LOME, 23 nov. (IPS) – Le Togo est devenu un point de transit pour
les
drogues illicites et l'augmentation apparente de la quantité de
drogue
produite dans cette nation de l'Afrique de l'Ouest va certainement
se
poursuivre car la baisse des prix des principales denrées, amène
les petits
fermiers à produire de la marijuana.
En 1997, environ 1000 tonnes de drogues ont été saisies et 200
personnes ont
été arrêtées pour des délits liés aux stupéfiants. Cette année,
près de 2350
tonnes de drogues ont été interceptées par les forces de l'ordre
et brûlées
en public.
"Cette destruction est un acte de survie pour toute notre
jeunesse et pour
l'avenir de notre pays", a déclaré le général Sizing Akawilou
Walla,
secrétaire d'Etat chargé de la sécurité, lors d'une cérémonie
d'incinération. " Il faut que la population prenne conscience du
fait que
la drogue tue et qu'il y a lieu de la combattre".
Les malheurs causés par la drogue au Togo, sont remarqués dans
d'autres pays
du continent. Dans son rapport de 1998, l'Observatoire
géopolitique des
drogues (OGD) a indiqué que la participation croissante de
l'Afrique au
commerce international de la drogue se confirme. Cette tendance a
été
observée depuis la fin des années 1980.
Les leaders de l'Afrique de l'Ouest ont réagi en accordant plus
d'attention
à la question. Lors d'un récent sommet de la Communauté économique
des Etats
de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), tenu à Abuja (Nigeria), les
chefs d'Etat
ont symboliquement brûlé une importante cargaison de drogue saisie
dans le
pays.
Les drogues interceptées au Togo sont essentiellement l'héroïne,
la cocaïne
et le cannabis. Bien que la marijuana soit essentiellement une
affaire
locale, les trafiquants d'origine indo-pakistanaise et nigériane
sont
impliqués dans le commerce de la cocaïne et de l'héroïne. Certains
de ces
trafiquants vendent également en gros d'autres types de
marchandises, selon
les sources locales.
Ces réseaux envoient généralement leur marchandise par avion :
plus de 1924
vols internationaux atterrissent, chaque année, à l'aéroport
international
de Lomé où opèrent environ une douzaine de compagnies aériennes.
D'après une hôtesse de l'air de Ethiopian Airlines, qui a requis
l'anonymat,
certains trafiquants de drogues "voyagent en première classe et
devant tout
le monde ils avalent des capsules de drogue fourrées dans des
préservatifs.
Ils ne se cachent même pas pour le faire. Ils prennent de la bière
pour
faire tasser la marchandise".
Cependant, le Togo est aussi devenu un producteur de cannabis,
comme
l'indique l'OGD dans son rapport annuel d'octobre.
D'après une enquête de l'OGD réalisée au sud-ouest du Togo, les
plantations
de cannabis dans cette nation de l'Afrique de l'Ouest ont une
superficie de
0,25 à 4,0 hectares. Ces herbes sont souvent plantées parmi les
cultures
alimentaires près des montagnes ou dans des vallées, pour les
cacher au public.
Les chercheurs de l'OGD ont découvert au cours de leur enquête que
de plus
en plus de petits producteurs de cacao et de café cultivent plutôt
du
cannabis.
"Les petits producteurs de cacao et de café au Togo et en Côte
d'Ivoire,
ont trouvé une alternative à la baisse des cours mondiaux de ces
deux
denrées. Ils produisent un cannabis dont le prix de vente est plus
rémunérateur sur le marché local et international", a constaté le
sociologue Laurent Laniel, chef de mission à l'OGD.
Un kilo de cannabis coûte 20.000 FCFA, alors que le café se vend
entre 600
et 650 francs CFA. Le prix du kilogramme de cacao varie entre 500
et 575
francs CFA.
Un dollar américain équivaut à 560 francs CFA.
Tout comme dans d'autres régions de l'Afrique, les programmes
d'ajustement
structurel et la libéralisation du marché des cultures
commerciales, ont,
sous l'influence des conseils des institutions de Bretton Woods,
contribué
au boom des stupéfiants qui sont perçus comme une issue à la
pauvreté.
Etant donné la variation des prix des denrées au Togo et compte
tenu du sort
de leurs adultes, les jeunes villageois ont parfois le sentiment
que la
production des cultures légitimes est une recette sure contre la
faim.
"Nous avons vu leurs revenus se fondre depuis plusieurs années
et la
tendance à la baisse des prix des produits de rente continue",
a déclaré
un jeune producteur de cannabis à Kpele-Akata au Sud-ouest.
"Aujourd'hui, nous faisons plus confiance aux cultures qui nous
permettent
de maintenir notre niveau de vie ", a dit le jeune fermier qui a
préféré
garder l'anonymat. Le jour où les cours du café et du cacao
concurrenceront
celui du cannabis, nous pourrons nous remettre à faire des
cultures licites".
Bien que la police essaie de supprimer le commerce du cannabis en
brûlant
des champs et en arrêtant des producteurs, les paysans continuent
de
cultiver la marijuana qui se retrouve finalement sur le marché
local, dans
les pays de la région, tels le Ghana et le Bénin, et en Europe.
Beaucoup d'observateurs locaux pensent que pour supprimer cette
production,
le gouvernement devrait combiner la répression et les politiques
pouvant
amener les fermiers à produire d'autres cultures. Il devrait aussi
soutenir
les petits fermiers dans les zones où les drogues sont produites.

