NAIROBI, 24 nov. (IPS) – Le haut commissariat des Nations Unies
pour les
réfugiés procède depuis la semaine dernière à un rapatriement
volontaire de
plus de 2500 réfugiés éthiopiens du camp de Dadaab au Nord-est du
Kenya.
Le rapatriement a lieu moins d'un mois après que le président
Daniel arap
Moi a rendu les réfugiés responsables de l'insécurité dans la
région, et a
demandé au haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés
(HCR) de les
reloger dans un autre pays.
Il y a trois semaines, des bandits soupçonnés d'être des membres
du Front de
libération d'Oromo (OLF), le principal groupe rebelle éthiopien,
en
collaboration avec des Kenyans, ont massacré plus de 142 Somaliens
du Kenya.
Les bandits ont emporté plusieurs milliers de bêtes et de
chameaux, et
kidnappé plus de 50 villageois, notamment de jeunes filles, dans
le district
frontalier de Wajir qui est situé à environ 650 kilomètres au Nord-
est de
Nairobi, la capitale kenyane.
Millicent Mutuli, attaché aux relations publiques du HCR à
Nairobi, a
précisé que le rapatriement n'avait rien à voir avec les propos de
Moi. "Le
rapatriement des réfugiés est une pratique courante dans les
camps",
a-t-elle dit à IPS, la semaine dernière.
Le complexe du camp de Dadaab est composé de Ifo, Dagahaley et
Hagadera. Il
couvre une superficie totale de 50 kilomètres carrés, et est à 18
km de la
ville de Dadaab. En octobre dernier, il y avait au total 108.809
réfugiés.
Le Kenya abrite un autre camp de 175.000 réfugiés à Kakuma, à la
frontière
avec le Soudan.
La plupart des réfugiés vivant au Kenya, viennent de la Somalie,
de
l'Erythrée, du Soudan, du Rwanda, du Burundi, de l'Ouganda et de
la
République démocratique du Congo (RDC).
Le rapatriement de la semaine dernière a démarré avec le transfert
par voie
aérienne de 98 réfugiés de Dadaab à la ville frontalière de
Moyale. C'est
une opération qui va durer cinq semaines. "La plupart de ces
réfugiés qui
prenaient l'avion pour la première fois, étaient contents de
retourner au
bercail", a déclaré Mutuli, superviseur de l'opération.
En Ethiopie, chaque réfugié a reçu une ration alimentaire de 9
mois
comprenant des céréales, de l'huile et une petite allocation
financière pour
l'aider à quitter Moyale (700 km au Nord-est de Nairobi) et à
commencer une
nouvelle vie après plusieurs années d'exil.
Plus de 50.000 Ethiopiens avaient fui vers le Kenya en 1991, à la
suite de
la chute du régime de Mengistu Haile Mariam et d'une grave famine.
Selon
Mutuli, la majorité des Ethiopiens vivant dans les camps de
réfugiés du
Kenya, sont progressivement rentrés chez eux. D'autres vagues de
réfugiés
éthiopiens seront rapatriées à Gode et à Jijiga en Ethiopie, au
début de
l'année 1999, a-t-elle annoncé.
Cette année-ci, le HCR a favorisé le retour de 781 Somaliens, 605
Ethiopiens, 257 Ougandais et 148 autres réfugiés de plusieurs
autres pays
africains, ce qui porte le nombre total de réfugiés à 1815.
Près de 2700 autres réfugiés ont été envoyés cette année dans des
pays tiers
comme les Etats-Unis, l'Australie et le Canada. Les Etats-Unis
viennent en
tête car ils ont accueilli 1465 réfugiés. Ils sont suivis de
l'Australie
(429), du Canada (231) et de la Nouvelle Zélande (215).
Plus de 30.000 réfugiés kenyans ont été réinstallés à l'étranger
depuis le
début du programme. D'après Mutuli, cela fait que le Kenya est le
seul Etat
à réinstaller plus de réfugiés dans une tierce nation que sur son
propre
territoire.
Cependant, l'idée de réinstaller les réfugiés dans de nouveaux
pays, est une
véritable gageure pour le HCR.
Amina Bakram Aden de la Somalie et ses deux filles âgées de 4 et 3
ans, ont
fui le camp de Dadaab depuis une semaine et ont dressé une tente
devant le
bureau du HCR à Nairobi. Elles exigent qu'on les réinstalle au
Canada.
"Pendant ces trois dernières années, j'ai voulu rejoindre ma
fille aînée au
Canada, mais ces gens (du HCR) ne veulent rien entendre. Je ne
partirai
d'ici que pour le Canada", a-t-elle affirmé.
Plus de trente réfugiés somaliens, y compris Aden, ont 'fui'
Daadab et
veulent être réinstallés ailleurs.
"C'est désormais l'affaire de la police", a indiqué Mutuli.
"Nous avons
fait de notre mieux pour assurer leur sécurité dans un camp de
réfugiés,
quoiqu'il arrive, nous n'en sommes pas responsables".

