TEREKEKA, Soudan du Sud, 4 nov (IPS) – Avec ses cheveux orange vif, Angelo Waranyang a une allure impressionnante pendant qu’il marche à grands pas entre ses bovins. La couleur de ses cheveux – teints avec un mélange d’urine de vache et de cendre de bouse brûlée – est symbolique du lien étroit que lui et la majorité des Soudanais du Sud ont avec leurs animaux vénérés.
En effet, il y a plus de bovins que d’êtres humains au Soudan du Sud. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) met le nombre de bovins à environ 11 millions, et estime que 80 pour cent des quelque sept millions d’habitants du pays dépendent de ces animaux pour leur survie. Avec la FAO avertissant que le Soudan du Sud produira probablement assez de vivres pour nourrir la moitié de sa population l’année prochaine, une campagne visant à vacciner les bovins contre des maladies mortelles a pris l’allure d’une urgence.
La prévention des éruptions de maladies pourrait éviter la faim, de même que cela pourrait atténuer les violences qui éclatent lorsque des bergers tentent de voler des bovins auprès des tribus voisines après avoir connu des pertes de leurs propres troupeaux.
Waranyang, qui vient du groupe ethnique des Mundari, a salué la campagne de vaccination, indiquant qu’il avait déjà perdu 25 vaches du fait d’une maladie cette année. La FAO et le ministère de l’Agriculture et de la Pêche du Soudan du Sud souhaiteraient vacciner 70 pour cent des bovins du pays (y compris 19 millions de moutons et de chèvres), selon Edward Ogolla, un chargé de communication à la FAO.
Mais il a admis que ce nombre ne pourrait être atteint que “dans une situation parfaite”.
La situation au Soudan du Sud est loin d’être parfaite. Lorsque le pays devenait la plus nouvelle nation au monde, après s’être séparé du nord le 9 juillet, il devenait également le plus pauvre. Bien qu’étant riche en pétrole, les recettes provenant des ressources au sud avaient été détournées vers le nord pendant des décennies par Khartoum, la capitale du Soudan, faisant de la région l’une des moins développées au monde. La campagne de vaccination est perturbée par le manque de financement et de personnel qualifié, l’insécurité et une mauvaise infrastructure, pour ne citer que quelques-uns des défis, a déclaré Ogolla.
Le récent exercice de vaccination à Terekeka souligne ce point. Cette communauté est située seulement à environ 80 kilomètres de Juba, la capitale du Sud du Sud, et est considérée comme étant tout à fait accessible, mais il a fallu presque trois heures pour y arriver après avoir conduit sur des routes raboteuses, pleines d’ornières et sales, jonchées de nids de poule, de la taille de petites mares, remplis d'eau.
Sur un total de 21 millions d'animaux, la FAO cible cinq millions pour la vaccination cette année. Les responsables affirment que cette campagne devient plus importante puisque le Soudan du Sud est confronté à une insécurité alimentaire croissante due aux conditions météorologiques, à l'insécurité et à un afflux important de Sudistes qui reviennent du nord pour s'installer dans leur patrie nouvellement indépendante.
“Ces maladies, en particulier la fièvre de la côte-est, peuvent (amener) jusqu'à 100 pour cent des animaux à tomber malade, et vous pouvez avoir entre 90 et 100 pour cent de mortalité; ce qui signifie qu'elles peuvent balayer tout le troupeau”, a souligné George Okech, chef du bureau de la FAO au Soudan du Sud.
L'équipe vaccinait également les animaux contre la fièvre jaune et la septicémie hémorragique.
“Si une maladie venait ravager ces (troupeaux), les gens seraient facilement tentés d'aller dans le comté voisin et tenter d'obtenir des animaux à partir de là”, a expliqué Okech. “Et cela serait certainement une cause de conflit”.
Les attaques pour voler des bovins sont fréquentes au Soudan du Sud et étaient l'une des principales causes de décès dans la première moitié de cette année, et ont été les plus violentes pendant six mois, depuis la fin de la guerre civile en 2005. L'ONU a indiqué que depuis juillet, 2.368 civils ont trouvé la mort, contre 940 l'année dernière.
Le vol de bétail retarde également le développement économique, selon une étude réalisée en 2010 par l'Agence néerlandaise de développement (SNV), qui soulignait une forte demande locale non satisfaite en dépit de vastes troupeaux au Soudan du Sud.
“Malgré le potentiel des sources de bétail localement produit au Soudan, d’importants volumes de bovins et de produits de bétail sont importés de l'Ouganda voisin pour satisfaire la demande à Juba”, indiquait le rapport, qui a en partie imputé cela au vol de bétail.
“C'est une pierre d'achoppement pour des efforts visant à améliorer les ventes de bétail au niveau communautaire, parce que les animaux peuvent être facilement volés lorsqu’on les amène au marché”, a observé la SNV.
Des responsables de la FAO affirment qu’une vache ou un taureau peut rapporter partout entre 300 et 800 dollars. Avec 11 millions de têtes de bovins au Soudan du Sud, ces troupeaux représentent un énorme potentiel pour la croissance économique – à condition qu'ils puissent être gardés à l'abri de la maladie.

