LIVINGSTONE, Zambie, 1 mars (IPS) – Deux millions de lampes fluorescentes compactes (CFL) seront distribuées aux ménages et dans l'industrie au Malawi d’ici à juin, l’une des nombreuses mesures visant à combler le fossé entre la fourniture et la demande d'électricité. En Afrique australe, des pénuries d'énergie menacent d'étouffer le développement.
La demande pour l'électricité au Malawi dépasse actuellement 300 mégawatts, mais la capacité de production du pays n’est que 285 MW. Joseph Kalowekamo, le directeur adjoint des affaires énergétiques, a déclaré à IPS que le projet des CFL seul pouvait réduire cette demande de 30 MW. Le Malawi reçoit actuellement la quasi-totalité de son énergie électrique des centrales hydroélectriques sur le fleuve Shire, un déversoir du lac Malawi qui se jette dans le fleuve Zambèze. “La capacité de production pour le moment est insuffisante. Nous recherchons des investissements qui comprendront l'interconnexion au réseau régional, la production à partir d'autres cours d'eau en plus du fleuve Shire et aussi à partir du charbon”, a indiqué Kalowekamo. Plus d’eau, moins d’énergie La plus grande inquiétude de Kalowekamo n'est pas simplement que la capacité de production actuelle est trop petite; il s'inquiète de la baisse de la capacité de production qui survient pendant la saison des crues sur le fleuve Zambèze, dans lequel se jette le fleuve Shire. Lorsque le Zambèze est en crue, le grand volume d'eau repousse l'eau dans le Shire, plus petit. Cela ralentit effectivement la production le long du Shire, et davantage de pression peut en réalité arrêter le processus. Le problème est à son comble lorsque – comme maintenant – des vannes sur le barrage de Kariba, loin en amont sur le Zambèze, sont ouvertes, mais la libération contrôlée de cette eau est nécessaire à la fois pour la maîtrise des inondations et pour éviter d'endommager le barrage. Des consultants travaillent actuellement sur la synchronisation des opérations sur les barrages dans tout le bassin du Zambèze, afin d'obtenir des avantages optimaux en termes de production d'énergie et de lutte contre les inondations. Cela implique le développement d’un rapport et d’une coordination étroits entre les opérateurs des barrages tels que les barrages d’Itezhi-tezhi et de Kafue en Zambie, le barrage de Kariba – qui est partagé par la Zambie et le Zimbabwe, et le barrage de Cahora-Bassa, au Mozambique. Les lignes de transmission, pour permettre le transfert de l'énergie produite dans une localité à d’autres endroits dans la région, donnent aux opérateurs des barrages une flexibilité plus grande. “Avec la coopération sur les barrages, le commerce régional de l’énergie peut s’améliorer, avec les pays producteurs de l'énergie qui en vendent aussi davantage à ceux qui sont interconnectés”, a déclaré Washington Nyabeze, un ingénieur-conseil dans le projet de synchronisation des barrages. “Dans le cadre du projet de construction de barrages, nous encourageons l'expansion du réseau régional afin que plus d’énergie puisse être transportée à travers les frontières”. Développer un cadre Des consultants ont récemment présenté une série de rapports aux responsables de l'eau et aux opérateurs des barrages venus de tout le bassin du Zambèze à Livingstone, la capitale touristique zambienne, du 14 au 17 février. Kalowekamo a dit que la coordination entre les Etats riverains dans la gestion du bassin du fleuve Zambèze aiderait à résoudre bon nombre des problèmes énergétiques de la région. “Lorsque nous nous interconnectons sur le Système d’échanges d’énergie électrique d'Afrique australe (SAPP), nous pouvons réduire notre dépendance du Shire puisque nous nous rabattrons sur la région. Même si nous ne produisons pas autant d'électricité, nous pouvons aider à optimiser la production par notre simple coopération, par exemple dans une saison sèche, nous pouvons libérer l'eau de sorte qu'elle puisse être utilisée par ceux qui ont plus de capacité en aval”, a expliqué Kalowekamo. Une gestion coordonnée encouragera les Etats membres à harmoniser la production d'énergie avec d'autres impacts du barrage. “Dans certains cas, la nécessité de répondre à d'autres utilisations du barrage verra un pays incapable de produire autant d'énergie qu’il peut en vouloir”, a déclaré Odala Matupa, chargé du Programme de production de l’énergie électrique de la Communauté de développement d’Afrique australe. “Le projet visera à combler l'écart en encourageant les pays à acheter de l'énergie auprès d’autres”. Transmettre les avantages L’interconnexion est la clé de cette coopération. Avec une vision claire et partagée pour cette coopération en place, des plans pour accroître la capacité de production peuvent être développés au profit de toute la région. La Zambie est en train d'agrandir sa centrale électrique de 'Kariba North' avec le Zimbabwe qui envisage de faire de même à 'Kariba South', tout en construisant une nouvelle centrale à Batoka, à 50 kilomètres en aval. Le Mozambique envisage également augmenter la production à Cahora-Bassa. La transmission est tout aussi importante que la production dans ce scénario. Selon Fari Gwariro, directeur général de la Société d’énergie électrique du Zimbabwe, la Zambie, le Botswana, le Zimbabwe et la Namibie travaillent sur le projet ZIZABONA, qui devrait servir d’alternative pour décongestionner le corridor central de transmission existant qui passe actuellement par le Zimbabwe. “Ces projets font partie des plus de 40 projets qui peuvent être facilement mis en œuvre et rapporter beaucoup d'avantages au cas où le projet de synchronisation des barrages réussissait”, a confié Gwariro. “Nos systèmes d'énergie s'amélioreraient puisque davantage de voies pour transférer l’énergie entre les pays sont ouvertes. Cependant, cela nécessiterait beaucoup d'investissements à la fois pour les centrales électriques et les systèmes de transmission”. Matupa a indiqué à IPS que le commerce de l'énergie existant entre les pays comme l'Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Mozambique, la Zambie et la République démocratique du Congo a déjà démontré la faisabilité économique du système d’échanges d’énergie. “Le commerce se déroule déjà à des prix abordables pour le consommateur, alors davantage d’acteurs devraient traduire cela en des prix encore plus bas dans le long terme”, a souligné Matupa. Il est proposé que le SAPP soit un participant actif dans la création d'un centre de prévision des niveaux d'écoulement des différents fleuves.

