LUSAKA, 8 mars (IPS) – “J'avais toujours associé la corruption à la politique et aux affaires”, se lamente Chalwe Kabwesha. “Quand je n'avais pas pu accéder aux ARV (anti-rétroviraux) et aux médicaments anti-tuberculeux dans notre centre de santé à cause de la corruption, j’étais inquiet”.
Kabwesha, 68 ans, est un fonctionnaire retraité vivant avec le SIDA. Il a passé une grande partie de sa vie professionnelle énergique à Lusaka, la capitale zambienne, avant de prendre sa retraite. Maintenant, il est retourné dans son village natal dans le nord de la Zambie. Kabwesha est toujours préoccupé à suivre ses pensions de retraite à Lusaka ou à courir après des ARV et autres médicaments essentiels qui permettent de prolonger sa vie. Il n'est cependant pas seul dans sa situation. Beaucoup d'autres Zambiens pauvres sont aussi victimes de la corruption très répandue dans cette nation puisqu’ils ne parviennent pas à accéder aux nécessités de la vie comme leurs pensions et les médicaments essentiels. Mais il y a une lueur d'espoir pour Kabwesha et des millions d'autres Zambiens pauvres. C'est grâce aux efforts de lutte soutenus contre la corruption de plusieurs organisations comme 'Transparency International – Zambie' (TIZ) et la 'Medicines Transparency Alliance' (MeTA). Soutenues par l’Agence britannique de développement, DFiD, depuis 2008, ces organisations internationales conduisent un projet visant à aider à augmenter l'accès aux médicaments essentiels pour des personnes à faible revenu et défavorisées en Zambie. La MeTA et TIZ veulent améliorer la transparence et la responsabilité dans la sélection, l'achat, la vente et la distribution des médicaments essentiels dans le pays. Et cela implique les secteurs clé du gouvernement, l'industrie pharmaceutique, la société civile et la communauté des donateurs. Goodwell Lungu, directeur exécutif de TIZ, a déclaré: “Nous avons eu des réunions de dialogue constructif avec le gouvernement, le secteur privé, la société civile et les médias sur les questions de lutte contre la corruption. Cela a été un jalon important dans l'échange d'expériences très pratiques dans la lutte contre la corruption. Ensemble, nous devons être plus vigilants et intolérants face aux questions de corruption”. Depuis sa création, le projet a offert aux autorités zambiennes et d'autres acteurs l'occasion de transformer positivement le secteur pharmaceutique et tout le paysage des soins de santé publique en respectant les principes internationaux fondamentaux de la MeTA. Ces principes, que la Zambie a signés, comprennent ce qui suit. La croyance “que la bonne santé est cruciale à la dignité humaine et au développement social et économique. Et la reconnaissance qu’un achat, une distribution et une fourniture inefficaces de médicaments, combinés avec une réglementation et une gestion de la chaîne d'approvisionnement faibles, peuvent faire que des médicaments de qualité assurée ne soient pas abordables ou disponibles, particulièrement pour les personnes pauvres ou défavorisées”. Malheureusement, la situation sur le terrain est une source d'inquiétude. Les médias sont inondés de cas de violations flagrantes des principes de la MeTA, à la fois par les acteurs publics et privés dans le secteur de la santé. Ironie du sort, le ministère de la Santé, à travers lequel la Zambie a signé les principes régissant la MeTA, se trouve être le principal contrevenant. Le ministère de la Santé est généralement perçu comme le “ministère de la Richesse” en raison des nombreux scandales financiers et autres connexes dans lesquels certains de ses cadres ont été impliqués et pour lesquels ils sont confrontés à des poursuites. En décembre 2010, le Fonds mondial a été contraint de suspendre l'aide à la Zambie après l’éclatement d'un scandale de plusieurs millions de dollars, impliquant le ministère. Le 'Zambia National Aids Network' (Réseau national de lutte contre le SIDA en Zambie – ZNAN), le principal bénéficiaire du Fonds mondial en Zambie, a également été impliqué. Il existe de nombreux incidents similaires mettant en évidence le fait que la lutte n'est pas encore gagnée contre les petits vols et la mauvaise gestion généralisée des ressources, qui ont continué de secouer le secteur de la santé dans le pays. Par exemple, l'année dernière, des ARV et autres médicaments essentiels sont partis en fumée après qu’une installation de stockage, dans un centre de santé rural, a pris feu dans des circonstances non élucidées. Tout en appréciant les nombreux progrès que la Zambie fait en s’assurant que les pauvres ont un accès ininterrompu aux médicaments essentiels et aux soins de santé en général, plusieurs observateurs croient que des mesures beaucoup plus décisives sont nécessaires et urgentes pour endiguer la vague de corruption. La 'Zambie Medical Association' (Association des professionnels de la santé de la Zambie – ZAM) affirme qu'il y a nécessité de mettre en place des mécanismes qui aideront à sevrer la Zambie de la dépendance à outrance de l’appui des bailleurs de fonds pour ses programmes de lutte contre le VIH/SIDA. Le porte-parole de la ZAM, Dr Robert Zulu, estime qu'il y a une nécessité d'introduire un budget national spécifique au SIDA et à la tuberculose, et de créer un Fonds national pour les ARV. “Qu'est-ce qui se passera lorsque les fonds des donateurs ne seront pas disponibles? Nous voulons que les malades aient un sentiment de sécurité sur la disponibilité des médicaments à tout moment et partout dans le pays”, a-t-il indiqué. TIZ estime que la transparence et la responsabilité dans le système de fourniture de soins de santé ne réussira qu’avec une participation accrue des citoyens. Malgré tous les obstacles, il y a une lueur d’espoir. Le Fonds mondial a annoncé qu'il a renforcé sa capacité à prévenir et à détecter la fraude et la mauvaise utilisation des médicaments par les pays bénéficiaires de son aide, y compris la Zambie. Des mesures strictes comprennent la nomination d'un panel d’experts internationaux de haut niveau pour examiner régulièrement le système et assurer des contrôles et une surveillance plus rigoureux de ses mécanismes de financement. Le porte-parole du ministère de la Santé, Dr Kamoto Mbewe, a également annoncé des mesures prises par le gouvernement pour commander des médicaments essentiels pour une valeur de six millions de dollars, qui ont déjà commencé à arriver dans le pays. Ces mesures prises par les deux principaux acteurs du système de soins de santé en Zambie, devraient inspirer d'autres acteurs à faire davantage pour aider les pauvres, majoritaires, dans le pays. Et cela apporte un sourire à Chalwe Kabwesha.

