MALAWI: Les entreprises dépendent de l’énergie provenant du Mozambique

BLANTYRE, 2 mars (IPS) – L’étude de faisabilité visant à connecter le réseau électrique du Malawi à la centrale hydroélectrique de Cahora-Bassa, au Mozambique, a été achevée il y a 15 ans. Un prix pour l’énergie était convenu depuis longtemps par les gouvernements respectifs: mais le projet, d’une manière ou d’une autre, n’a pas encore démarré.

Compte tenu des graves pénuries d’énergie au Malawi, la Banque mondiale a engagé 200 millions de dollars dans un projet visant à connecter le Malawi au Mozambique et, ainsi, au Système d’échanges d’énergie d’Afrique australe qui permet le partage de l’énergie à travers la sous-région. Mais le parlement s’est engagé dans un jeu de football politique à ce sujet. Le gouvernement estime que la législation nécessaire à la mise en œuvre de cette interconnexion, qui verrait la construction d’une ligne de transmission depuis la sous-centrale électrique de Matambo, au Mozambique, à 'Blantyre West', au Malawi, a été bloquée par le parlement dominé par l’opposition. L’opposition réagit en disant que le projet de loi a été approuvé par le président Bingu wa Mutharika avant son adoption par le parlement – un examen minutieux adéquat était nécessaire avant qu’un projet de cette importance ne puisse être accepté. Un retard coûteux En attendant, la communauté des affaires au Malawi continue d’être aux prises avec les fréquentes coupures d’électricité. Symon Itaye, directeur général de la 'Packaging Industries Malawi Limited' (PIM), déclare: “Nous avons tenté d’agrandir notre entreprise, mais nous n’avons pas pu et nous dépensons des millions de dollars sur le carburant pour faire fonctionner les groupes électrogènes lorsque les coupures d’électricité surviennent au cours de la production”. La PIM fabrique des produits tels que les boîtes, le carton, les papiers d’emballage et les plateaux pour les œufs. Itaye affirme qu’en tant qu’une entreprise ayant des clients à travers l’Afrique, elle a besoin d’une fourniture continue d’énergie. “Nous appuierons toute initiative que le gouvernement souhaiterait mettre en place pour faire face aux fréquentes pannes d’électricité qui hantent actuellement le Malawi, pour le simple fait que sans énergie, les activités des entreprises s’arrêtent”, explique Itaye. Christina Phwitiko, une femme d’affaires basée à Blantyre, qui conditionne et exporte des jus de fruit vers le Mozambique, la Zambie, la Tanzanie, déclare que les coupures d’électricité font qu’il est difficile de respecter des contrats ambitieux. “Le mois dernier (janvier), nous avons gagné un appel d’offres pour fournir nos produits à une entreprise de construction routière, mais nous n’avons pas pu répondre à la demande et le contrat a été résilié. Nous avons perdu des millions de dollars dans le processus”. Elle affirme que les entreprises hésitent à investir dans des équipements de pointe qui renforceraient la production à cause des coupures d’électricité. Joseph Gondwe, directeur de la 'Malawi Business Company', une société de fabrication de boissons, est d’accord. “Nous avions élaboré un projet pour produire et fournir des boissons non alcoolisées à différentes régions, mais notre matériel a été endommagé du fait des pannes d’électricité. Ceci est révélateur de la difficulté à créer une entreprise dans ce pays”. L’entreprise de Gondwe a été obligée d’abandonner des projets d’expansion et de licencier certains membres de son personnel; elle n’envisage pas de réessayer cela avant que le problème d’électricité ne soit résolu. “Cette situation pourrait être révolue seulement si nous disposions d’une fourniture énergétique fiable. C’est pourquoi nous disons qu’à la session parlementaire [cette semaine], nous voulons demander au gouvernement de consentir au projet de loi”, a indiqué Gondwe. L’opposition insiste sur l’examen Se confiant à IPS, le vice-président du Front démocratique uni (UDF), Atupele Muluzi, déclare que l’opposition n’a jamais été contre le projet de loi, compte tenu de la pénurie d’énergie. Mais Muluzi a souligné la nécessité d’examiner minutieusement tous les projets de loi avant qu’ils ne puissent être adoptés et promulgués comme lois par le président. “Nous étions contre la procédure. Comment le président pouvait-il approuver un projet de loi qui n’a pas été examiné ni adopté au parlement?”, demande Muluzi. “Puisque le président a accepté de l’avoir [prématurément] signé par erreur, c’est maintenant de l’eau sous le pont”. Il souligne cependant la grande préoccupation de l’UDF par rapport à un plan clair sur la manière dont le pays s’acquitterait de ses contributions financières envers le Mozambique pendant les 20 années que durera l’accord, malgré la pénurie en devises étrangères au niveau du gouvernement. “Les devises étrangères continuent d’être un problème, c’est pourquoi elles sont en train d’être rationnées. Si nous ne pouvons pas importer le carburant à cause de la pénurie de devises étrangères, qu’en sera-t-il de l’accord d’interconnexion qui nécessite 480.000 dollars par mois? Qu’allons-nous utiliser pour payer le Mozambique?”, se demande Muluzi. L’accord d’interconnexion électrique de 2007 entre ESCOM, la Société nationale d’électricité du Malawi, et son homologue mozambicaine 'Electricidade de Mozambique', engage le gouvernement à payer un montant fixe de 480.000 dollars par mois pendant 20 ans. La quasi-totalité de l’énergie au Malawi provient d’une série de centrales hydroélectriques sur le fleuve Shire. La capacité de production maximale n’est pas à la hauteur des besoins du pays, et pendant que le Malawi envisage la construction d’une capacité supplémentaire sur le fleuve, le résultat sera exposé à la fois à la sécheresse et à l’inondation. L’interconnexion à Cahora-Bassa aidera à compenser ces risques. Les nouvelles lignes pourront transmettre au moins 200 mégawatts pour renforcer la fourniture en énergie du Malawi. ESCOM dit que si le projet est mis en œuvre, il stabilisera l’approvisionnement, en soutenant la croissance économique, et renforcera le recouvrement des recettes pour la société nationale d’énergie électrique.