EAU: Travailler ensemble sur la gestion du fleuve Okavango

WINDHOEK, 17 mars (IPS) – L’Angola de l’après-guerre est décidé à étendre l’irrigation pour un développement indispensable, la Namibie priorise l’eau potable et l’assainissement, tandis que le Botswana veut préserver l’intégrité du delta d’Okavango, de renommée mondiale, pour le tourisme.

Tous ces trois pays dépendent d’une part équitable de l’eau de qualité provenant du fleuve Okavango, le quatrième plus grand fleuve en Afrique, qui coule sur 1.600 kilomètres, de l’Angola jusqu’à son delta intérieur au Botswana. Dans d’autres régions du monde, des intérêts divergents comme ceux-ci, dans un contexte d’incertitude dû aux changements climatiques, ont amené plusieurs observateurs à prédire que des guerres de l’eau pourraient entraîner d’autres. Mais, les trois pays sont en train de mettre en place un plan transfrontalier pour gérer le fleuve. Une analyse diagnostique transfrontalière du bassin a conduit à un plan d’action stratégique qui englobe les priorités nationales. A cette fin, des Plans d’action nationaux (PAN) sont actuellement en cours d’élaboration dans les trois pays. “Il s’est avéré que les problèmes dans le bassin sont beaucoup plus grands que le fleuve qui le traverse”, déclare Steve Johnson, directeur du Programme régional pour l’Afrique australe (PRAA), financé par l’Agence américaine pour le développement international (USAID), qui facilite les PAN. “Les sujets vont de la gestion transfrontalière aux aspects liés à la biodiversité, à la fourniture de l’eau et l’assainissement, en passant par les moyens d’existence, la préparation aux inondations et le VIH/SIDA”, a-t-il souligné. “Les stratégies pour des moyens de subsistance sont critiques et nous devons envisager la diversification des opportunités économiques, telles que la promotion du tourisme là où c’est réalisable. C’est un processus difficile, un jonglage pour trouver l’équilibre entre les différents besoins des trois pays”, explique Ebenizãrio Chonguiça, secrétaire exécutif de la Commission permanente pour le bassin d’eau d’Okavango (OKACOM) qui coordonne la gestion transfrontalière du fleuve. “L’Angola poursuit un programme de développement indispensable après la guerre, alors que d’autres pays envisagent peut-être de consolider les avantages existants”, indique Steve Horn, directeur du programme régional pour l’environnement de l’USAID. “Le défi, c’est d’établir un dialogue constructif au sein d’un cadre de décision basé sur la science”. Sur les 15 bassins fluviaux de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), l’OKACOM est la première à établir une compréhension commune sur le partage des avantages. Plutôt que d’être une institution hiérarchisée, elle est passée d’une coopération informelle entre les pays à une commission avec plus d’autorité. “Quelle utilisation du fleuve constitue le meilleur retour sur investissement?”, demande Chonguiça. “Est-ce l’agriculture? Est-ce le tourisme? Comment transformons-nous le capital du fleuve pour améliorer les conditions de vie des populations? “Des études de faisabilité fondées sur la meilleure technologie disponible doivent répondre à ces questions. Quels que soient les besoins nationaux, la fourniture de l’eau et l’assainissement ainsi que l’intégrité de l’écosystème doivent prédominer dans cette quête”. Il y aura des compromis dans ce processus, affirme Johnson. “Si un pays veut lancer des projets qui pourraient nuire en aval, il devrait exister une sorte de mécanisme compensateur”. Un seul processus de consultation communautaire sous-tend la planification. Des consultants sont allés dans les villages et ont demandé aux gens de leur dire ce que signifiait le fleuve pour leur vie quotidienne. “Il est devenu clair que la fourniture de l’eau et l’assainissement, ainsi que des systèmes d’alerte précoce pour les inondations étaient les questions les plus importantes pour les communautés. En particulier avec le caractère inondable du bassin”, déclare Johnson. Les gens vivant le long des rives du fleuve Okavango en Angola, en Namibie et au Botswana font partie des plus pauvres dans tous les trois pays. “Les gens vivent dans les bassins du fleuve depuis des millénaires. Mais comme les régions deviennent plus peuplées, la chance pour eux et leur bétail de migrer vers un terrain plus élevé est limitée. Cela conduit à des conflits entre les êtres humains, entre le bétail et les êtres humains, et entre le bétail et la faune abondante dans la région”. Une partie du processus transfrontalier de prise de décision sera un système dynamique d’appui aux décisions, qui fournit avec précision des données sur les conditions du bassin à n’importe quel moment de la saison. Johnson ajoute: “De bonnes données doivent être disponibles pour évaluer correctement la ressource qu’offre le fleuve. Ce système, composé d’un certain nombre de bases de données, recommanderait à la SADC une ligne de conduite sur les projets que les pays veulent lancer. Ceci, bien sûr, sans dupliquer les efforts qui existent déjà”. A titre d’exemple, il souligne le cas des hydrologues namibiens qui ont obtenu l’accès aux images satellites de la NASA, qu’ils utilisent pour prévenir la région des inondations imminentes. Vers la fin de mars, selon Laura Namene du ministère des Affaires de l’Eau de la Namibie, les trois pays se réuniront à Maun, au Botswana, pour harmoniser les priorités nationales en un plan stratégique global pour le bassin. “Le but est de développer une compréhension commune des conditions du bassin dans son ensemble”, indique Chonguiça.