FREETOWN, 22 sep (IPS) – Une petite fille de six ans soulève son T-shirt pour montrer les dizaines de lignes pâles sur son dos. Ce sont des cicatrices fraîches suite aux coups de fouet qu’elle a reçus de la personne qui s’occupe d’elle pour avoir perdu 500 Leones, l'équivalent d'environ 10 cents.
Les brûlures sur sa main sont apparues lorsque la personne qui s’occupe d’elle a mis sa main dans le feu. A ce moment, elle avait désobéi et avait ensuite refusé d’être battue.
La bosse d’une hauteur de demi-pouce sur sa tête avec une cicatrice épaisse au sommet est créée au moment où sa tête a été cognée contre le mur. Elle ne sait pas ce qu'elle a fait pour justifier celle-là.
Elle ne sait pas comment elle est arrivée à avoir la bosse énorme au-dessus de son coude. Chaque cicatrice a sa propre histoire, déclare l'assistant social aux yeux chaleureux contre qui la fille est collée.
Mais sa situation n’est pas un cas aussi remarquable, dans un refuge pour filles récemment ouvert au cœur de Freetown, la ville capitale de la Sierra Leone.
Cette nation d’Afrique de l’ouest de plus de cinq millions d’habitants se remet encore de la dévastation d'une décennie de guerre civile qui a pris fin en 2002.
Son gouvernement a signé divers accords internationaux et a adopté sa propre Loi sur les droits des enfants en 2007. Cette législation adoptée depuis quatre ans accorde des droits fondamentaux et prévoit des structures pour les appliquer.
Mais beaucoup estiment que ces droits n’existent que sur papier.
Les agences chargées de l'application sont débordées et sous-financées, tandis que celles qui fournissent des abris sont incapables de faire face aux besoins. Des traditions profondément ancrées et la pauvreté presque universelle alimentent la maltraitance des enfants en Sierra Leone.
Theresa Ojong, une chargée de programmes pour 'Don Bosco Fambul', affirme que le gouvernement doit prendre au sérieux ce problème et faire plus de plaidoyer, de sensibilisation – et que les gens ont besoin de parler plus fort.
“Nous avons cette culture du silence dans ce pays”, souligne Ojong, dont l'organisation est une branche locale d'une organisation non gouvernementale internationale qui fournit des abris, des conseils et la réhabilitation des enfants sans abri et vulnérables en Sierra Leone.
“(Le gouvernement) doit se montrer très fort parce que ce sont eux qui ont les politiques. Ils ne font qu’en parler, mais elles ne sont pas mises en œuvre”.
Dans son rapport pays 2011, Amnesty International a indiqué que les enfants sierra-léonais sont confrontés à de graves violations dans plusieurs domaines, citant le travail des enfants et des programmes gouvernementaux inadéquats pour répondre aux besoins des jeunes, tels que les enfants affectés par la guerre et les orphelins. Les enfants de rue sont particulièrement vulnérables à la maltraitance, avec peu ou sans protection.
“Le gouvernement n’a pas réussi à défendre et à appliquer sa législation nationale et à respecter ses obligations internationales de protéger les enfants et de garantir leurs droits”, indique Amnesty International.
Mariatu Bangura, directrice des affaires de l’enfance au ministère du Bien-être social, de l’Egalité de Genre et des Affaires de l’Enfance, affirme que des dispositions dans la Loi sur les droits des enfants existent. D'autres sont en préparation; certaines sont en cours de modification.
“Nous essayons vraiment de faire appliquer la Loi sur les droits des enfants”, déclare Bangura. “Elle marche dans une certaine mesure. Maintenant, nous recevons beaucoup de cas de maltraitance qui étaient cachés”.
Cependant, seulement 0,9 pour cent du budget annuel est alloué au ministère qui ne reçoit pas toujours la totalité du montant, souligne Bangura. Plusieurs agences internationales contribuent à cet effort.
“En tant que ministère, si nous pouvions vraiment obtenir l’engagement du gouvernement à ce sujet, cela irait loin”.
La Sierra Leone demeure presque au bas de l'Indice de développement humain des Nations Unies, avec environ 70 pour cent de la population vivant avec moins d'un dollar par jour. Le produit intérieur brut par habitant en 2008 était de 332 dollars.
Dans le Rapport africain 2011 sur la protection de l’enfance, publié par le 'African Child Policy Forum' (Forum africain sur la politique de l'enfance) basé en Ethiopie, la Sierra Leone a été classée parmi les huit derniers pays africains pour son investissement dans la protection de l'enfance.
Les cas de maltraitance d’enfants sont envoyés à la 'Family Support Unit' (Unité d’appui à la famille – FSU) de la police sierra-léonaise, chargée d'enquêter et de poursuivre les crimes tels que les violences conjugales, les sévices sexuels et le trafic des enfants.
Environ 40 unités avec 435 policiers et 60 assistants sociaux couvrent le pays. Ils ont cinq véhicules – en prêt auprès du Fonds des Nations Unies pour l'enfance – et quelques motos pour faire le travail, explique Aiesha Bangura, la directrice de la FSU.
En 2010, la FSU a reçu plus de 4.200 cas de sévices sexuels et de violences conjugales. Environ 2.200 cas sont sous enquête et la moitié de ceux-ci ont conduit à des inculpations. Il y a eu 57 condamnations. De retour au refuge des filles, cette petite fille battue parle à voix basse, ses cheveux tressés en ligne droite sur tous les côtés de sa tête jusqu’au sommet.
La mère de cette petite fille est morte en couches, déclare Yatta Thomas, un assistant. Une femme sur huit meurt à la suite d'une grossesse en Sierra Leone. Le gouvernement a lancé un ambitieux programme de gratuité des soins de santé pour les femmes et les jeunes enfants l'année dernière afin de réduire l'un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde.

