AFRIQUE AUSTRALE: Des barrières commerciales non tarifaires émergent

WINDHOEK, 16 mars (IPS) – Malgré des initiatives régionales qui incluent même la possibilité d’une zone de libre-échange (FTA) du “Cap-au-Caire”, des pulsions protectionnistes ont provoqué l’émergence de barrières commerciales non tarifaires à travers l’Afrique australe.

Les ministres du Commerce de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ont tous chanté l’évangile de l’intégration économique régionale au cours de leur récente réunion le 4 mars à Windhoek, la capitale de la Namibie, un Etat situé au sud-ouest d’Afrique. Cependant, il y a eu peu d’avancées dans la transformation de cette alliance essentiellement politique en un bloc économique et des barrières non tarifaires sont devenues une grande préoccupation. La FTA de la SADC est théoriquement en place depuis 2008, mais n’a pas apporté la libre circulation des personnes et des biens pour laquelle elle était destinée. “Nous arrivons à travailler avec les gouvernements pour supprimer les barrières non tarifaires, par exemple au niveau des postes-frontières – seulement pour les voir se redresser six mois plus tard”, a déploré Gilbert Boois, directeur des projets et des financements au 'Walvis Bay Corridor Group' (Groupe du corridor Walvis Bay). Le groupe fait la promotion des échanges commerciaux entre les pays enclavés de la région et le port de Walvis Bay, en Namibie, sur l’océan Atlantique. John Kasanga, un consultant zambien en échanges commerciaux, cite d’innombrables exemples de barrières non tarifaires à travers la région: “la Zambie protège son industrie sucrière contre des produits bon marché importés du Zimbabwe en exigeant que tous les sucres importés soient renforcés en vitamine A”. “Le Zimbabwe a, à son retour, bloqué les fraises zambiennes en stipulant que toute cargaison de ce nouveau produit agricole fragile doit peser au moins une tonne”. Partout dans la région, les pays cherchent à protéger des industries sensibles, comme le secteur laitier, en interdisant des importations des pays voisins. Des camions peuvent passer des semaines aux postes-frontières avant de se conformer aux longues procédures douanières coûteuses. Et beaucoup de pays sont en retard par rapport à l’harmonisation des normes régionales. “Certains membres de la FTA de la SADC ne se manifestent pas et ne participent pas au protocole [commercial de la SADC]. Ils ne travaillent pas dans le sens de l’intégration régionale”, a résumé Annascy Mwanyangapo, directeur du commerce international au ministère namibien du Commerce et de l’Industrie. Ces problèmes ont conduit à un report sine die de l’union douanière de la SADC, initialement prévue pour 2010. “Un groupe de travail ministériel examine la question de l’union douanière [de la SADC] et fera une recommandation sur la voie à suivre avant la fin de 2011”, a répondu de façon évasive Tomás Salomão, le secrétaire exécutif de la SADC, interrogé sur le sort de l’union douanière. “Nous ne pouvons pas continuer à faire semblant de nous intéresser à ces choses”, a commenté Hage Geingob, président du conseil de la SADC et ministre du Commerce de la Namibie, après la rencontre du 4 mars, ajoutant qu’il est “inquiet” pour “la lenteur dans la mise en œuvre” au sein de la SADC. “Les hommes d’affaires et les citoyens devraient circuler librement dans toute la région. Nous ne pouvons pas continuer à discuter des emplois qui sont en train d’être arrachés par d’autres Africains. Nous devrions plutôt voir un tel mouvement comme 'une circulation des cerveaux'”, a estimé Geingob. En attendant, la principale composante de la très convoitée union douanière de la SADC, la SACU (Union douanière d’Afrique australe), s’effondre puisque l’Afrique du Sud demeure engagée dans une lutte acharnée par rapport aux recettes de sa régie avec ses plus petits voisins, le Botswana, le Lesotho, la Namibie, et le Swaziland (BLNS). Dans le fond, ce désaccord annonce une fissure plus large entre la demande de Pretoria pour un élargissement du marché, d’une part, et les objectifs de développement de ses cousins beaucoup plus pauvres dans la SACU, d’autre part. L’élargissement de la SACU maintenant ne ferait qu’agrandir ce fossé, déclarent des observateurs, jetant le doute sur le rôle de la SACU en tant que pierre angulaire pour une union douanière de la SADC. “Les Etats devront décider. Vont-ils adhérer à une union douanière dominée par l’Afrique du Sud ou vont-ils faire leur chemin tous seuls”?, a demandé Geingob par rapport au rôle futur de la SACU. “Actuellement, nous discutons des modalités, de ce qui marche et de ce qui ne marche pas”. “En utilisant le principe de la géométrie variable, des pays pourraient adhérer à l’union douanière toutes les fois qu’ils sont prêts”, a confié Salomão. “Peut-être que nous repartons à zéro, ou peut-être qu’une union douanière de la SADC devrait démarrer avec les cinq membres de la SACU et plus tard, des pays peuvent y adhérer un à un”. Puisque les progrès pour une union douanière de la SADC sont lents, un sentiment d’urgence entoure la création d’une zone de libre-échange (FTA) tripartite entre la SADC et deux autres principales communautés économiques régionales (CER) – le Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA) et la Communauté d’Afrique de l’est (EAC). L’enjeu, c’est une FTA tripartite qui comprend 26 pays, 527 millions de consommateurs et un produit intérieur brut combiné de 624 milliards de dollars. La FTA représenterait plus de la moitié des richesses et de la population du continent. “Si cette FTA est en place, nous aurons une zone de libre-échange du Cap au Caire”, a déclaré Geingob avec enthousiasme. Les pays parviendront probablement à un accord sur une FTA tripartite au cours d’un sommet à la mi-2011 en Afrique du Sud. Les ministres du Commerce présents à Windhoek n’ont vu “aucune contradiction” entre le fait d’œuvrer dans le sens d’une union douanière de la SADC et l’élargissement de la zone de libre-échange, mais la précipitation dans la création d’une FTA panafricaine n’est pas une coïncidence. Bien qu’elle ait besoin du Tarif extérieur commun (TEC) de la SACU pour protéger ses industries automobiles et électroniques, une union douanière plus large de la SADC est un fardeau inutile sur le trésor de Pretoria. La FTA panafricaine, par contre, faciliterait l’accès au marché pour les biens et services d’Afrique du Sud et consoliderait sa position de passerelle vers le continent à travers des alliances Sud-Sud comme l’IBSA (Inde-Brésil-Afrique du Sud) et le BRICSA (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud). “La FTA tripartite a occupé la première place dans le programme”, affirme un négociateur international des échanges commerciaux, qui préfère garder l’anonymat à cause de la sensibilité de la question. “Cela ne signifie pas que l’union douanière de la SADC est complètement mise à la touche, mais les Sud-Africains n’y adhèreront pas s’ils n’ont rien à y gagner”.