AFRIQUE AUSTRALE: Un accord tripartite augure d'un autre plus large sur le Zambèze

LIVINGSTONE, Zambie, 3 mars (IPS) – Le Mozambique, la Zambie et le Zimbabwe s’apprêtent à signer un protocole d'accord pour améliorer la production d'énergie le long du fleuve Zambèze.

A 'Victoria Falls' (Chutes Victoria), où ce puissant fleuve se jette dans une gorge spectaculaire, Abraham Sashi, directeur de la 'North Bank Power Station' (Centrale électrique de North Bank), espère que cet accord – et la possibilité de la création formelle d'une commission pour tout le bassin – conduira à l'amélioration des systèmes d'information pour prévenir les dégâts causés par les inondations ou la sécheresse. Les équipes techniques représentant les huit pays dans le bassin du Zambèze, depuis sa source en Zambie jusqu'à son embouchure à 2.650 kilomètres dans l'océan Indien au Mozambique, se sont réunies au niveau des chutes en février pour examiner les recommandations sur la façon dont elles peuvent travailler ensemble pour rationaliser leur gestion et le partage d’informations sur les niveaux d'eau et les précipitations le long de ce vaste cours d’eau. “J'ai besoin de ces informations afin que je puisse me préparer pour d’éventuelles inondations et protéger ma centrale. Ce sont des informations que la Zambie ne peut pas fournir seule”, affirme Sashi. “La direction régionale aiderait. Maintenant, je ne suis pas sûr du niveau que l'eau atteindra à la hauteur des (chutes) Victoria Falls”. Comme les changements climatiques affectent de plus en plus la région, la Zambie pourrait perdre jusqu'à sept pour cent de sa production nationale d'énergie électrique au cas où la sécheresse entraînait la fermeture de la centrale électrique de 108 mégawatts ou si les crues inondaient les portes étanches non testées au pied des chutes. Pour l’instant, la surveillance du fleuve est insuffisante, notamment lorsqu’il s'agit de l'alerte précoce des inondations dans la région. “Nous avons des informations relatives à l'écoulement des eaux dans le Zambèze. Mais nous ne disposons que d'environ trois points de mesure”, indique Sashi, tandis que derrière lui, de l'eau claire tombe en cascade d’une hauteur de 100 mètres dans les turbines de sa centrale électrique. “Ces renseignements ne suffisent pas pour fournir assez d’informations sur les inondations”. Bien que chaque pays surveille seul les niveaux de précipitations et d'eau du Zambèze, il y a des appels croissants pour un système d'information centralisé à l'échelle régionale. Un tel système serait une fonction clé de la Commission sur le cours d'eau du Zambèze (ZAMCOM). Cinq pays ont ratifié l'accord sur la ZAMCOM en 2005, ce qui consoliderait les efforts de gestion des eaux régionales. Un autre pays doit ratifier l’accord sur la ZAMCOM afin que le traité entre en vigueur. La ratification formelle de cet accord a été embourbée dans des problèmes de confiance puisque des pays sont réticents à renoncer à leur indépendance dans la gestion des ressources en eau, avec tant de choses en jeu. La Zambie, le pays dans lequel se trouve une grande partie du fleuve, n'a toujours pas ratifié, affirmant qu'elle doit d’abord opérer “des changements législatifs”. En dépit de longs retards, la commission devrait devenir une réalité, et un secrétariat provisoire commencera une année d’activité en 2011. La Zambie est en train de signer un protocole d'accord avec le Mozambique et le Zimbabwe pour améliorer les communications le long du fleuve. “Nous ne pouvons pas nous asseoir à ne rien faire jusqu'à ce que l’accord sur la ZAMCOM soit ratifié par d’autres pays alors que le partage des informations est reporté tant que d’autres pays ne sont pas d'accord”, déclare Calcida Machava, directeur de 'ARA Zambèze', l'autorité mozambicaine de gestion du fleuve Zambèze. L’accord officialisera une relation qui a débuté en 2008 en s'attaquant aux longues procédures bureaucratiques nécessaires pour accéder aux informations sur l'eau des pays voisins. D’abord, des lettres de demande spéciales devaient être envoyées aux autorités des pays voisins, même pour des détails élémentaires sur les niveaux des barrages, mais cet échange a été sans cesse rationalisé et accéléré. “Des informations étaient échangées entre les ministères de l'Eau et les directions des différents pays ou au niveau individuel entre les hydrologues”, confie Machava. Ces échanges sont importants pour une exploitation sûre et optimale des différents barrages – par exemple, l’alerte précoce sur la montée des eaux dans le barrage de Kariba, sur la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, permet qu’une alerte suffisante soit donnée aux communautés en aval sur le Zambèze, ainsi qu’aux opérateurs du barrage de Cahora-Bassa au Mozambique afin qu’ils ouvrent leurs vannes d'écluse avant une libération de l'eau. Mais s’agissant d’un système d'information régionale qui couvre les huit pays dans le bassin du plus grand fleuve d'Afrique australe, aucun des systèmes de la SADC n’est adapté pour le travail, reconnaît Phera Ramoeli, le directeur du programme de gestion de l'eau de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). “Dans le Zambèze, nous avons un système appelé ZAMWIS, mais le ZAMWIS n’est qu'un système de base de données”, a-t-il indiqué à IPS en marge de la réunion du groupe technique à Livingstone. Le Système d’observation du cycle hydrologique de la SADC (HYCOS), avec 128 stations météorologiques dans la région, qui envoient des informations vers un point central, ne fonctionne pas. Bien que 108 des stations, d’un coût de 10.000 dollars, soient installées, seulement une station sur cinq transmet actuellement des informations. Parmi les questions examinées à la réunion du groupe technique à Livingstone, figurait une réhabilitation importante pour faire fonctionner correctement le HYCOS. Mais même si le HYCOS était opérationnel, il pourrait ne pas être ce dont les directeurs des barrages ont besoin. “Le système SADC-HYCOS a été conçu comme étant un système de partage d'informations, et non un système d'alerte précoce, comme cela peut être le cas”, souligne Ramoeli. Le groupe consultatif a appris des consultants que des études approfondies sont encore nécessaires pour comprendre comment les précipitations en amont du fleuve se traduisent rapidement en des niveaux d'eau plus élevés, et comment les eaux de crue qui coulent le long du fleuve sont affectées par les zones humides. Une gestion optimale des barrages, pour le contrôle des inondations, la production d'énergie électrique et le maintien des flux saisonniers bons pour l’environnement, nécessite ces connaissances détaillées ainsi qu’un suivi précis et opportun. Cela souligne l'urgence de l’adoption définitive d’une Commission sur le Zambèze qui puisse coordonner ces activités variées. “Il nous faut encore un système d'information qui permettrait à ces pays de disposer d’un système d'alerte précoce”, reconnaît Ramoeli.