KINSHASA, 9 mars (IPS) – L’année 2011 est une année électorale en République démocratique du Congo (RDC). Mais, à peine a-t-elle commencé que la tension monte déjà. Les uns et les autres se positionnent pour défendre leurs intérêts et parfois au détriment de la population, pourtant source de tout pouvoir, selon la constitution.
Parmi les intérêts à défendre, il y a également ceux liés à la représentation des femmes en politique. Qu’en est-il aujourd’hui de la RDC qui a consacré la parité hommes-femmes dans sa loi fondamentale promulguée en 2006? Les conséquences des inégalités institutionnalisées liées aux dispositions discriminatoires de certaines lois constituent le quatrième axe d’intervention de la Stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre. Elaboré en 2009 pour appuyer la constitution, cette stratégie n’a été appliquée que timidement jusqu’ici, car les Congolaises ne sont représentées qu’à plus ou moins 10 pour cent dans toutes les institutions du pays. En 2006, la loi électorale avait prévu dans son article 13 une représentation paritaire hommes-femmes sur les listes électorales. Mais ce même article ajoutait que la non-réalisation de cette disposition, au cours des prochaines échéances électorales, ne serait pas un motif d’irrecevabilité d’une liste. Ainsi, la loi a elle-même fragilisé l’action en faveur d’une vraie parité consacrée dans la constitution. Devant cette situation, les femmes ont apparemment capitulé, mais peut-être pour mieux se préparer. Les échéances électorales de 2011 sont une opportunité pour marquer des changements importants. Pour y arriver, certaines femmes leaders s’organisent. Dans cette optique, le Cadre de concertation de la femme congolaise (CAFCO) a mis en place un plan d’intervention qu’il exécute depuis 2010. Ses membres ont fait des plaidoyers auprès des partis politiques pour obtenir l’amélioration de la représentativité de la femme en RDC. «A ce jour, notre message a atteint 35 partis politiques, aussi bien de la majorité que de l’opposition», affirme Rose Mutombo Kiese, présidente du CAFCO qui regroupe des associations de la société civile et des femmes des partis politiques.
«Quand nous avons rencontré le secrétaire permanent de l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP), plateforme regroupant les partis au pouvoir, nous lui avons fait savoir que nous étions désolées que le discours du président de la République ne reflète pas les réalités», déclare Mutombo Kiese. «Alors qu’il parle toujours de son implication dans l’application de la loi en ce qui concerne la parité hommes-femmes, la présence des femmes reste négligeable dans les instances de décisions. Aujourd’hui, nous nous réjouissons parce que notre message commence à trouver un écho. L’AMP s’est ressaisie en présentant une femme sur ses quatre membres proposés à la Commission électorale nationale indépendante (CENI)», ajoute-t-elle.
Les tractations pour la désignation des sept membres de la CENI ont commencé au dernier trimestre de 2010. L’opposition avait, dès le départ, annoncé ses couleurs avec le nom d’une femme sur les trois candidats qu’elle devait présenter. A la publication de la liste des sept membres, le 15 janvier 2011, le CAFCO, comme d’autres partenaires, ont applaudi. «Avec deux femmes sur les sept membres de cette commission, nous avons près de 27 pour cent de représentation féminine, et c’est déjà un bon début. Mais il reste encore du chemin à faire», souligne la présidente du CAFCO.
Le CAFCO voudrait obtenir plus d’engagements des partis politiques. C’est pour cette raison qu’il compte faire signer des actes d’engagement à tous les partis qui ont été touchés par son programme de plaidoyer et qui avaient garanti leur soutien à cette initiative. «Notre organisation va rencontrer ces partis pour concrétiser cet engagement et nous profiterons de cette occasion pour présenter à la presse tout le travail réalisé». La constitution de la RDC est claire; ce qu’il faut, c’est la mettre en application. L’objectif de toutes ces interventions du CAFCO ou de tout autre partenaire engagé dans la lutte contre les violences basées sur le genre, est non seulement de se conformer à la constitution, mais également de respecter les engagements pris au niveau international ou régional. La RDC a signé le Protocole de la SADC sur le genre et le développement en 2008. En décembre 2010, la ministre congolaise du Genre, Famille et Enfant, Marie-Ange Lukiana, avait plaidé, à la Chambre basse du Parlement, pour la ratification de cet instrument juridique. Ce protocole demande aux Etats membres de garantir la participation effective des femmes au processus électoral et d’assurer l’accès, à tous les postes de décisions dans les domaines public et privé, à 50 pour cent de femmes d’ici à 2015. Les statistiques de la commission électorale attestent qu’en 2006, plus de 60 pour cent d’électeurs étaient des femmes. Parmi elles, il existe des femmes valables et capables d’occuper des postes de direction au sein des partis. L’heure est donc venue pour les partis politiques congolais d’arrêter d’utiliser les femmes à des fins de mobilisations populaires uniquement.
*(Anna Mayimona Ngemba est journaliste en RD Congo et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).

