BANJUL, 14 jan (IPS) – Amie Manneh et sa famille vivaient en sécurité dans leur maison à une chambre à Bundung, à 15 kilomètres de la capitale Banjul. Leur maison a été ensuite détruite par de fortes pluies en septembre. Depuis lors, Amie, son mari et ses six enfants vivent dans cette maison dégradée.
“Nous dormons tous ici, mon mari et nos six enfants”, a-t-elle déclaré, montrant du doigt la petite chambre – dont une partie, sérieusement fissurée, est exposée non seulement aux intempéries mais aussi aux rats.
La Gambie a connu de fortes pluies tout au long de juillet, août et septembre, entraînant de graves inondations qui ont causé de pertes en vies, en cultures et en moyens d’existence, ainsi que des dégâts importants aux infrastructures et aux biens ménagers.
Selon Mawdo Jallow, coordonnateur régional de gestion des catastrophes de la région, 80 pour cent des champs de riz de marécage à travers plus de 17 villages, ont été détruits dans la région rurale de Upper River en Gambie. Près de 200 maisons ont été aussi détruites par des inondations.
“Nous attendions une bonne récolte cette année parce qu’il y a eu assez de pluie, mais nos cultures ont été détruites par les inondations”, a affirmé le chef du village de Chamoi Bunda. “Quarante hectares de plantations communales de riz de mon village, ainsi qu’un certain nombre de fermes individuelles et familiales, ont été toutes perdues dans les inondations”.
Dans le village de Bantunding à Wuli, dans la région de Upper River, les inondations ont également provoqué une invasion de crocodiles et les villageois ont été conseillés d’abandonner leurs fermes. Mais, les agriculteurs de la région rurale de Upper River ne sont pas les seuls qui soient sans récolte cette année, car des situations similaires se sont produites dans la région rurale de Lower River où de fortes pluies ont emporté des cultures.
“Concernant les récoltes, nous n’avons aucun espoir cette année”, a déclaré Pierre Bah, chef du district de Niani. “Après le dur labeur, tout est revenu à zéro”. “Nous ne recevons pas nos salaires mensuels, nous n’avons droit à aucune allocation non plus. Nos champs constituent notre source de survie. C’est notre dernier espoir”, a souligné Mamanding Suwaneh, 67 ans, chef du village de Wassu où plus de 300 hectares de champs de riz ont été détruits par les eaux d’inondation.
Selon le directeur exécutif de l’Agence nationale de gestion des catastrophes (NDMA), Essa Khan, plus de 34.000 personnes ont été touchées par les inondations de cette année.
Toutefois, il a refusé de donner des détails sur l’impact en attendant l’approbation du vice-président. La dernière évaluation du pays réalisée par l’organe national de gestion des catastrophes en collaboration avec des partenaires – dont la Croix rouge – révèle que jusqu’à fin septembre, 12 personnes ont péri, y compris une adolescente emportée par les inondations sur le chemin de l’école.
“Plus de 6.000 personnes ont été déplacées et ont cherché refuge dans les maisons voisines, les écoles et les structures communautaires”, indique le rapport. La population déplacée – dont une forte proportion est très pauvre et composée principalement de femmes et d’enfants- a des besoins alimentaires et non alimentaires critiques. L’eau, l’hygiène et l’assainissement sont devenus une préoccupation majeure.
Une perte importante en moyens d’existence a été aussi signalée, notamment pour les petits commerçants et les agriculteurs dont les biens ont été détruits ou endommagés et leurs champs inondés.
En septembre, le gouvernement a déclaré un état d’urgence et a lancé un appel pour des efforts d’assistance et de réhabilitation supplémentaires au niveau national et à l’étranger.
Puisque le conseil municipal de Kanifing (KMC) constitue l’autorité locale d’Amie, elle a été dirigée par le conseiller vers sa région pour chercher de l’assistance là-bas. “Je suis allée au KMC”, dit-elle. “Et on m’a donné trois sacs de riz, un gallon de 10 litres d’huile, et cinq kilogrammes de sucre”.
Cependant, ce geste n’a guère aidé Amie et sa famille à sortir de cette situation difficile. “J’avais déjà des sacs de riz avant que ma maison se soit effondrée”, déclare-t-elle. “Ce dont j’ai besoin, c’est du ciment et du sable ou une aide quelconque pour reconstruire ma maison”.
Juste une semaine avant l’effondrement de la maison d’Amie, le député Sidia Jatta a souligné que l’ampleur des inondations de cette année a dépassé la capacité des victimes à y faire face en utilisant leurs propres ressources. “A mon avis, donner des produits alimentaires est un bon geste, mais cela ne représente pas nécessairement une aide importante accordée aux victimes de la catastrophe”, estime Sidia. “Ce qui constitue une aide importante, c’est de remettre la victime le plus tôt possible dans son état de bien-être financier ou matériel avant la catastrophe”.
Cependant, selon Khan, la Gambie réalise de succès dans ses stratégies de gestion des catastrophes chaque année. “Nous sommes en train de passer de la gestion des crises à la gestion du risque”, a-t-il dit. “Nous avons décentralisé nos activités. Chacune des régions administratives a maintenant des coordinations régionales de gestion des catastrophes présidées par les chefs traditionnels qui mènent les activités de renforcement de la résilience communautaire”, a-t-il ajouté.
Selon Khan, des projets sont en cours pour transformer le Comité de développement de village actuel en Coordination de gestion de catastrophes au niveau villageois; mais il reconnaît que cela demande de l’argent.
Il a en outre ajouté que l’aide n’est pas durable, d’où la Gambie est aussi en train de mettre en œuvre la Stratégie régionale africaine pour la réduction des risques de catastrophes, qui exige des Etats membres de l’Union africaine d’accroître l’engagement politique pour la réduction des risques de catastrophes. Elle demande également d’améliorer l’identification et l’évaluation des risques de catastrophes, d’augmenter la sensibilisation du public sur la réduction des risques de catastrophes, d’améliorer la gouvernance et d’intégrer la réduction des risques de catastrophes dans la gestion d’urgence.
“Nous avons remarqué que certaines des personnes sont en train de s’installer dans les régions sujettes aux inondations. Nous ne pouvons radicalement pas les expulser, mais nous allons intensifier les campagnes de plaidoyer”. Mais tous les objets de valeur, équivalents à des millions, déboursés pour aider les victimes de la catastrophe, couplées avec des années d’élaboration de stratégies, n’ont pas répondu à la priorité d’Amie.
Elle déclare qu’elle est désespérée d’avoir une maison pour sa famille. Son mari menuisier éprouve de la difficulté à subvenir aux besoins quotidiens de la famille parce qu’il ne peut pas gagner des contrats. “Mon mari ne travaille pas depuis un moment; sinon, je ne serais pas à la recherche d’assistance”, se lamente Amie.

