BRAZZAVILLE, 5 nov (IPS) – “Vous nous avez demandé la piste agricole, c'est fait aujourd'hui. Demain, nous reviendrons évaluer le niveau de votre production agricole”, avait déclaré le ministre congolais de l'Agriculture et de l'Elevage, Rigobert Maboundou, à Bouemba, au nord de Brazzaville, la capitale congolaise.
Le ministre, qui inaugurait une piste agricole de 37 kilomètres entre Ngobana et Bouemba, au milieu de cette année, incitait ainsi les paysans de ces deux localités à produire davantage pour évacuer rapidement leurs récoltes. A la fin octobre 2011, le ministère de l’Agriculture avait noté que les paysans de Bouemba évacuaient chaque semaine quelque “800 tonnes supplémentaires” de farine de manioc, d’igname et de poisson fumé vers Brazzaville. Par ailleurs, à l’ouverture, le 29 octobre, d’une piste rurale de neuf kilomètres entre Djambala et Abala-Ndolo, le gouvernement a indiqué que 1.150 tonnes d’ignames, de pommes de terre et de manioc ont été évacués entre août et octobre vers Brazzaville, contre seulement 150 tonnes pendant une année, avant la piste. Grâce à cette piste, l’organisation américaine 'International Partnership Humanitary Development' a annoncé la production de 150 hectares de pommes de terre en 2012 dans la zone. Inaugurant, le 12 octobre, la piste de 35 km entre Boko et Ntombo-Manianga, dans le Pool (sud du pays), le coordonnateur du Projet de développement agricole et réhabilitation des pistes rurales (PDARP), Isidore Ondoki, a constaté que les productions de légumes, de fruits de manioc et de maïs avaient atteint un pic de 6.000 tonnes entre janvier et septembre 2011, contre à peine 1.200 tonnes avant, selon le Conseil départemental du Pool. Un autre bassin agricole de cette région a été rallié en octobre à Brazzaville, le principal centre de consommation, grâce à une piste de 25 km entre les villages Nzongo et Louomo. Le PDARP a indiqué que la production agricole, “jadis dérisoire, a atteint 4.500 tonnes” de manioc, d’arachide et de fruits. Avant, les producteurs n’évacuaient que 500 à 850 tonnes de produits par an. Depuis la mise en service, en août dernier, de la piste entre Mayalama et Yamba, dans le sud, les registres de manutention de la gare de Loutete indiquent que les chargements de bananes, dans le train, sont passés à 1.100 tonnes par semaine, contre 750 tonnes avant la piste; 8.775 tonnes d’arachides et de maïs, contre 5.000 tonnes; et à 15.000 tonnes de manioc, contre 11.000 tonnes avant. Plus au sud dans le massif du Mayomb, la route Pilikondi-Bilala-Cacao, longue de 35 km, permet aujourd'hui aux jeunes producteurs d’aller vendre, rapidement à Pointe-Noire, la ville côtière, cinq à dix tonnes de légumes et de bananes par jour. Avant, faute de route, les productions pourrissaient dans les gares de Pounga et de Mvouti. Les jeunes de la Coopérative des maraîchers et éleveurs de Nkoti Fouta (sud du Congo) ont profité du bitumage de la route Tchamba-Nzassi (25 km) pour évacuer leurs récoltes. “Notre chiffre d'affaires est passé de 5.500 dollars à 60.000 dollars en quelques années”, se réjouit Hugues Taty, membre de cette coopérative qui a reçu de la Banque mondiale un appui financier de 5.000 dollars en 2011.
Dans la zone de Ngouha II, le groupement 'SFD développement' a multiplié ses ventes sur la ville de Mossendjo (sud-ouest) depuis la réhabilitation de la piste Tsimba-Ngouha II (60 km). “Avant, on y allait deux fois le mois, maintenant on va vendre presque tous les deux jours de l’arachide, des légumes et des courges. Avec des recettes journalières de 100.000 à 180.000 francs CFA (de 200 à 360 dollars), nous sommes satisfaits et espérons mieux avec l'arrivée bientôt de gros camions”, explique à IPS, Pierre Mavinda, un producteur agricole. “Les routes qui se font, ouvrent à l’agriculture des changements incontestables tels que la reconquête des marchés”, avait affirmé, en août, le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage dans la Cuvette-Ouest, une région du nord du pays. Le Congo-Brazzaville importe encore, selon l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture, pour environ 240 millions de dollars de nourriture, et n’exploite encore que deux pour cent de ses 10 millions d'hectares de terres cultivables. Le gouvernement avait lancé en 2008 le défi de réhabiliter quelque 1.320 kilomètres de pistes agricoles pour encourager la production. D’après le PDARP, 836 km de pistes agricoles ont été déjà réalisés entre 2009 et 2011, dont 524 km cette année. Le pays contribue pour 20 millions de dollars dans les activités du PDARP, un projet de la Banque mondiale. Pour booster la production agricole dans les zones où passent ces pistes, le PDARP a prévu 200 millions de dollars pour soutenir des microprojets. Le gouvernement a inscrit cette année 160 millions de dollars dans le budget de l'agriculture.

