BRAZZAVILLE, 25 nov. (IPS) – Le trafic ferroviaire sur le chemin de
fer Congo
Océan (CFCO), qui relie Brazzaville, la capitale politique, et
Pointe Noire,
la capitale économique, a repris après une interruption causée par
l'insécurité dans l'une des régions qu'il traverse.
Les populations de Brazzaville ont accueilli avec soulagement la
reprise, ce
mois-ci, de ce trafic dont l'interruption avait causé une grande
pénurie de
vivres et d'autres produits de première nécessité.
Pour l'instant, seul le transport des marchandises est effectué
par les
trains. Selon une circulaire du chemin de fer, "les trains
voyageurs
reprendront dès que des conditions maximales de sécurité seront
remplies".
L'insécurité a été créée par les Ninjas, miliciens de l'ancien
Premier
ministre Bernard Kolélas, originaire de la région du Pool, l'une
des cinq
régions par lesquelles le train passe avant de joindre
Brazzaville.
Depuis la fin de la guerre civile dont le pays a été le théâtre
l'année
dernière, les Ninjas, qui ont combattu aux côtés des miliciens du
président
déchu, Pascal Lissouba, soutenu par l'armée régulière, se sont
repliés dans
le Pool, après leur défaite face aux miliciens Cobras de Dénis
Sassou
Nguesso, actuel président autoproclamé à l'issue de la guerre.
Dans leur retraite, les Ninjas, qui ont refusé de rendre les armes
dans le
cadre d'une opération de ramassage des armes, initiée par le
nouveau
pouvoir, ont tué depuis le mois d'août dernier plus de 30
personnes,
notamment des leaders politiques et des religieux.
Ils ont attaqué des trains et ont saboté les rails pour empêcher
le passage
des trains dans les localités de Mindouli, Goma tsé-tsé et
Kibossi dans la
région du pool, au Sud de Brazzaville, pour protester contre le
pouvoir de
Denis Sassou Nguesso.
Pour assurer la sécurité des marchandises acheminées sur
Brazzaville, chaque
train est désormais convoyé par une centaine de militaires.
La reprise du trafic a déjà permis au C.F.C.O. de transporter
plus de 1500
tonnes de marchandises (riz, farine de blé, ciment, grumes, etc.),
selon un
rapport publié par la direction de cette société publique. La
société a
également transporté 11 citernes d'hydrocarbures pour alimenter la
capitale
congolaiseen produit pétroliers.
Le C.F.C.O. qui relie Pointe-Noire et Brazzaville sur 510 km est
la voie la
plus fiable pour l'acheminement des marchandises sur Brazzaville.
Considérée
comme étant l'épine dorsale de l'économie congolaise, cette voie
est
également utilisée par certains pays limitrophes comme la
Centrafrique et le
Tchad pour l'acheminement de leurs marchandises en provenance
d'autres
continents.
Ces marchandises débarquées au port de Pointe-Noire, transitent
par le
C.F.C.O. pour arriver à Brazzaville où elles sont ensuite
embarquées dans
des bateaux en direction de ces pays enclavés d'Afrique centrale.
L'arrêt du trafic a eu des conséquences fâcheuses pour la
République
centrafricaine qui utilise le port de Pointe-Noire et le chemin de
fer du
Congo pour acheminer ses marchandises en provenance d'Europe et
d'autres
continents par bateau vers Bangui, la capitale centrafricaine,
située en
amont du fleuve Congo.
Cette situation a conduit le président centrafricain, Ange Félix
Patassé, à
effectuer la semaine dernière une visite au Cameroun afin de
négocier que
les marchandises destinées à son pays transitent désormais par le
Cameroun.
L'interruption du trafic ferroviaire a également mis à mal les
activités des
exploitants forestiers du Nord du Congo qui sont obligés de
contourner
l'incapacité du C.F.C.O. à acheminer leur production à Pointe-
Noire, en
transportant, par la route, leurs grumes vers le port de Douala,
au Cameroun.
Le C.F.C.O. a connu une perte de recettes de 900 millions de
francs CFA
pendant ces trois mois d'interruption, selon les responsables de
la société.
Mais bien avant l'arrêt du trafic suite à l'insécurité dans le
Pool, le CFCO
était confronté à des problèmes liés à la trésorerie et à la
vétusté de
ses locomotives. La réhabilitation de l'ensemble du réseau
ferroviaire
(environ 790 km), vieux de 64 ans, nécessite près de 60 milliards
de F CFA.
C'est pour résoudre ces questions que la société a signé un
contrat de
partenariat avec la société française "Rail Afrique" depuis juin
1998.
"Rail Afrique" a apporté au CFCO un financement de 4 milliards
de francs
CFA pour faire face à tous ces problèmes.
Alain Akouala, chargé de la communication de Rail Afrique,
indique qu'un
million de dollars US a été déposé en Afrique du sud pour l'achat
de 4
locomotives et 50 wagons. Ce matériel sera acheminé sur le Congo
dès que la
situation sur la voie ferrée sera totalement normalisée, a dit
Akouala.
"Rail Afrique", assistera également le CFCO jusqu'à sa
privatisation le 31
décembre prochain, conformément au programme de privatisation des
entreprises d'Etat initié sous l'égide du Fonds monétaire
international (FMI).
La compagnie ferroviaire emploie 3540 personnes, distribue une
masse
salariale de 880 millions de francs CFA par mois et réalise un
chiffre
d'affaires de 16 milliards de francs CFA par an.

