NAIROBI, 10 mars (IPS) – Elle a contribué à la construction des toilettes pour sa communauté, à Nairobi; et en retour, Teresia Wasuka est en train d’obtenir une maison qui sera la sienne.
Wasuka a vécu comme squatter dans l’installation de Waruku, une partie de la banlieue tentaculaire de Kangemi à Nairobi, la capitale kenyane, pendant plusieurs années. En 2007, elle a adhéré à un groupe d’épargne collective, le 'Waruku Community Development Project' (Projet de développement communautaire de Waruku – WACODEP). “Lorsque nous avons formé ce groupe il y a quatre ans, notre objectif principal était de développer des projets qui nous aideraient à accéder à l’eau potable et à avoir un bloc d’ablution. Nous ne savions pas qu’un tel projet irait loin pour fournir des maisons à la plupart d’entre nous qui sont sans-abri”, a déclaré Wasuka. Comme n’importe quel autre bidonville au Kenya, l’installation de Waruku s’élargit sous la pression démographique. Les cabanes en terre cuite et en tôle ondulée sont entassées les unes contre les autres – les voisins peuvent littéralement se parler depuis le confort de leurs lits. Les lopins de terre sont séparés par des sentiers qui n’ont souvent que quelques centimètres de large, dont certains se doublent parce qu’étant des canaux de drainage. L’eau potable s’achète auprès des vendeurs, parfois sans qu’on sache d’où elle vient. Il y a à peine de l’espace pour creuser des latrines à fosse. Les habitants de Waruku défèquent souvent dans des sacs en plastique qu’ils jettent ensuite au-dessus de la canopée de la banlieue, les tristement célèbres 'toilettes volantes' des banlieues de Nairobi. “Des maladies, telles que le choléra et la typhoïde, sont fréquentes dans cette zone. En fait, la plupart d’entre nous peuvent facilement reconnaître les symptômes lorsque nous les voyons”, a souligné Wasuka. Les souvenirs de l’épidémie de choléra de 2008 dans la région demeurent encore dans son esprit. “Mon fils – Simon Kerero – a survécu de justesse lorsqu’il a été attaqué par la maladie pendant l’épidémie”, se rappelle Wasuka. “Il y a trois raisons principales qui font que nous avons formé ce groupe”, explique Charles Wagura, le président. “Se soutenir financièrement à travers un modèle appelé 'tourbillon', développer des projets qui pourraient améliorer nos moyens d’existence et parler d’une seule voix”. Les 25 membres du groupe devraient mobiliser chacun 200 shillings kenyans (environ 2,50 dollars) par mois. Tous les mois, quatre membres du groupe se partagent l’argent réuni; avec les membres du groupe se succédant jusqu’à ce que tous les 25 obtiennent leur part. Peu de temps après l’enregistrement du WACODEP comme une organisation communautaire, les dirigeants du groupe se sont rapprochés des autorités locales avec une liste de besoins. “La liste a priorisé le besoin pour l’accès à l’eau et à l’assainissement ainsi que pour la réduction de la pauvreté”, a déclaré le président. Les autorités ont ensuite mis le groupe en contact avec la 'Athi Water Service Board' (Commission des services d’eau d’Athi) – une société d’Etat sous la tutelle du ministère de l’Eau et de l’Irrigation, créée pour fournir les services d’eau et d’assainissement dans certaines parties du pays. En collaboration avec 'Maji na Ufanisi' (Eau et développement, en Swahili) – une organisation non gouvernementale locale, le groupe a obtenu le financement pour la construction d’un kiosque d’eau et d’un bloc d’ablution. “Le gouvernement local nous a rassurés que la terre sur laquelle nous construisions appartenait effectivement à l’Etat. Et pour sa part, la Commission des services d’eau d’Athi a fourni le financement, alors que nous avons mis en œuvre le projet en collaboration avec les membres de la communauté”, a indiqué Esther Waikuru, la responsable principale du Développement communautaire de 'Maji na Ufanisi'. Le projet a reçu environ 32.000 dollars sous forme d’une subvention auprès de la commission. Waikuru explique que le projet a été mis en œuvre en utilisant un modèle appelé 'Assainissement environnemental axé sur les ménages', qui adopte une approche 'ascendante' avec les bénéficiaires eux-mêmes au cœur du processus de planification. “Nous avons invité tous les 25 membres du WACODEP à un atelier au cours duquel nous avons développé ensemble un plan d’action”, a indiqué Waikuru. “L’objectif principal était de les amener à conduire le processus au lieu que nous leur imposions un projet. Au début de janvier 2008, la construction avait démarré, avec la participation totale des membres de la communauté”. Huit mois plus tard, le projet est opérationnel. Le kiosque fournit de l’eau à 100 ménages environ dans l’établissement de Waruku, générant une recette moyenne de 1.000 shillings (13 dollars) par jour. Les habitants ont également accès à des toilettes et salles de bain propres moyennant une somme qui double la recette quotidienne provenant de l’installation. “C’est un bon revenu pour nos membres, étant donné que la plupart d’entre eux gagnent un salaire de 200 Sh (environ 2,50 dollars) par jour, alors que d’autres vivent avec moins d’un dollar par jour”, a affirmé le président. Bien qu’il ne dispose pas de données fixes, Wagura a observé que le bombardement nocturne des 'toilettes volantes' aux alentours du projet a diminué depuis que le bloc d’ablution a été achevé. “Au même moment, le taux des épidémies de maladies transmissibles n’est pas aussi régulier qu’il l’était”. Selon la trésorière du groupe, Margaret Wawira, les bénéfices journaliers provenant des services d’eau et du bloc d’ablution leur ont permis d’acheter une parcelle de terre, qui a été subdivisée entre tous les 25 membres. “Nous économisons maintenant davantage d’argent pour faire développer les lopins de terre avant de les intégrer”, a souligné la trésorière. 'Maji na Ufanisi' est sur le point de mettre en œuvre beaucoup d’autres projets de même nature dans différentes banlieues de Nairobi, avec le financement provenant de plusieurs partenaires au développement. “Nous avons quatre autres projets dans la banlieue de Kangemi, sept dans la banlieue de Kibera et trois dans la banlieue de Mukuru”, a indiqué Waikuru.

