CANNES, France, 7 nov (IPS) – Alors que les vingt chefs d’Etat du Groupe des 20 (G20) pays industrialisés et émergents se réunissent dans le sud de la France pour délibérer de l’avenir de l’économie globale – et surtout des crises qui se déroulent dans la zone Euro –, des poches d’activistes s’amassent autour du sommet pour faire entendre leurs voix.
Mené par le slogan «Les Peuples d’abord, pas la Finance», le Forum des peuples, un groupe d’activistes anticapitalistes et anti-G20 basé à Nice, à 30 km de la réunion de haut niveau de Cannes, s’inquiète que le G20 fasse peu pour guérir les profondes blessures sociales de l’Europe et du monde.
Lors de la manifestation de mardi, John E. Ruthrauff, directeur international du plaidoyer d’InterAction, une organisation rassemblant près de 200 ONG basées aux Etats-Unis, a exprimé ses doutes sur le fait que le G20 mette les peuples au premier plan.
«Les gouvernants du G20 s’occuperont de la crise européenne en premier, et des peuples en second», a-t-il dit à IPS.
Des experts tels que Marica Frangakis, économiste à l’Institut Nicos Poulantzas à l’Université d’Athènes, pensent que la consolidation fiscale et l’allègement de la dette pour des pays comme la Grèce sont susceptibles d’avoir un impact négatif sur la société, car amenant des mesures de rigueur plus strictes qui résulteraient en «un fort chômage, une forte pauvreté, une forte inégalité, et prolongeraient la souffrance due à la crise pour la plus grande majorité de la population».
La décision des leaders de l’Union européenne de renflouer les coffres du Fonds européen de stabilité financière, de 440 milliards à 1000 milliards d’euros afin de renforcer les banques et de pourvoir une aide nouvelle à une Grèce en lutte, a été largement critiquée.
Frangakis a accusé cet acte de n’être qu’une «demi-mesure» et appelé à une restructuration totale de l’architecture de la zone euro.
«Pour l’instant, la Banque centrale européenne agit en tant que banque pour d’autres banques; nous avons besoin qu’elle devienne une banque de gouvernement, et nous avons besoin d’un budget communautaire qui puisse venir en aide aux Etats membres lorsqu’il y a une crise ou un ralentissement», a-t-elle expliqué à IPS.
Elle a noté également un manque d’engagement de la part des banques pour mettre en place les décisions prises par les gouvernements.
Lidia Canha, de l’association portugaise UMAR, une organisation de femmes qui travaille pour mettre fin à la violence basée sur le genre et à la violence domestique, a souligné que la priorisation du capital de la finance sur le bien-être social est préjudiciable pour un pays, puisque cela précarise l’emploi et démantèle pièce par pièce l’infrastructure du service public.
Dans une forte initiative contre ces risques, de nombreux groupes de la société civile tentent d’imposer leurs perspectives et demandes dans le processus du G20.
Peter Bosshard, directeur de la politique à International Rivers, a expliqué à IPS que «les groupes de société civile veulent avoir accès aux rendez-vous du G20 pour pouvoir s’assurer que la justice sociale, la protection environnementale et le combat contre le changement climatique figurent sur l’agenda officiel, et que les accords conclus lors de ces réunions extraordinaires ne bénéficient pas seulement aux plus riches qui sont de un pour cent».
Des efforts progressifs Le président français et hôte du sommet, Nicolas Sarkozy, a promis cette semaine qu’il prioriserait la stimulation de l’emploi et l’amélioration des mécanismes de protection sociale.
De fait, Sarkozy a rencontré les présidents de plusieurs ONG et de syndicats mercredi, dans un effort d’inclure davantage les voix de la société civile dans les débats actuels.
Dans un communiqué publié jeudi, Samuel A. Worthington, président d’InterAction, a salué l’effort conjoint de Sarkozy et du milliardaire philanthrope Bill Gates de chercher des supports sur la Taxe controversée sur les transactions financières (TTF), rebaptisée par les activistes «Taxe Robin des Bois», pour apporter de nouvelles sources d’aide au développement des pays du Sud.
«Le G20 est dans une position unique d’user de son leadership non seulement pour parvenir à la reprise économique mais surtout pour s’assurer qu’elle soit menée en incluant et en aidant les pauvres à améliorer leur vie», a affirmé Worthington.
Cependant, la crise actuelle en Grèce laisse entendre que même les efforts de réforme du G20 auraient peu d’impact pour empêcher de futurs effondrements financiers.
Changer le système Faisant référence à la crise en Grèce et à travers la zone euro, Mamdouh Habashi, vice-président du Forum mondial des alternatives, a déclaré à IPS que «le seul moyen de sauver l’euro est de changer le système».
Il a mis en exergue comment les solutions «cosmétiques» apportées à la récession globale de 2008 servent peu à surmonter les problèmes cycliques du système financier, ajoutant que, de manière plus profonde, des changements structuraux sont requis pour aborder la question.
«Les contradictions internes au système sont maintenant trop grandes pour que le système s’y adapte», a-t-il dit.
Etant donné que les impacts destructeurs du capital transnational, comme la pauvreté et l’inégalité, ne sont plus relégués au «Tiers monde» mais se sont également étendus au Nord, Habashi pense que le moment est venu de favoriser une «nouvelle conscience de solidarité» au-delà des frontières.
Selon lui, l’idéologie économique dominante du capitalisme de libre marché n’est pas capable de mettre fin à la crise, quel que soit le résultat de nombreuses réunions à Cannes.
«Ils vont seulement accroitre la “financialisation” du monde, ou le réformer, au lieu de le changer fondamentalement», a-t-il souligné.
Ayant cofondé le parti socialiste égyptien et été témoin de première main de la révolution égyptienne, qui a renversé le régime du président Hosni Mubarak avec succès en février, Habashi est convaincu qu’un changement systémique est non seulement possible, mais nécessaire.
Il a également exprimé la nécessité d’imaginer et de construire simultanément un nouveau système, tout en renversant l’ancien.
Aussi, il plaide fortement en faveur des mouvements sociaux, des protestations du mouvement «Occupy» aux Etats-Unis aux manifestations encore en cours de la Place Tahrir, pour «coordonner, échanger les points de vue et considérer le système comme l’ennemi commun».

