BULAWAYO, Zimbabwe, 28 fév (IPS) – Lorsque le gouvernement d’unité nationale (GUN) a été formé il y a deux ans, les Zimbabwéens espéraient que la période de l’envahissement des rayons des magasins par les biens de consommation importés prendrait fin peu de temps après.
Lors des troubles politiques de la dernière décennie, les commerçants transfrontaliers ont prospéré à partir des pénuries des produits de base. Les fabricants locaux ont combattu les contrôles de prix et les coûts de production prohibitifs qui ont conduit aux fermetures massives d’usine et au licenciement des travailleurs.
Les Zimbabwéens espéraient que, une fois que les opposants politiques du ZANU-PF (Union nationale africaine – Front patriotique) et du MDC (Mouvement pour le changement démocratique) ont formé un GUN, la reconstruction économique aiderait les industries locales à fonctionner à nouveau.
Deux ans plus tard, au milieu des différences politiques flagrantes entre les partenaires du GUN sur la meilleure façon de relancer l’économie, les biens de consommation importés des pays voisins, notamment de l’Afrique du Sud, continuent de dominer les rayons des supermarchés.
Les consommateurs préfèrent encore les produits alimentaires importés moins chers tels que l’huile de cuisine, la farine de maïs, la farine ordinaire et le thé.
Dans un pays en proie à la violence politique qui a provoqué la fuite massive des capitaux, les analystes considèrent le manque de recapitalisation comme le fléau majeur pour les fabricants locaux.
Le ministre des Finances Tendai Biti a annoncé en 2010 que le gouvernement avait mis de côté 75 millions de dollars à travers la Banque africaine d’import-export au profit des fabricants locaux pour relancer la production.
Mais les industriels se plaignent au sujet des fonds non encore distribués aux banques locales.
Pour un grand commerçant comme Nomusa Xaba, l’incapacité de l’industrie locale à approvisionner les principaux marchés a été une aubaine.
Depuis des années, Xaba gère une entreprise lucrative qui s’approvisionne en produits de base de l’Afrique du Sud voisine et vend ceux-ci aux supermarchés locaux et aux détaillants qui cherchent à échapper aux impôts et aux taxes qu’ils doivent payer quand ils importent eux-mêmes.
“Pour moi, il s’est agi d’une affaire comme d’habitude depuis la formation du gouvernement d’unité puisque certains magasins vendent encore les biens importés seulement”, a déclaré Xaba à IPS. “Les gens se plaignent disant que les biens locaux demeurent coûteux. Ils préfèrent les produits sud-africains, depuis le poulet jusqu’à la bière”.
Les Zimbabwéens ont eu pendant longtemps du mal à acheter les produits de base, à un tel point que les expatriés qui vivent en Afrique du Sud envoient des produits d’épicerie au lieu de l’argent.
Les transporteurs transfrontaliers connus sous l’appellation de “omalayitsha”, qui livrent des biens de consommations et des produits d’épicerie à partir de l’Afrique du Sud, demeurent populaires ici – malgré les prédictions selon lesquelles les changements économiques réalisés par le GUN excluraient ce secteur des affaires.
“Je pense que tout porte sur le pouvoir d’achat des gens”, affirme Tony Nyandoro, économiste basé à Bulawayo. “Les fabricants locaux ont crié qu’ils sont en train d’être paralysés par les importations mais on peut remarquer que même sans ces importations, ils ne parviennent pas à approvisionner le marché local”, soutient-il.
Les producteurs de volaille, par exemple, ont, par le passé, fait pression sur le gouvernement pour interdire les importations de poulets des pays voisins, notamment de l’Afrique du Sud. L’année dernière, le gouvernement a ordonné une telle interdiction, seulement pour la lever après un tollé provenant des consommateurs.
Après l’annulation de l’interdiction, la demande en poulets sud-africains a grimpé puisque les producteurs locaux ne pouvaient pas suivre le rythme, notamment dans la période précédant Noël.
Avant la prise du pouvoir par le GUN, le gouvernement d’alors, le ZANU-PF au pouvoir, a été accusé d’admettre trop facilement les Nigérians et les Chinois dans le pays. Le ZANU-PF a alors commencé avec “l’indigénisation” de l’économie. Les autorités gouvernementales ont soutenu que l’aliment importé n’est pas bon pour la santé des gens.
Selon les critiques, sans l’engagement du gouvernement à attirer l’investissement étranger direct dans les entités locales, les consommateurs peuvent s’attendre à ce que les importations envahissent les rayons des magasins pendant une longue période à venir.
“Il y a beaucoup de contradictions politiques ici. Le gouvernement ne peut pas encourager la production locale lorsque, au même moment, les entreprises locales disent qu’elles ne sont pas entièrement capitalisées”, explique Tendai Chikaraka, qui travaille comme analyste économique dans une banque internationale. “Une telle capitalisation ne peut venir que des investisseurs extérieurs ayant des capitaux. Comment équilibrons-nous les deux ?” se demande-t-il.
“Si les producteurs locaux doivent contribuer à la reconstruction économique, ils ont sûrement besoin de partenaires. Il a été déjà démontré que les Zimbabwéens ne peuvent pas eux-mêmes relancer cette économie”, a expliqué Chikaraka à IPS.
Les magasins appartenant à des étrangers continuent aussi de se développer au centre de Bulawayo, malgré les démarches du ZANU-PF de les faire sortir. Les étrangers qui se sont adressés à IPS rapportent qu’ils sont là parce que les habitants continuent d’acheter leurs produits moins chers.
“Nous ne pouvons pas seulement partir parce que certaines personnes pensent que nous faisons des profits à leur place.
“Nos produits sont moins chers simplement parce que l’économie a été ouverte pour nous au moment où personne n’imaginait que ce pays utiliserait de devise étrangère”, a expliqué un propriétaire de magasin nigérian à IPS, se référant à la loi sur l’utilisation des devises étrangères au Zimbabwe en 2009.
“Les gens doivent comprendre que les affaires concernent la fourniture des meilleurs biens et services. Nous allons continuer à apporter des biens dans le pays”, conclut-il.

