LUSAKA, 18 mars (IPS) – Un pas en avant, trois pas en arrière : c'est ainsi que divers activistes anti-SIDA, parents et enseignants en Zambie décrivent la décision du gouvernement d'interdire la distribution des condoms dans les écoles parce que cela encourage la promiscuité sexuelle.
Pour Walter Tapfumaneyi, un coordonnateur régional du Programme VIH/SIDA pour le PANOS – une organisation non gouvernementale – les condoms offraient simplement la protection aux enfants qui ont choisi d'avoir des rapports sexuels.
"Les jeunes n'ont pas des rapports sexuels avec des gens de leur âge – c'est généralement avec des personnes plus âgées, (et) ils doivent pouvoir se protéger. Nous ne pouvons pas les empêcher d'avoir des relations sexuelles, mais nous pouvons au moins leur éviter de contracter le VIH dans ce cas", a-t-il déclaré.
Wallace Shawa, comme plusieurs autres parents, à dit à IPS qu'il a eu besoin de beaucoup de persuasion pour accepter l'éducation sur le VIH/SIDA dans les écoles. Et, il a d'abord pensé que "l'accès libre et gratuit" aux condoms "allait un peu trop loin".
Mais cet homme, qui se décrit lui-même comme un traditionaliste, a fini par s'habituer à l'idée – et discutait même du VIH avec ses trois enfants adolescents.
"Les enfants étaient conscients des dangers du VIH/SIDA et des méthodes de prévention. Je n'ai jamais demandé à mes enfants s'ils étaient sexuellement actifs… J'espère qu'ils ne le sont pas… Mais, je savais qu'ils auraient des rapports sexuels protégés s'ils l'étaient – ce qui, en fin de compte, est une meilleure alternative".
L'enseignante Madeline Chuma affirme que d'après son expérience, la disponibilité des condoms n'influençait pas la décision des enfants d'avoir des relations sexuelles ou non : "Certains d'entre eux, comme nous avons pu le constater, étaient sexuellement actifs, et nous avons encouragé l'usage des condoms – mais nous avons également enseigné la responsabilité.
D'autres ont choisi de ne pas avoir des rapports et c'était également bien".
Ce qui rend l'annonce du gouvernement particulièrement regrettable, selon Chuma, est que cela met fin aux espoirs selon lesquels le préservatif féminin serait également disponible. Elle y avait pensé comme la prochaine étape dans l'éducation sur le VIH/SIDA : que les filles et les garçons continueraient à avoir des connaissances sur comment utiliser le préservatif féminin, et se sentir à l'aise en le faisant.
"Je ne peux pas croire que nous soyons en train de reculer. C'est comme si nous avions lutté uniquement pour scier la branche sur laquelle nous sommes assis", a déclaré Chuma.
"Le SIDA est ici (et) nous devons enseigner aux enfants comment se protéger. Ceux qui viennent de milieux religieux rigoureux, peuvent faire le serment d'abstinence, ce qui est bon – mais pour d'autres, il doit y avoir quelque chose pour les protéger", a-t-elle ajouté.
Les propos de Chuma ont été repris par Nkandu Luo, un scientifique du SIDA et ancien ministre de la Santé. "Nous devrions apprécier les diverses approches pour réduire la transmission du VIH… Ceux qui croient en l'abstinence devraient l'enseigner, mais ceux qui font confiance aux condoms devraient également prêcher ce message", a-t-il souligné.
Luo, qui a conduit des recherches sur les habitudes sexuelles des adolescents et dirige actuellement la section kényane de la 'Society for Women and AIDS' (Société des femmes et le SIDA), dit que des enfants ont des rapports sexuels dès l'âge de sept ans : "Nous ne pouvons pas prétendre que les relations sexuelles entre les jeunes n'existent pas. Il y a des études pour le prouver".
Le ministre de l'Education, Andrew Mulenga, a annoncé lundi (15 mars) que toute organisation qu'on prendra en train de distribuer des condoms à des écoles tomberait "sous le coup de la loi dans toute sa rigueur" – et que les contraceptifs ne devraient être disponibles que dans des établissements d'enseignement supérieur.
Le ministre de la Santé de la Zambie, Brian Chituwo, a apporté personnellement son appui à ce changement de politique, affirmant que les élèves de l'école primaire étaient trop jeunes pour recevoir des condoms.
Ils pourraient, a-t-il ajouté, voir cela comme une autorisation pour avoir des relations sexuelles.
"Nous envoyons le mauvais message : nous disons que c'est bien d'avoir des relations sexuelles parce que nous avons même quelque chose pour vous protéger. A cet âge, nous devrions être en train de conseiller une abstinence totale", a déclaré Chituwo.
Mais Luo estime qu'il n'y a aucune preuve statistique pour soutenir les affirmations selon lesquelles les condoms encouragent une plus grande activité sexuelle parmi les adultes ou les enfants.
"Les condoms sont là pour des gens qui ont déjà des rapports sexuels. S'il y avait une manière par laquelle nous pouvons empêcher physiquement les gens d'avoir des relations sexuelles occasionnelles sans discernement, nous l'aurions fait – mais nous n'en avons pas. C'est pour cela qu'il y a des condoms", a-t-il fait observer.
Quant aux élèves qui sont au centre de ce débat, ils semblent avoir été exclus de la discussion.
Nomsa Chileshi dit que personne ne lui a jamais demandé si elle était sexuellement active ou non – ou si elle voulait obtenir des condoms à l'école. "Ils nous apparaissaient plutôt et nous étions habitués à les obtenir dans les parages", a-t-elle dit à IPS.
"Ce n'est pas nous tous qui avons des rapports sexuels, mais pour ceux qui sont sexuellement actifs, on devrait les autoriser à utiliser le condom", a-t-elle ajouté. "Nous n'avons pas les moyens d'acheter des préservatifs, si nous pouvons alors les obtenir gratuitement, c'est bon. Les retirer signifie des relations sexuelles non protégées, parce que ce qui est sûr, c'est que personne ne cessera d'avoir des rapports sexuels".
Pour son amie Chansa Mulalami, alors que de "grandes personnes" pontifient sur la promiscuité de la jeune génération, elles ont tendance à oublier que la plupart des adultes se mariaient à l'adolescence – et que les occasions de rapports sexuels avant le mariage étaient plus limitées..
Il n'y a rien de noble à propos de leur abstinence relative, ajoute-t-elle : c'était le concours de circonstances.
"Autrefois, des filles de 10 à 12 – ou 13 ans – étaient mariées. Cela signifie qu'elles avaient des relations sexuelles à cet âge. De nos jours, les filles de cet âge ont des rapports sexuels, mais sont encore à l'école, c'est la seule différence. Ce n'est donc pas une question de si grande moralité que les grandes personnes présentent", fait remarquer Mulalami.
Le Rapport 2003 des Nations Unies sur le développement humain souligne que selon les dernières statistiques disponibles, la prévalence du VIH en Zambie est d'environ 21 pour cent. Des écoles dans le pays ont inséré des informations sur le VIH dans leur programme : des enfants de six à 16 ans reçoivent des enseignements sur les dangers du SIDA.
L'ancien président Kenneth Kaunda, qui a perdu un fils pour cause de SIDA, a dit qu'il lui avait fallu un certain temps pour accepter l'utilisation des condoms comme moyen de réduction de la transmission du VIH. Toutefois, il encourage maintenant les jeunes à utiliser des condoms "s'ils ne peuvent pas contenir le feu qui brûle en eux".

