats les plus pauvres au monde, un problème qui pourrait être réglé par l'introduction de projets agricoles.

"Nous allons explorer les voies et moyens par lesquels tous les Etats riverains (le long du fleuve) partageront les eaux, en particulier pour l'usage agricole", a indiqué, à IPS, George Krhoda, secrétaire permanent au ministère de la Gestion et du Développement des Ressources en Eau du Kenya. Selon le directeur exécutif de la NBI, Meraji Msuya, les projets seront financés par un Fonds spécial alimenté par des bailleurs, qui a été lancé mardi (16 mars). "Le Fonds spécial de la NBI dispose déjà des 80 pour cent des 136 millions de dollars nécessaires. Ceci est un exploit, et nous avons commencé par barrer la route à la pauvreté dans la région", a-t-il indiqué.

La conférence de Nairobi fait suite à une réunion similaire qui s'est tenue la semaine dernière en Ouganda, où des délégués ont une fois encore tenté de mettre au point un moyen par lequel les eaux du Nil peuvent être équitablement réparties entre les Etats qui bordent le fleuve. Cela arrive à un moment où la tension monte autour de cette question, avec plusieurs pays appelant à l'invalidation du Traité de 1929 sur le Bassin du Nil.

Cet accord, révisé en 1959, a été signé entre la Grande-Bretagne (au nom du Soudan) et l'Egypte. Il interdit aux huit autres Etats du bassin du Nil d'entreprendre des projets qui pourraient réduire le volume d'eau arrivant dans ces deux pays, sans obtenir la permission de l'Egypte et du Soudan.

Cet accord s'est révélé particulièrement injuste pour l'Ethiopie, qui détient plus des trois quarts de l'eau se versant dans le Nil – mais consomme moins d'un pour cent de ces ressources. Le pays subit actuellement une grave sécheresse, et pourrait être énormément avantagé par une irrigation accrue en utilisant l'eau du Nil.

Des suggestions d'utilisation accrue de l'eau par l'Ethiopie ont provoqué la consternation en Egypte, qui dépend fortement du Nil pour son propre secteur agricole.

Les relations entre l'Egypte et le Kenya se sont également détériorées durant une réunion du Conseil des ministres du Bassin du Nil, qui s'est tenue en décembre dernier, en Ethiopie. La ministre des Ressources en Eau du Kenya, Martha Karua, a claqué la porte des discussions après des désaccords sur le partage des ressources du Nil, une action qui a été qualifiée de "déclaration de guerre" par son homologue égyptien, Mahmoud Abu-Zeid.

L'ancien secrétaire général des Nations Unies, Boutros Boutros-Ghali, avait fait remarquer une fois que la prochaine guerre en Afrique proviendrait de la controverse sur l'utilisation des eaux du Nil.

Certains groupes de défense des droits humains au Kenya se sont ralliés au gouvernement à propos de sa position sur le Nil.

"Le Kenya devrait continuer à utiliser les eaux pour le bien-être de ses citoyens. Nous ne devrions pas être intimidés. Etre en guerre contre une nation signifie être en guerre contre tous", a déclaré, à IPS, Samson Ojiayo, coordonnateur de 'Bunge la Wananchi' (parlement du peuple). La Tanzanie, qui connaît également une sécheresse, a déjà commencé par exploiter l'eau du lac Victoria, qui alimente le Nil. Au début de ce mois, elle s'est lancée dans un projet de 27,6 millions de dollars pour fournir de l'eau aux régions arides.

"Nous ne pouvons pas nous asseoir et attendre alors que nous pouvons sauver nos populations de la famine. Nous pensons que les deux traités (le premier accord (original de 1929 et la révision de 1959) ne nous lient pas parce qu'ils ne nous avaient pas impliqués", a déclaré une source proche du gouvernement tanzanien qui a requis l'anonymat.

"Ce que nous savons est que nous avons les mêmes droits par rapport à l'utilisation des eaux, et qu'il n'existe aucune restriction".

Toutefois, des responsables à la réunion de la NBI à Nairobi minimisent les rumeurs d'hostilité entre les pays du bassin du Nil.

"Le traité de 1929 n'est pas du tout une controverse. Nous sommes troublés par cette désinformation (dans les) médias. Depuis la création de la NBI en 1999, il y a eu un exploit formidable. Les gens parlent maintenant ouvertement du Nil même avec l'Egypte, non plus comme il y a 10 à 15 ans où l'on ne pouvait pas en parler", a fait remarquer Msuya.

Des propos similaires avaient été tenus par un délégué égyptien, Abdel Fattah Mettawie.

"De quelle guerre parlez-vous? Il n'y a jamais été question de guerre", a-t-il indiqué. "C'est une information triée sur le volet et sans fondement, destinée à tromper les populations".

Les ministres en charge de l'eau des pays de la NBI devraient faire leur apparition à la réunion le 18 mars, lorsqu'ils conduiront d'autres négociations sur le partage des eaux du Nil d'une longueur de 6.700 kilomètres de long – la plus grande voie navigable au monde.