BUKALASI, Ouganda, 26 fév (IPS) – La production des graines de café de qualité sur les pentes du mont Elgon, dans l’est de l’Ouganda, n’est viable que lorsqu’on assure aux producteurs un accès facile au marché mondial. Le commerce équitable a rendu cela possible.
Les communautés rurales de l’est de l’Ouganda ont eu un accès tellement vanté au marché mondial en fournissant le café à Cafédirect, une société britannique dans laquelle les fondateurs, les producteurs et les employés sans distinction possèdent des actions. Et les consommateurs de café qui sont à des milliers de kilomètres bénéficient du café biologique.
En prenant une route cahoteuse, IPS a visité les producteurs dans le sous-comté de Bukalasi, district de Bududa, environ à 275 kilomètres à l’est de Kampala, la capitale.
Stanley Nasasa, 63 ans, a travaillé presque toute sa vie comme producteur de café mais il pense qu’il ne fait que jouir maintenant des avantages réels. La raison: le commerce équitable.
Nasasa est le secrétaire de la société coopérative de Bukalasi. La société est un membre de Gumutindo, coopérative de café ou organisation de producteurs, qui travaille avec Cafédirect pour assurer un accès facile au marché et de meilleurs prix pour les producteurs du café arabica de la région. Gumutindo signifie “café excellent” dans la langue locale lugisu.
L’obtention de prix permettant de soutenir les moyens d’existence est de la plus haute importance pour les producteurs puisque cela leur permet de construire des maisons, d’éduquer leurs enfants et de transformer les communautés.
Chez Nasasa, IPS a découvert pourquoi il est devenu un champion du commerce équitable. Sa famille venait d’emménager dans une maison nouvellement construite, dont le mur est en brique et le plancher en ciment, après avoir vécu dans une maison en terre battue avec un toit en tôle, dans une région glissante à cause des coulées de boue.
“J’ai acheté ce lopin de terre à trois millions de shillings (1.300 dollars) et la maison m’a coûté jusqu’ici 10 millions de shillings (5.000 dollars). Ce sont les fruits du commerce équitable avec Gumutindo”, a-t-il expliqué à IPS.
Flanqué de sa femme Stella, Nasasa a déclaré que l’argent provenait des économies réalisées après avoir bénéficié des bons prix du commerce équitable et “des primes sociales”.
Gumutindo paie une prime sociale sur chaque kilogramme de café produit, ce qui vient sous forme de gratification que les producteurs peuvent utiliser pour des projets d’appui qui sont aussi destinés aux personnes qui ne sont pas impliquées dans la production du café.
“L’accord sur le commerce équitable nous a sauvés des marchands prédateurs de café qui offrent aux producteurs beaucoup moins que le prix du marché du café. Nous avons parcouru un long chemin, je vous dis”, a dit Nasasa à IPS.
“Il fut un temps où nous transportions le café tout le long du chemin vers le marché de Chebukube au Kenya. Ce n’était pas facile parce que certaines personnes ont perdu leurs vies”. Il se référait à l’époque de la contrebande du café des années 1970 pendant le règne du dictateur Idi Amin.
Les politiques d’Amin ont provoqué une crise économique qui a affecté la commercialisation du café. Les producteurs stockaient le café dans leurs maisons à cause de l’absence des marchés. Ils devaient traverser péniblement les montagnes pour aller au Kenya voisin afin de vendre leur café pour survivre.
Nasasa a expliqué que la nouvelle maison est un soulagement pour sa femme qui a toujours de difficulté à escalader la zone de collines où se situait leur maison d’origine. “La vie est meilleure ici. Nous avons vécu dans la peur après que plusieurs personnes vivant près de là où nous habitions ont été tuées par des coulées de boue en mars [2010] dernier”.
Derrière la maison se trouve une grange avec deux vaches frisonnes qui produisent du lait pour la famille. Il y a dans la cour trois étalages élevés en maille métallique. Les étalages sont destinés à assurer un espace propre pour le séchage des graines du café arabica.
A l’intérieur de la maison de Nasasa, une grande chambre a été réservée pour le stockage et le séchage du café. Il s’est accroupi, montrant à IPS avec sourire des graines de café très blanches dans ses mains: “Celui-ci est certainement la qualité AA, la plus haute qualité selon les normes de Gumutindo”, a-t-il observé.
A 50 m environ de la maison de Nasasa vit Wilson Mabala, un autre fournisseur de Gumutindo. A la question qu’on lui a posée concernant les avantages de la fourniture du café selon les règles du commerce équitable, Mabala a répondu: “depuis que nous avons rejoint Gumutindo, nous avons conservé nos terres en utilisant l’engrais organique. Nous bénéficions d’un bon prix pour notre café.
“J’en ai personnellement beaucoup bénéficié. Avec les meilleurs gains, j’ai envoyé mes enfants dans des écoles plus valables que celles que je pouvais supporter par le passé”, a-t-il ajouté.
L’éducation primaire en Ouganda est gratuite mais plusieurs parents préoccupés par la qualité de l’éducation choisissent d’emmener leurs enfants dans les écoles privées où ils paient. Mabala a déclaré à IPS qu’il dépense plus d’un million de shillings ( 500 dollars) par an dans la scolarité pour deux de ses enfants.
Au hasard d’une courte promenade plus loin, IPS a rencontré un projet où l’on est en train d’étendre les magasins de la société coopérative de Bukalasi afin de créer plus d’installations de stockage pour le café.
Mabala, qui est aussi le président de la société coopérative de Bukalasi, a expliqué à IPS que l’expansion des magasins est financée par les recettes obtenues de la prime sociale.
“Les producteurs se sont assis et ont décidé que nous devons étendre le magasin afin de créer plus de place pour le stockage du café. Vous ne pouvez pas avoir du 'gumutindo' (excellent café) lorsque vous ne le conservez pas bien”, a-t-il expliqué.
Derrière le magasin, IPS a trouvé Sera Nafungo cultivant un jardin où le café a été planté avec des haricots et des ignames. Nafungo, qui a quatre enfants, a constaté que le commerce équitable a éduqué les producteurs à préserver leur sol en utilisant l’engrais organique. “Nous recevons des plants de café gratuits et on nous a enseigné comment éviter les ravageurs et comment conserver les substances nutritives dans le sol”, a-t-elle déclaré avec enthousiasme.
“J’ai réussi à acheter quelques vaches frisonnes et je dispose maintenant d’un approvisionnement constant de lait à la maison, dont une partie est vendue”, a-t-elle ajouté.
Mabala a déclaré à IPS que d’autres producteurs de la région ont vu les avantages de l’exploitation du commerce équitable et sont désireux d’y adhérer. “Nous attendons d’étendre l’adhésion mais nous le faisons systématiquement. Nous devons éduquer un nouveau membre sur les exigences de qualité avant de pouvoir l’admettre”, a-t-il insisté.
D’après le site web de Cafédirect, la société est le résultat de la décision de 'Oxfam', de 'Equal Exchange', de 'Traidcraft' et de 'Twin Trading' de contourner le marché classique pour acheter le café directement auprès des producteurs défavorisés dans les pays en développement”.
En cinq ans, elle avait payé aux producteurs plus de 13,4 millions de dollars au-dessus des prix du marché des matières premières.

