RD CONGO: Une plante fertilisante qui accroît la production agricole

KIKWIT, RD Congo, 28 fév (IPS) – Plusieurs dizaines de paysans du district du Kwilu, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), augmentent actuellement leurs rendements agricoles en recourant de plus en plus à la plante «mucuna utilis» qui est très fertilisante, selon des chercheurs.

«Depuis que nous utilisons cette plante, nous n’avons plus de problème de fertilité de la terre. Grâce à elle, dans notre famille, nous avons produit, cette année par exemple, cinq sacs d’arachides dans notre champ alors que jadis, sans la mucuna utilis, nous obtenions un sac et demi ou deux», témoigne Nicolas Mimpaka, un paysan de Kwenge, à 25 kilomètres de Kikwit, la capitale de la province du Bandundu, essentiellement agricole.

Ce paysan et plusieurs autres du district du Kwilu dans le sud du Bandundu, viennent de temps en temps à Kikwit vendre leurs produits agricoles (arachide, maïs, manioc, riz, courges, haricots, divers légumes…) aux commerçants ou aux agences de voyages pour ravitailler Kinshasa, la capitale de la RDC. «C’est de 2008 à 2009 que nous avons mené des expériences dans les secteurs de Kwenge et Lukamba et nous avons constaté des résultats positifs», déclare à IPS, Emmanuel Mulenda, ingénieur agronome, un des responsables de la plate-forme Appui aux initiatives paysannes pour le développement (AIPD), qui regroupe et accompagne 51 associations à caractère agricole du Kwilu.

Mulenda souligne que «45 champs sur 50 pris comme échantillon étaient devenus très fertiles et avaient produit de grandes quantités de manioc, de maïs, d’arachides, de courges…» Selon la fiche technique des recherches, il a été scientifiquement prouvé que «les racines de mucuna utilis possèdent des nodosités en grande quantité et riches en azote, susceptibles de fertiliser la terre. La plante peut produire de 20 à 25 tonnes par hectare de graines fraîches avec un apport en fumure organique (avec les graines séchées), très important pour le sol (de 1,5 à deux pour cent) à l’hectare».

Dans son rapport 2008, l’équipe des chercheurs de l’AIPD, qui vulgarise actuellement cette plante, note que lors des expériences pour la culture de maïs, un champ d’un cinquième d’hectare sans mucuna utilis a produit 140 kilogrammes, alors que le même champ avec ce fertilisant a donné 350 kilos.

Toujours selon le même rapport, un hectare de manioc sans mucuna avait produit 700 kilos contre 1.250 kg avec mucuna; et un hectare d’arachide avait donné, sans la plante, 300 kilos contre 550 kg avec ce fertilisant naturel.

«L’augmentation de la production a été aussi constatée à partir de l’augmentation des superficies culturales», indique le rapport, soulignant que les résultats de cette expérience dans la restauration des sols ainsi que l’accroissement des rendements des cultures ont convaincu les paysans.

Daniel Mpolo, chef du département de biologie-chimie de l’Institut supérieur pédagogique de Kikwit, précise que mucuna utilis est une plante herbacée, une légumineuse rampante à croissance vigoureuse qui produit une grande quantité de graines comestibles.

«Les tiges prennent racine chaque fois qu’elles touchent le sol et le couvrent très rapidement. Cette espèce préfère les terres fortes et résiste bien à la sécheresse», souligne-t-il à IPS.

Pendant un certain temps, les paysans du Bandundu, notamment ceux du district du Kwilu, voyaient leurs produits agricoles faire du statu quo ou baisser à force d’exploiter les mêmes espaces sans fertilisant, en particulier lors de la préparation des champs pendant la saison sèche.

Mais depuis deux ans, ces paysans, en grande partie ceux qui sont dans des mouvements associatifs à caractère agricole, ont découvert cette plante fertilisante et améliorent petit à petit leurs productions.

«Vous savez que nous vivons de l’agriculture, cette plante nous aide beaucoup. Mon mari n’a pas d’emploi, mais nous mangeons presque chaque jour», déclare Jeanne Mplilikwomo, une paysanne de Kikwit. Elle ajoute également à IPS qu’elle achète des habits à ses enfants et paie leur scolarité grâce aux travaux agricoles.

Une autre paysanne, Jeanine Mandondo, déclare, sur les antennes d’une radio communautaire : «Au lieu de pratiquer le système de mise en jachère des forêts, système qui dure cinq, six ou huit ans, nous préférons cultiver nous-mêmes cette plante (mucuna utilis) qui est un bon secret pour accroître la production agricole».

«Six mois suffisent pour que mucuna utilis fertilise la terre», renchérit, à la même occasion, Robert Manianga, un paysan venu de Lubungu, un village situé à 16 km de Kikwit.

Lors des séances de vulgarisation en novembre 2009, Cyprien Ngeleto, un autre ingénieur agronome, avait souligné le fait que la plante contribue à la sécurité alimentaire et allège la pauvreté en milieu rural. «L’on peut semer mucuna utilis vers la fin de la saison pluvieuse, elle résiste à la sécheresse. Après les cultures, il y a la protection et la restauration du sol, grâce à une germination rapide des graines de la plante (pendant quatre à six jours)», conseille-t-il.