HARARE, 9 mars (IPS) – Le principal candidat de l'opposition à la présidentielle du Zimbabwe, Morgan Tsvangirai, est resté vague à la question de savoir s'il accepterait ou non une défaite à l'élection du week-end.
"Alors que nous avons réellement le sentiment que ce problème ne se poserait pas forcément, puisque le peuple est fermement résolu à prononcer un verdict approprié contre le parti au pouvoir, je voudrais faire savoir que le MDC estime qu'il est très tôt pour annoncer une position définitive sur cette question, à ce stade. Nous aborderons ce problème en temps opportun", a déclaré Tsvangirai aux journalistes jeudi dans la capitale Hararé.
Le MDC est le Mouvement pour le changement démocratique créé il y a deux ans pour affronter le président Robert Mugabe aux élections des 9 et 10 mars.
Pressé davantage pour qu'il dise la mesure qu'il prendrait en cas de défaite, Tsvangirai a répondu : "Le peuple sait ce qu'il y a à faire".
Mais il n'a pas donné de détails. Son parti a évoqué par le passé la possibilité d'un soulèvement populaire si le parti au pouvoir "vole" la victoire à l'élection.
De son côté, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) au pouvoir accuse le MDC de complot visant à provoquer des violences s'il perdait les élections. Les journaux d'Etat prétendent aussi que le MDC a fait appel à une intervention militaire britannique pour le cas où il perdrait les élections du week-end.
Bien que cinq candidats briguent la magistrature suprême sur le terrain, sur la base des 5,6 millions d'électeurs inscrits, seulement deux – Mugabe et Tsvangirai – ont une chance d'être élus.
Prenant la parole à sa dernière conférence de presse à Hararé, Tsvangirai a envoyé un "message haut et clair : la victoire du peuple est maintenant certaine. Le peuple votera pour le changement".
Selon lui, "le peuple est en train de gagner ces élections dans des conditions extrêmement difficiles à Les conditions dans lesquelles se tiennent les élections ne ressemblent ni de près ni de loin à un scrutin libre et équitable".
A un jour des élections, la liste électorale n'a pas encore été publiée, et le nombre de bulletins de vote imprimés reste inconnu. "La plupart d'entre nous ne verront la liste électorale pour la première fois que le jour-même du scrutin", se plaint un député du MDC, Priscilla Misihairambwi.
Paul Themba Nyathi, un autre député du MDC, a qualifié les élections des 9 et 10 mars de "genre de scrutin que le Zimbabwe ne mérite pas".
Le Réseau de soutien aux électeurs du Zimbabwe (ZESN), qui regroupe environ 40 organisations non gouvernementales, déclare qu'il est préoccupé. "Il ne peut y avoir aucune excuse pour laisser traîner aussi longtemps la publication des détails de l'élection", affirme Reginald Matchaba-Hove du Réseau.
Sur les 12.000 observateurs locaux dont le Réseau a cherché l'accréditation, seulement 300 ont été enregistrés.
Malgré tous ces obstacles, le MDC prévoit une victoire.
"Ils (le peuple) voteront en guise de réponses aux questions brûlantes du jour. Ce sont la famine et une insuffisance alimentaire massive, la chute de l'économie du Zimbabwe, le chômage et les prix sans cesse croissants des denrées alimentaires et des produits de base", souligne Tsvangirai.
Le président Mugabe, âgé de 78 ans, prévoit aussi une victoire éclatante et a écarté les rumeurs selon lesquelles il a fait des projets de s'enfuir du pays en cas de défaite.
Mugabe qui est au pouvoir depuis l'indépendance de son pays vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1980, accuse le Premier ministre britannique Tony Blair de chercher à imposer un gouvernement fantoche noir – sous le nom de MDC – au Zimbabwe.
Selon Tsvangirai, "le parti au pouvoir a façonné et mis en œuvre toutes les astuces imaginables pour accroître ses chances dans cette élection. Le parti au pouvoir est en train de modifier les règles du jeu au mépris des décisions de la cour et d'établir de nouvelles règles, toutes visant à décourager et à empêcher des gens de voter".
Il a également rejeté les rumeurs de menace de coup d'Etat au cas où ils gagneraient. "Ces déclarations sont malheureuses et ne devraient pas être prises au sérieux tant au niveau local qu'au niveau international. Pourquoi aurait-on recours à une élection si on veut des résultats fixés d'avance?

