SANTE: Des Zimbabwéens se tournent vers la médecine traditionnelle

BULUWAYO, Zimbabwe, 2 mars (IPS) – Le gouvernement du Zimbabwe a annoncé récemment que le pays manquait de la morphine, un calmant essentiel. C’était simplement le dernier développement dans une crise débilitante de soins de santé qui a vu des hôpitaux refuser des malades à cause des pénuries de médicaments.

Le secteur de la santé sous-financé a connu un déclin rapide au Zimbabwe, où des pénuries de médicaments sont la règle et les professionnels de la santé ont quitté le pays en foule au cours de la dernière décennie, à la recherche de meilleurs salaires à l’étranger. En l’absence même d’un médicament de base tel que le paracétamol, des malades désespérés comme Susan Pamire, 44 ans, qui souffre de l’asthme, se sont tournés vers des plantes traditionnelles. Alors que les guérisseurs traditionnels ont longtemps conservé une clientèle rurale, les citadins se tournent aussi maintenant vers eux. “Les plantes traditionnelles sont devenues la seule alternative pour moi, même si je préfère toujours la médecine moderne”, a déclaré Pamire, qui souffre également de l’hypertension depuis des années. “Ces consultations chez le 'inyanga' [guérisseur traditionnel] sont mieux que d’attendre des comprimés du centre de santé, qui, je le sais, ne sont pas disponibles; autrement, je mourrais dans l’attente”, a expliqué à IPS, cette mère de cinq enfants. Des gens comme Janet Dliwayo, qui a une longue expérience dans la récolte des plantes dans la région rurale du Matebeleland, dans le sud du pays, sont capables d’opérer dans un marché prospère de plantes médicinales dans la banlieue de Makokoba, à Bulawayo. “Les médicaments que je vends ici proviennent de ma région rurale, où ce n’est pas tout le monde qui connaît quel arbre ou quelle plante traite quelle maladie”, affirme Dliwayo. Sibangilizwe Dube, un membre de l’Association nationale des guérisseurs traditionnels du Zimbabwe (ZINATHA), dit que la reconnaissance du gouvernement qu’il n’arrive pas à fournir des médicaments souligne la nécessité de prendre les guérisseurs traditionnels plus au sérieux. “Il y a encore du cynisme parmi certains médecins qui pensent que nous ne pouvons pas combler le vide en fournissant des plantes et des médicaments salvateurs”, a indiqué Dube. “Pourtant, nous savons qu’il y a des chercheurs qui viennent dans le pays et volent nos connaissances pour fabriquer des médicaments à l’étranger. Je ne comprends pas cela”, a dit Dube. Des chercheurs internationaux se sont, au cours de la dernière décennie, tournés vers l’utilisation que les guérisseurs traditionnels font de la riche biodiversité au Zimbabwe et ailleurs en Afrique australe, pour des indices prometteurs afin de développer des traitements pour certaines des maladies les plus mortelles au monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a joué un rôle actif dans la facilitation de la communication entre chercheurs en médecine, autorités de la santé publique et guérisseurs traditionnels, estime que jusqu’à 80 pour cent des Zimbabwéens dépendent des remèdes à base de plantes pour leurs soins de santé. Ce taux est vérifié pour plusieurs pays à travers l’Afrique, déclare Dr Banele Gama, un médecin zimbabwéen travaillant en Afrique du Sud. “Ce que les gens veulent généralement, c’est un meilleur accès à la médecine et aux soins de santé. S’ils peuvent obtenir cela en dehors des hôpitaux et à un coût bas, je pense que les gouvernements devraient encourager les praticiens de la médecine traditionnelle dont la connaissance indigène des plantes ne peut pas être écartée”, a expliqué Gama à IPS. La quasi-absence de normalisation et de réglementation appropriée signifie que l’utilisation des médicaments traditionnels présente des risques. Les organismes professionnels de santé au Zimbabwe ont décrié l’importation illégale de médicaments alternatifs provenant de pays aussi éloignés que la Chine. En février, le 'Traditional Medical Council of Zimbabwe' (Conseil pour la médecine traditionnelle du Zimbabwe), qui est agréé par le ministère de la Santé, a annoncé qu’il faisait pression pour le renforcement des lois qui régissent l’importation des médicaments traditionnels, puisqu’il a remarqué une croissance alarmante de la contrebande de plantes médicinales vers le pays. Les guérisseurs dans le pays ont aussi besoin d’une réglementation. Dr Rashai Mbudzi, responsable du Conseil pour la médecine traditionnelle du Zimbabwe, a déclaré aux médias publics en février que les praticiens de la médecine traditionnelle avaient besoin de formaliser leurs activités s’ils doivent participer efficacement au secteur des services de la santé. “Nous encourageons les praticiens de la médecine traditionnelle à se faire enregistrer auprès de nous pour effectuer des recherches sur leurs activités. Ceci améliorera la qualité de leur pratique et les encouragera également à avoir des domaines de spécialisation afin qu’ils puissent se mettre facilement en réseau avec les hôpitaux”, a ajouté Mbudzi.