KAMPALA, 16 mars (IPS) – L'idéal de l'égalité de genre en Ouganda a été à deux doigts de se réaliser récemment avec une décision de la Cour constitutionnelle à propos de la Loi sur le divorce du pays.
La cour a abrogé dix sections de la loi violant une clause dans la constitution qui garantissait aux femmes les mêmes droits que les hommes.
La requête, qui a conduit à cette décision, a été introduite par l'Association des femmes juristes d'Ouganda.
Alors que la Loi sur le divorce autorisait précédemment les hommes à quitter leurs femmes dans des cas d'adultère, les femmes n'avaient pas le même droit. Elles devaient prouver que leurs maris étaient non seulement coupables d'adultère, mais d'une série de crimes au nombre desquels la bigamie, la sodomie, le viol et l'abandon du domicile conjugal.
Le 10 mars, cependant, un groupe de cinq juges constitutionnels ont unanimement soutenu l'opinion selon laquelle les motifs de divorce devaient s'appliquer de la même manière à toutes les parties dans un mariage.
"Pourquoi ce jugement était un tournant décisif, c'est parce qu'il établit fermement, à n'en point douter, l'égalité des sexes – redonnant vie à la constitution, et lui donnant sa signification réelle", a déclaré un avocat de Kampala qui a requis l'anonymat.
"Initialement (la Loi sur le divorce) signifiait que si ma femme me surprend en train de commettre l'adultère avec ma domestique, cela n'était pas… un motif de divorce aussi longtemps que je subviens à ses besoins et que je ne suis pas cruel à ses yeux… (Mais) si je la surprends en train de faire la même chose avec quelqu'un d'autre, cela constituerait un motif de divorce. Ce n'est pas un traitement équitable pour les hommes et les femmes", a-t-il ajouté.
Le jugement a également répondu aux exigences d'un rapport 2003 de Human Rigts Watch, "Mourir simplement en silence : la violence conjugale et la vulnérabilité des femmes au VIH/SIDA en Ouganda". L'organisation non gouvernementale (ONG), basée à New York, a souligné que la violence conjugale dans ce pays est-africain rendait les femmes vulnérables à la contamination du VIH, et que les lois qui entravaient leur capacité à quitter les relations abusives devraient être abrogées.
Pour Betty Amongin, une activiste des droits des femmes et membre du parlement, autant la décision constitue un pas en avant, autant les femmes ont encore beaucoup de chemin à faire pour combattre la discrimination.
"Le principe de l'égalité devrait être un point de référence pour mesurer tout, y compris l'accès aux emplois", a-t-elle déclaré.
Amongin soutient qu'il y a plusieurs autres lois qui ne se conforment pas au principe constitutionnel d'égalité entre les sexes – y compris les lois sur la terre et le mariage, qui empêchent les femmes de posséder des propriétés ou d'obtenir la garde des enfants après le divorce.
"Nous devons engager une bataille afin que des questions comme la co-propriété de la terre soient examinées. Les femmes sont responsables de plus de 80 pour cent de la production agricole dans le pays", a-t-elle affirmé.
Le paiement de la dot risque également de compliquer les efforts visant à faciliter le processus de divorce pour les femmes. La tradition ougandaise exige d'un jeune marié de faire don d'argent, et peut-être de bétail, à ses futurs beaux-parents. Toutefois, ces cadeaux doivent être retournés si la femme quitte son mari.
Dans la plupart des cas, cela n'est pas possible, puisque la famille de la jeune mariée a déjà dépensé l'argent. Ceci crée une situation où les femmes sont encouragées à rester dans des mariages malheureux, quel que soit le coût personnel.
La décision de la semaine dernière autorisera également des épouses à réclamer des dommages à des femmes qui ont commis l'adultère avec leurs maris. Auparavant, seuls des hommes pouvaient poursuivre ceux qui étaient surpris en flagrant délit d'adultère avec leurs femmes.
En outre, la décision de la cour contenait au moins une bonne nouvelle pour les hommes. A partir de maintenant, ils seront autorisés à réclamer la pension alimentaire à leurs ex-femmes.
On espère que la Loi de 1904 sur le divorce sera finalement remplacée par le nouveau Projet de loi sur les relations conjugales – une législation plus progressiste qui a été introduite au parlement en décembre dernier.

