DEVELOPPEMENT: Bertini avertit des risques d'une crise humanitaire enAfrique de l'ouest

DAKAR, 8 mars (IPS) – La responsable sortante du Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), Catherine Bertini a profité de l'inauguration d'un nouveau bureau régional du PAM à Dakar, au Sénégal, pour donner l'alerte sur la persistance des problèmes humanitaires en Sierra Leone, en Guinée et au Liberia.

Elle a indiqué que les promesses d'aides alimentaires étaient nécessaires à l'heure actuelle pour prévenir de sérieuses pénuries durant les trois prochains mois.

Bertini a exprimé son optimisme en ce qui concerne les perspectives de paix dans ce qui constitue actuellement les trois principaux foyers de tension d'Afrique de l'ouest.

Elle a mentionné la récente réunion au Maroc entre le président libérien Charles Taylor et ses homologues guinéen et sierra léonais, Lansana Conte et Ahmed Tejan Kabbah. "Il pourrait avoir certains mouvements positifs dans cette région, et si c'était le cas, ceci ferait une grande différence, littéralement dans la vie de millions de personnes", a reconnu Bertini.

Mais elle a souligné que sans résolution définitive des crises, "tout peut arriver".

Bertini a exprimé son profond désaccord par rapport aux niveaux actuels de soutien aux opérations du PAM en Sierra Leone et dans les pays voisins.

"Les donateurs doivent décider maintenant", a-t-elle ajouté, avertissant qu'il y avait actuellement un sérieux déficit dans les promesses (jusqu'ici le PAM n'est réellement rentré en possession que de 17 pour cent des vivres nécessaires), "autrement il y aura une rupture dans le canal d'acheminement de vivres durant les trois-quatre mois à venir".

Bertini a ajouté que l'aide alimentaire correctement gérée était cruciale pour une paix durable, la démocratie et le développement. Le PAM a besoin de 105.000 tonnes de vivres, estimées à 56 millions de dollars US, pour la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée en 2002.

Le nouveau bureau régional à Dakar couvre 12 pays. Selon le PAM, sa création représente un changement dans la façon de penser, et fait partie d'un mouvement de "décentralisation" qui fait que le personnel dirigeant basé à Rome se rapproche des bénéficiaires sur le terrain.

Selon Bertini, le Sénégal avait été choisi comme siège parce qu'il était rassurant pour le personnel, avec des voies de communication et de transport et un gouvernement qui prête fortement son appui. Le nouveau bureau est basé dans un immeuble d'habitation remis à neuf, qui aurait été offert gratuitement par le gouvernement.

Bertini, 51 ans, n'a plus que quelques semaines à passer à ce poste qu'elle occupait depuis dix ans. Elle est arrivée au PAM en 1992 après avoir servi en qualité de secrétaire adjointe au département américain pour l'Agriculture dans l'administration de George Bush senior.

Bertini reconnaît que les principales préoccupations du PAM restent la fourniture d'aide alimentaire d'urgence au milieu des "désastres provoqués par l'homme".

"Nous sommes une chaîne d'aide, qui maintient en vie des millions de personnes", a-t-elle indiqué aux journalistes à Dakar, vendredi dernier.

Pour Bertini, l'augmentation du nombre de conflits au cours des dix dernières années avait renforcé ce rôle. "Aucun être humain sur cette terre ne trouvera acceptable qu'un individu meure de faim, aussi notre principal objectif est-il de maintenir les gens en vie".

Mais Bertini a mis l'accent sur le fait que le mandat premier du PAM avait été beaucoup plus orienté "vers le développement", et que l'agence faisait actuellement fortement campagne pour des programmes à long-terme, notamment en fournissant des vivres aux écoliers.

Revenant sur dix années de visite en Afrique, Bertini a dit qu'elle tirait une profonde satisfaction des histoires à succès du PAM : des vivres pour des programmes de travail, qui avaient entraîné de nouveaux terrassements et canaux d'irrigation, des bébés qui ont survécu grâce à l'accès de leurs mères à l'aide alimentaire durant leur grossesse et à l'allaitement.

Elle a rejeté le pessimisme relatif aux chances de l'Afrique. "Beaucoup de personnes dans les pays donateurs se demandent : pourquoi devrions-nous donner alors que rien de bon ne s'y passe? Mais il y a beaucoup de statistiques positives. Il y a plus de 20 pays que nous avons soustraits de l'aide alimentaire au cours des dix dernières années et c'est parce qu'ils sont devenus des pays à revenus intermédiaires", a-t-elle affirmé.

Parmi ses tristes souvenirs, figure la frustration de n'avoir pas pu faire passer des vivres à travers les lignes des zones tenues par l'UNITA en Angola, "sachant qu'il y a beaucoup de personnes qui n'ont pas survécu".

L'UNITA, un mouvement rebelle, est un acronyme portugais pour l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola, qui lutte depuis 35 ans.

Bertini a également parlé du Soudan, où l'accord du gouvernement avant tout survol et toute distribution de vivres n'avait pas empêché les militaires de bombarder les civils alors qu'ils étaient alignés pour recevoir des vivres.

Elle a également déploré le meurtre du personnel du PAM, notamment au Burundi, où selon elle, personne n'a rendu des comptes pour ces meurtres.

Bertini a également répondu aux récents rapports du Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l'ONG "Save the Children" sur le viol d'un nombre élevé d'enfants dans les camps de réfugiés en Sierra Leone, au Liberia et en Guinée. Elle a dit qu'elle trouvait "déplorable qu'on puisse penser à ce genre d'atrocités qui ont été rapportées".

Selon elle, il y aurait une "tolérance zéro" pour tout employé du PAM qui s'y trouverait impliqué.

Elle a ajouté que le PAM, conjointement avec d'autres agences, cherchait les voies d'améliorer la régulation des camps et a suggéré l'augmentation du nombre de femmes membres du personnel comme une partie de la solution. Elle a souligné que des "milliers de travailleurs humanitaires risquent littéralement leurs vies chaque jour en essayant d'aider nos bénéficiaires".