L’austérité et la privatisation ont affaibli les systèmes éducatifs de l’OCDE

Le déclin a été attribué à l’IA et aux réseaux sociaux, mais il avait commencé bien plus tôt, avec les réformes d’austérité et les coupes budgétaires.

Résultats PISA de l’OCDE: variation des scores entre 2009 et 2025 et scores de 2025.

BRUXELLES et GENEVE, 5 octobre 2026 (IPS) – Les résultats de le rapport PISA 2025 de l’OCDE montrent une nette détérioration dans des pays dont les systèmes éducatifs étaient autrefois considérés comme exemplaires. PISA évalue la manière dont les élèves de 15 ans appliquent la lecture, les mathématiques et les sciences à des situations de la vie réelle, enregistre les moyennes les plus faibles jamais mesurées dans les trois matières dans l’ensemble de l’OCDE, comme l’illustre le graphique ci-dessus. Le débat public s’est empressé d’accuser l’usage de l’IA et des réseaux sociaux, mais la détérioration les précède de longue date. Dans de nombreux pays, ce déclin s’est produit parallèlement à des années de coupes d’austérité et de pressions croissantes sur l’enseignement public, notamment sur les dépenses publiques, les salaires et les conditions de travail des enseignants, les effectifs de personnel et la capacité des établissements à dispenser une éducation de qualité.

Isabel Ortiz

Ces coupes d’austérité et réformes de maîtrise des dépenses ont commencé après la crise financière de 2008, lorsque les gouvernements ont mobilisé un soutien d’urgence au secteur financier, sous forme de prêts, de capitaux et de garanties, équivalant à environ la moitié du revenu national dans les économies avancées du G20. Ce sauvetage sans précédent a épuisé les finances publiques et le coût de l’ajustement a ensuite été reporté sur les populations : à partir de 2010, les gouvernements se sont tournés vers des réformes d’austérité ou de consolidation budgétaire, réduisant les budgets de l’éducation comme ceux d’autres services publics.

Les réformes d’austérité dans l’éducation comprennent la baisse des budgets publics, la modération salariale des enseignants et du personnel scolaire, le gel des recrutements, les réductions d’effectifs, l’alourdissement des charges de travail, ainsi que la privatisation et la commercialisation de l’éducation. La consolidation budgétaire a conduit la moitié des pays de l’OCDE à réduire ou geler les salaires des enseignants après 2010 ; entre 2008 et 2012, les salaires réels des enseignants ont diminué dans 16 des 30 pays pour lesquels des données sont disponibles, et de plus d’un quart en Grèce. La Finlande a retranché 1,5 milliard d’euros de l’éducation entre 2011 et 2018 et, parmi de nombreuses autres coupes dommageables, a fermé et fusionné des établissements scolaires. Aux États-Unis, les dépenses par élève ont chuté d’environ 7 % après la crise financière, et des recherches rigoureuses montrent que ces coupes ont fait baisser les résultats aux tests et la fréquentation de l’enseignement supérieur.

Antonia Wulff

La profession enseignante ne s’est pas rétablie. Dans 13 pays et économies de l’OCDE, les enseignants du primaire gagnaient encore moins en termes réels en 2024 qu’en 2015. La part des élèves scolarisés dans des établissements dont les chefs d’établissement déclarent que la pénurie d’enseignants entrave l’enseignement est passée de 26 % en 2018 à 47 % en 2022, et se situait encore autour de 40 % dans l’évaluation de 2025, la pénurie étant concentrée dans les établissements publics, notamment ceux qui accueillent des populations défavorisées. Les données les plus récentes montrent l’ampleur persistante du problème : seuls 28,8 % des élèves de l’OCDE sont scolarisés dans des établissements où les chefs d’établissement n’ont signalé aucune pénurie d’enseignants. La propre enquête auprès des enseignants de l’OCDE montre que 17 % d’entre eux ont l’intention de quitter la profession dans les cinq ans, proportion qui atteint environ la moitié des jeunes enseignants dans certains pays européens. À l’échelle mondiale, 44 millions d’enseignants supplémentaires seront nécessaires dans le seul enseignement primaire et secondaire d’ici 2030, plus de la moitié simplement pour remplacer ceux qui quittent la profession.

La privatisation et la commercialisation aggravent les dégâts. Plus de 350 millions d’élèves du primaire et du secondaire dans le monde sont inscrits dans des établissements privés, et la part des inscriptions dans les écoles privées financées sur fonds publics a augmenté depuis 2000 dans de nombreux pays. Le rapport mondial de l’UNESCO est sans détour : .les performances apparemment supérieures des établissements privés s’expliquent en grande partie par les avantages socio-économiques de leur population scolaire

Ces tendances reflètent des choix politiques : ce que les gouvernements choisissent de financer et ce qu’ils choisissent de couper. Lorsque l’on demande aux systèmes éducatifs de faire davantage avec moins, les conséquences se font sentir dans les salles de classe. Moins d’enseignants, des charges de travail plus lourdes, des salaires et des conditions moins favorables, et une capacité moindre à offrir à chaque enfant une éducation publique de qualité. La question n’est pas de savoir si nous pouvons nous permettre d’inverser ce déclin, mais si les gouvernements sont prêts à donner la priorité à l’investissement dont l’enseignement public a besoin.

L’argent n’a jamais manqué ; c’est une question de priorités. Les gouvernements ont mobilisé 10 000 milliards de dollars pour sauver les banques en 2009 et, au cours des quatre années écoulées depuis l’invasion de l’Ukraine, le monde a dépensé 10 000 milliards de dollars supplémentaires pour le secteur militaire, tandis que les membres de l’OTAN se sont engagés à consacrer 5 % du PIB à la défense d’ici 2035, soit davantage que ce que la plupart d’entre eux consacrent à l’éducation. Aujourd’hui, les paiements au titre du service de la dette dépassent les dépenses d’éducation en Colombie, au Costa Rica, en Hongrie, au Mexique, en Pologne et en Turquie, entre autres pays, ce qui signifie une fois encore que les gouvernements donnent la priorité au remboursement des créanciers privés, a les banques, et à la défense, plutôt qu’aux enfants. De nouvelles sources de revenus sont disponibles : de l’imposition progressive et de la taxation des bénéfices exceptionnels, par exemple ceux du pétrole, jusqu’à un impôt minimum de 2 % sur la fortune des milliardaires, qui rapporterait 2 500 milliards de dollars sur une décennie. Entre-temps, le G20 s’est déjà engagé à coopérer pour imposer les ultra-riches.

L’austérité a été un choix politique, et des services publics au service de la prospérité des populations le sont tout autant. Avec un investissement soutenu dans l’enseignement public, des salaires décents pour des enseignants qualifiés et des conditions d’apprentissage équitables, les pays de l’OCDE pourraient de nouveau montrer l’exemple et investir dans l’éducation de leurs enfants afin d’élargir les possibilités offertes à la prochaine génération.

Isabel Ortiz, directrice de Global Social Justice, a été directrice à l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et à l’UNICEF, et cadre supérieur à l’ONU et à la Banque Asiatique de Développement.

Antonia Wulff, directrice de la recherche, des politiques et du plaidoyer, Internationale de l’Éducation.