AFRIQUE DE L’OUEST: Engager des actions communes contre la piraterie maritime

LOME, 23 sep (IPS) – Une réunion sous-régionale sur la sécurité maritime en Afrique de l’ouest, est programmée en octobre prochain à Cotonou, au Bénin, pour étudier les modalités d’une lutte commune contre la piraterie maritime, avec l’appui de la France.

Le golfe de Guinée est confronté depuis un moment à la piraterie maritime, et une vingtaine de navires en ont été victimes ces derniers mois dans la zone. La dernière remonte au 15 septembre, entre le Togo et le Bénin, avec un navire battant pavillon chypriote attaqué, avec 23 membres d’équipage à bord.

Face à la recrudescence de ces actes de pirateries, les marines ouest-africaines, dont les moyens sont limités, souhaitent mener des actions communes. C’est ce qui justifie une planification de patrouilles conjointes entre les marines du Bénin et du Nigeria.

«Mais, nous n'allons pas nous limiter à des patrouilles conjointes entre le Bénin et le Nigeria; très bientôt, nous allons étendre la chose à la marine togolaise et à la marine ghanéenne», a confié à IPS, le commandant Maxime Ahoyo, chef d’état-major de la marine béninoise. «Lorsqu'il y a des problèmes de piraterie dans les eaux territoriales du Bénin que nous réglons et que, par exemple, le Togo ne prend pas les dispositions sécuritaires, et que nous ne collaborons pas avec le Togo et les autres pays, il est certain que ce phénomène, qui a des tentacules, va les étendre», ajoute-t-il. Les autorités de la sous-région expriment également leur inquiétude face à la poussée de cette piraterie. Le président de la Commission de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), James Victor Gbeho, souhaite que les actions de lutte soient étendues à tous les pays côtiers. «Les marines de tous nos pays côtiers doivent se mettre ensemble pour des opérations communes pour toujours», déclare Gheho à IPS, estimant que le problème de piraterie doit être combattu de façon globale. «Le phénomène devient inquiétant et pourra avoir des conséquences économiques graves pour nos pays, c’est pourquoi nous allons prendre des mesures fermes contre cela». La piraterie a déjà conduit le marché de l'assurance maritime de Londres à inscrire le Bénin sur la liste des zones à risque pour les bateaux. Le 'Joint War Committee', un regroupement de compagnies d’assurance, basé à Londres, exige désormais que les souscripteurs d’assurance, notamment les armateurs, payent désormais plus de frais pour assurer les bateaux qui doivent passer dans la région.

Selon Bénetti Gagalo, secrétaire général adjoint de l’Association togolaise des consommateurs, la situation aura certainement des répercussions sur les recettes des ports et sur le prix de vente des produits de consommation.

L’urgence et la gravité de la situation ont poussé les pays de la sous-région à demander le soutien de la France et des Etats-Unis qui ont convoyé des navires militaires dans la zone.

Une frégate de la marine française, le Germinal, effectue déjà une mission de surveillance sur les côtes du Bénin, du Togo et du Ghana, pour tenter de neutraliser les pirates, et s’est engagée à former des marins de ces pays.

«Nous avons accueilli des marins, qui ont participé à l'ensemble de nos exercices de sécurité et à toutes les patrouilles que nous avons faites pour prévenir les actes de brigandage, et ils nous ont fait bénéficier de leur connaissance de la zone», a déclaré à IPS, Sébastien Chatelin, capitaine de la frégate française, le Germinal. Une autre frégate de la marine américaine, le 'HSV SWIFT2', est également dans le golfe de Guinée pour les mêmes objectifs: lutter contre la piraterie et former les marins béninois, togolais et ghanéens dans le cadre d’un programme dénommé 'Africa Partnership Station' (APS) 2011. «Notre mission est d'essayer de préparer les partenaires africains à la sûreté et à la sécurité», a indiqué le capitaine de frégate américain Retth S. Mann. «Le programme APS nous permet de travailler ensemble pour faire face aux problèmes qui touchent notre zone», a ajouté Sam Nkruma, un marin ghanéen. Son collègue béninois, Christian Oussa, se réjouit des acquis de la formation reçue à bord des frégates française et américaine. «Cela nous permettra de faire face aux pirates et aux différents trafiquants en mer, nous avons appris comment visiter les navires suspects pour voir leurs contenus; la formation est vraiment adéquate», dit-il à IPS. Selon le ministre togolais de la Sécurité, le colonel Gnama Latta, la marine togolaise a renforcé son dispositif de sécurité ces derniers mois, malgré ses moyens limités. «Nous avons maintenant une marine forte qui sort au moins deux fois par jour», a-t-il déclaré aux journalistes.