AFRIQUE AUSTRALE: Une région de gagnants et de perdants, pas de partenaires

WINDHOEK, 4 mars (IPS) – Pendant que l'Afrique australe se prépare pour une nouvelle année des négociations d’un accord de partenariat économique (APE) avec l'Union européenne (UE), des analystes des échanges commerciaux estiment que tout accord devrait aller au-delà de la simple libéralisation du commerce.

Le délai de décembre 2010 que la configuration SADC-APE s’est fixée est arrivé et est dépassé. Avec les négociations sur les APE qui devraient se poursuivre au Lesotho en mars, les négociateurs africains voient le long terme. La SADC désigne la Communauté de développement d’Afrique australe; le groupe APE-SADC est composé des pays membres de l'Union douanière d'Afrique australe (SACU) comprenant l’Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, la Namibie et le Swaziland, plus l'Angola et le Mozambique, deux pays voisins. “Il n'est plus nécessaire de négocier un APE intérimaire”, a déclaré à IPS, le ministre du Commerce namibien, Hage Geingob. “Par contre, nous irons tout droit vers des négociations pour un APE définitif, mais cela comprend l'adoption de clauses controversées telles que les “questions de Singapour”. Bien que les parties souhaitent parvenir à un accord cette année, je ne pense pas que cet objectif sera atteint”. Les “questions de Singapour” ont été soulevées à la réunion ministérielle de 1996 de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à Singapour, et comprennent les marchés publics, les investissements, la concurrence et la facilitation des échanges commerciaux. Concernant “les marches publics”, l’UE veut que les gouvernements africains étendent les mêmes opportunités aux entreprises européennes comme ils le font aux sociétés locales africaines. De même, l’investissement porte sur la dispensation des entreprises étrangères des exigences spéciales lorsqu’elles investissent dans les pays africains. En outre, l’UE estime que la compétitivité des produits exportés dépend de la disponibilité des services compétitifs dans les secteurs des finances, des transports et des télécommunications. La facilitation des échanges commerciaux est la moins controversée puisqu’elle porte sur les infrastructures et d’autres aides au commerce. Les pays du Sud ont depuis 1996 résisté à l’inclusion des trois premières questions, qui se rapportent toutes aux services, puisqu’elles affecteraient négativement l’espace politique. Des pays de la région estiment que l’inclusion de ces questions ne serait pas nécessaire pour se conformer aux règles de l’OMC, la raison ostensible pour le remplacement de l’accord commercial préférentiel, conformément à la Convention de Lomé sur les APE. La Namibie notamment, sous Geingob, s’est fait entendre dans sa critique contre l’APE, refusant de signer un APE provisoire, alors que le Botswana, le Lesotho, le Swaziland et le Mozambique l’ont fait. Lorsque cela a conduit à une crise au sein de la SACU l’année dernière, les membres ont accepté de tenter de négocier encore comme un bloc commun. Mais des différences entre eux continuent d’entraver le processus d’intégration économique régionale. Le Botswana est attaché à la libéralisation du commerce des services le plus tôt possible; la Namibie et l’Afrique du Sud tiennent absolument à protéger leur espace de politique économique; le Lesotho et le Swaziland sont préoccupés par l’aide de l’UE. “Parmi la douzaine de questions controversées, il y a la clause de la nation la plus favorisée (NPF), la définition des parties (DOP) et les règles d’origine (RO). Ces problèmes peuvent être résolus”, convient Jürgen Hoffmann du Forum du commerce agricole de la Namibie (ATF), composé d’experts techniques dans les négociations. La NPF se réfère à l’insistance de la Commission européenne (CE) que les préférences commerciales futures convenues avec des tiers tels que la Chine ou l’Inde soient automatiquement élargies à l’UE, malgré les règles de l’OMC qui autorisent les pays du Sud à étendre des accords préférentiels entre eux. La DOP, qui définit les rôles des différents pays, pourrait compliquer les relations entre les Etats qui sont des membres actuels de la SACU et ceux qui ne le sont pas, tels que le Mozambique et l’Angola. Les règles d’origine sont importantes pour les exportateurs de poisson comme la Namibie et se rapportent aux quotas mondiaux de pêche et à l’origine des prises. “Les questions de Singapour ne constituent pas nécessairement un problème”, ajoute Hoffmann. “Les négociations sur les services se déroulent sur une piste différente et leur échéance a été repoussée à 2015. La Namibie et l’Afrique du Sud ont pris de recul dans ces négociations et ont simplement un statut d’observateurs. Les questions qui entourent les services sont en train d’être résolues pour l’instant par la mise en place d’accords-cadres, plutôt que par des accords commerciaux définitifs”. Un problème que prévoit Hoffmann dans les négociations cette année, c’est la question d’indicateurs géographiques, qui se réfère à la marque des produits par leur origine géographique, tels que “le Champagne” qui, dans l’UE, ne peut être utilisé que pour rendre du vin mousseux provenant de la région de Champagne. Dans l’actuel Accord sur le commerce, le développement et la coopération (ACDC), entre l’Afrique du Sud et l’UE, ceci a été une question controversée depuis la dernière décennie, indique Hoffmann. Michelle Pressend, une analyste sud-africaine des échanges commerciaux, estime que “la région pourrait regarder vers l’Amérique du sud, où l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) tente de réaliser une intégration économique régionale fondée sur la satisfaction des besoins humains fondamentaux et les services qui sont nécessaires pour répondre à ceux-ci”. “Plutôt que de se focaliser sur le 'libre-échange', ces pays travaillent à partir du paradigme de la sécurité alimentaire ou de la solidarité régionale. Des pays travaillent, par exemple, à l’amélioration de la qualité des sols ou à la production des aliments de base comme le maïs. “ALBA est également un exemple de démocratie plus participative. Elle n’est pas si dépendante du marché ou de la soi-disant 'main invisible' d’Adam Smith, mais plus de la population. Elle demande s’il y a plus d’emplois et de moyens d’existence améliorés, plutôt qu’une simple croissance du produit intérieur brut. “Notre région n’a pas encore atteint ce niveau”, ajoute Pressend. “Ici, cela semble être plus un jeu de gagnants et de perdants. Dans ce processus, des avantages supplémentaires sont créés pour l’industrie sud-africaine et des multinationales”.