BAMAKO, 26 fév (IPS) – Après une mauvaise récolte, des paysans maliens, qui doivent acheter le complément de leur nourriture, redoutent une flambée des prix des denrées de première nécessité et une crise alimentaire. Ils estiment que le sorgho et le mil, principales cultures vivrières du pays, coûtent déjà cher.
Le petit village de Gwélékoro, situé à environ 60 kilomètres au sud de Bamako, la capitale malienne, est déjà frappé par la cherté des céréales, un fait peu habituel dans le sud du Mali pendant les mois qui suivent les récoltes. Dans cette bourgade, située au milieu des bois, les champs sont maintenant abandonnés en cette période de sécheresse, laissant apparaître de loin des maisons en banco et des cases aux toits coniques. «Les céréales sont particulièrement chères cette année. Le kilo du mil, par exemple, n’a pas été vendu en dessous de 100 francs CFA (environ 20 cents US). Il y a longtemps que je n’ai pas vu ça. Les autres années, le kilo pouvait être vendu à 50 FCFA (10 cents)» à la période actuelle, a déclaré à IPS, Karim Diarra, 43 ans, un paysan du village. En attendant le début des prochaines pluies (vers juillet) pour que les travaux champêtres reprennent, les paysans du village, qui ne produisent plus, sont un peu inquiets. Méfiants de la spéculation, ils suivent de près la cherté du prix de certaines denrées alimentaires. Sur les marchés locaux où ils s’approvisionnent lorsque leurs récoltes ne suffisent plus pour les nourrir, la tendance des prix leur est déjà défavorable. Depuis les dernières récoltes en novembre dernier, beaucoup de paysans de Gwélékoro appréhendent la reprise des travaux agricoles qui correspondent à la période de soudure au cours de laquelle les producteurs achètent des céréales pour se nourrir. Assise sur un mirador, le regard tourné vers l’horizon, Niènè Traoré, une dame de 65 ans, a parlé de son désespoir à IPS: «Nous nous attendons à des moments difficiles à cause de la cherté précoce des céréales. Nous n’avons pas beaucoup de réserves pour la saison des pluies (juillet à octobre), des moments marqués par une hausse vertigineuse du prix des denrées de première nécessité». Plusieurs villages des environs se trouvent dans la même situation. Dans le village de Heremakono, à sept kilomètres de Gwelekoro, des paysans estiment que la cherté des céréales est en partie liée à la précédente pluviométrie abondante à laquelle leurs cultures n’étaient pas adaptées. Les pluies ont détruit les récoltes. Témoignant à IPS, Madou Koné, un cultivateur, qui trouvait toujours dans ses champs assez de récoltes pour nourrir sa famille d’une trentaine de personnes, dit qu’il s’attend, lui aussi, à une situation alimentaire difficile: «Chaque année, je trouve de quoi nourrir toute ma famille en cultivant, mais pour la première fois, je risque d’acheter des céréales au marché. Cela m’inquiète parce que les prix vont continuer à augmenter». Actuellement, le kilo du mil tourne autour de 150 FCFA (environ 30 cents US) dans les marchés de Heremakono. Cette cherté fait écho à un rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) en janvier dernier qui tirait la sonnette d’alarme sur la hausse des denrées de première nécessité au plan mondial. Mais les paysans de la localité imputent moins leur situation à la conjoncture internationale ou à une pénurie. Ils estiment que la cherté du prix des céréales sur le marché n’a rien à voir avec le niveau de la production locale. «Au Mali, le problème de la cherté des céréales, ce n’est pas la pénurie, c’est la spéculation. Les autorités doivent contrôler le marché des céréales avec des magasins témoins (où des céréales subventionnées seraient vendues) pour casser les prix pendant l’hivernage», a déclaré à IPS, Baba Dramé, 78 ans, chef du village de Hérémakono, très furieux contre les autorités. Avec une production de près de sept millions de tonnes de céréales, la campagne agricole 2010-2011, qui vient de s'achever au Mali, a été très bonne, affirme Moussa Léo Sidibé, secrétaire général du ministère de l’Agriculture. Selon Sidibé, de nombreuses commandes d’exportation de céréales ont été faites par de gros acheteurs, comme le Programme alimentaire mondial (PAM). La télévision nationale a indiqué, en février, que le PAM a fait une demande d'achat de 15.000 tonnes de céréales pour le Bénin et le Sénégal. Ces exportations et d’autres commandes annoncées renforceront la croissance économique du Mali en 2011, ajoute la même source. Pour l’instant, aucune mesure n’a été prise par le gouvernement malien contre la tendance à la hausse du prix des céréales en 2011. En attendant le début des travaux agricoles, les populations rurales arrivent encore à joindre les deux bouts. Mais pour combien de temps? De leur côté, les banques de céréales ne sont ouvertes qu'en période de soudure lorsque la cherté des prix devient générale et touche tout le pays. Les gérants des banques de céréales sont autonomes dans leur décision d'ouvrir les stocks à la vente, mais ils ne l'ont jamais fait avant l'hivernage.
Les villages maliens, organisés en associations, reconstituent, au lendemain des récoltes, leurs banques de céréales qui sont des provisions leur permettant de réguler les prix de ces produits sur le marché. Ces stocks seront vendus aux populations locales en période de soudure, de juin à septembre.

