HARARE, 7 mars (IPS) – L'opposition au Zimbabwe crie à l'injustice du fait que le président Robert Mugabe a rendu inégal le terrain de jeu en rétablissant les lois électorales controversées qui avaient été déclarées anticonstitutionnelles par la Cour suprême le mois dernier.
Le président Mugabe qui cherche à se faire réélire les 9 et 10 mars, a rétabli les lois qui, selon le parti de l'opposition du Zimbabwe, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), priveront beaucoup de ses partisans du droit électoral.
Des groupes de défense des droits civiques font une tentative frénétique de dernière minute pour annuler la décision qu'un législateur de l'opposition, David Coltart, a décrite comme visant "à truquer les élections".
Mugabe a rétabli une interdiction des votes par voie postale dans une démarche qui mettra des centaines de milliers de Zimbabwéens vivant à l'étranger dans l'impossibilité de voter.
Vers la fin du mois dernier, la Cour suprême a estimé que les lois électorales avaient été votées abusivement au parlement.
"C'est un déshonneur total. Un des candidats a modifié les règles. C'est une violation de la loi et l'intention en est clairement d'aider un candidat (Mugabe) au détriment de l'autre (Morgan Tsvangirai du MDC)", déclare un avocat du MDC, Adrian de Bourbon.
Les observateurs des élections expriment leurs préoccupations par rapport au manquement du gouvernement à finaliser les détails de l'emplacement ou du nombre de bureaux de vote, qui, craignent-ils, pourrait priver les partisans de l'opposition du droit électoral.
La liste des plaintes contre le gouvernement comprend une allégation selon laquelle l'armée a pris en mains l'organisation des élections.
Le porte-parole de l'armée, Mbonisi Gathseni, s'est refusé à tout commentaire sur cette allégation, renvoyant toutes les questions à la Commission de supervision électorale (ESC).
Le porte-parole de la ESC, Thomas Bvuma, ancien porte-parole du président Mugabe, a refusé de faire des commentaires, arguant qu'il avait "terminé le travail de la journée" et qu'il avait "à s'occuper de choses plus importantes". L'opposition prétend que des membres des forces de défense travaillent avec la Commission de supervision électorale nommée par le gouvernement, avec à sa tête le colonel d'armée à la retraite, Sobusa Gula-Ndebele.
Ce qui augmente les craintes de la domination de l'armée, c'est la nomination, par Gula-Ndebele, du général de brigade Douglas Nyikayaramba, comme principal responsable des élections.
Selon des rumeurs non confirmées, le général Nyikayaramba a pris sa retraite de l'armée il y a quelques semaines, bien que des sources proches de la commission affirment qu'il est en permission spéciale, tout comme beaucoup d'autres soldats travaillant sous ses ordres.
Ce qui rend l'élection de ce week-end encore plus contestée, c'est l'inscription de fonctionnaires comme observateurs dont l'opposition et des groupes de défense des droits se plaignent d'un nombre important venant des forces de sécurité.
Après que les forces de sécurité ont averti qu'ils ne soutiendraient pas un candidat à la présidence n'ayant pas pris part à la guerre de libération, les craintes que les militaires pourraient faire n'importe quoi pour maintenir au pouvoir Mugabe – qui est leur commandant en chef – se sont accrues.
Environ 5,6 millions d'électeurs ont été inscrits pour les élections des 9 et 10 mars. Quelque 4.548 bureaux de vote ont été créés. Mais il y a des rumeurs selon lesquelles les bureaux de vote des zones urbaines, qui sont des bastions de l'opposition, ont été réduits.
C'est, prétend l'opposition, dans l'intention de décourager les électeurs dans les zones urbaines où la ZANU-PF au pouvoir a peu de soutien.
Une autre source importante de préoccupation est la décision interdisant aux représentants de partis de voyager dans les mêmes véhicules que les urnes à destination et en provenance des lieux de vote. Cette décision a suscité des inquiétudes selon lesquelles les urnes peuvent être changées.
Les allégations relatives à la prise en mains du déroulement des élections interviennent au milieu des rumeurs selon lesquelles on est en train d'ordonner à la police et à l'armée de voter par voie postale avant le scrutin du week-end.
Mais le ministre de la Défense, Sydney Sekaramayi, a rejeté ces rumeurs, les qualifiant de "simple désinformation".
Malgré toutes ces préoccupations, des analystes affirment que l'élection présidentielle est trop proche pour être suspendue. Mais ils ajoutent qu'il en est ainsi uniquement à cause de l'intimidation répandue des partisans de l'opposition.

