NAIROBI, 13 jan (IPS) – 2010 restera dans l'histoire comme l'année où le premier groupe d'écoliers bénéficiaires de l'introduction, par le gouvernement, de la gratuité de l'enseignement primaire a passé son 'Kenya Certificate of Primary Education' (Certificat d’études primaires du Kenya).
La gratuité de l'enseignement primaire, qui est également obligatoire, a vu beaucoup d’enfants, particulièrement de familles pauvres, profiter d'une occasion pour être scolarisés. Selon les rapports du ministère de l'Education, le nombre de garçons et de filles inscrits au primaire a grimpé, de cinq millions à huit millions. “Bien que ceci soit un développement important, particulièrement à la lumière des efforts du gouvernement pour répondre aux priorités globales énoncées dans des documents-cadres clé tels que les Objectifs du millénaire pour le développement, il existe des obstacles flagrants qui empêchent nos enfants d’aller à l'école”, explique Rosemarie Muganda, la directrice exécutive du Centre d'étude de l'adolescence (CSA). Elle explique en outre que même si les taux de scolarisation dans le primaire sont plus élevés pour les filles, moins de filles terminent le primaire et s'inscrivent dans le secondaire, par rapport aux garçons. Selon la dernière Enquête démographique et de santé du Kenya (KDHS), 40 pour cent des adolescentes analphabètes sont soit enceintes ou sont déjà devenues mères. Par ailleurs, pour les filles qui ont fait seulement le primaire, 26 pour cent sont des mères contre huit pour cent pour celles qui ont un niveau secondaire ou supérieur. “Cela montre que l'impact de l'enseignement secondaire et même supérieur peut retarder la procréation et par conséquent donner aux filles la possibilité de poursuivre leurs rêves”, souligne Nelly Mwangi, une enseignante à Nairobi, la capitale du Kenya. Dans un rapport publié par le CSA intitulé 'Down the Drain', qui a évalué le coût de la grossesse et de l’abandon scolaire chez les adolescentes au Kenya, on estime qu'environ 35 pour cent des filles âgées de 16 à 20 ans sont encore à l'école, comparativement à environ 50 pour cent des garçons. Ceci en dépit du fait qu'il existe un programme baptisé 'Return to School' (Retournez à l'école), une politique introduite par le gouvernement pour permettre aux filles qui sont déjà tombées enceintes de retourner à l'école. “La plupart des cas de filles qui abandonnent l'école se produisent en janvier. C'est pendant les longs congés de décembre que beaucoup de filles sont victimes d'avances sexuelles et se laissent emporter par les fêtes”, explique Mwangi. C'est dans ce contexte que les acteurs concernés par le faible taux de maintien, particulièrement des fillettes à l'école, ont lancé un programme baptisé 'Politique sociale, plaidoyer et réseautage', qui vise à promouvoir l’appui à l'éducation des filles. Dans un récent rapport publié par le CSA, l'âge à partir duquel les premiers rapports sexuels ont lieu se situe désormais entre huit et 12 ans, le plus bas de tous les temps. En effet, huit jeunes sur dix auront eu des rapports sexuels avant l'âge de 20 ans. Cela augmente les chances d’avoir des grossesses non désirées, de contracter des maladies sexuellement transmissibles, ainsi que les chances que des écolières abandonnent l'école. Selon les résultats d'une enquête nationale auprès des élèves du secondaire, plus de 13 pour cent des élèves ont connu leur première grossesse au moment où elles célèbrent leur quatorzième anniversaire. Outre le fait que cela prive les enfants de la chance d’avoir une bonne éducation qui devrait idéalement renforcer leur capacité à se développer socialement et économiquement dans le futur, le coût financier qui est engagé par le gouvernement lorsque les élèves abandonnent l'école, est très élevé. Selon une enquête menée et exécutée sous le rapport 'Down the Drain', pour 10.000 filles qui abandonnent l'école chaque année, le gouvernement seul perd environ 750.000 dollars. “De toute évidence, la nécessité de mettre l'accent sur la santé de la reproduction des jeunes en matière d'éducation ne peut pas être surestimée parce que le facteur le plus important qui contribue à l’abandon scolaire des filles, est la grossesse chez les adolescentes et les conséquences connexes”, ajoute Muganda. “Bien que l'éducation sexuelle soit intégrée dans le programme, elle est trop élémentaire et peut ne pas être une intervention efficace, étant donné tous les messages explicites auxquels les enfants sont exposés dès un âge aussi jeune”, explique Paul Kipkorir, un enseignant à Nairobi. Pour combler cette lacune, plusieurs acteurs ont commencé à soutenir le programme 'Retournez à l'école', qui a été confronté à de nombreux défis. “Des élèves narguent et se moquent de celles qui retournent à l'école après avoir accouché. Les écoles doivent être donc plus sensibles aux mères adolescentes au cas où elles doivent poursuivre leurs études”, indique Kipkorir. En outre, il y a eu plusieurs efforts dans le sens de mesures plus préventives. Le ministère de l'Education travaille actuellement en collaboration avec les organisations qui ont une vaste expérience dans le domaine de la santé de la reproduction des jeunes et qui sont capables de fournir des informations plus complètes sur la sexualité dans les écoles. Cette démarche a été motivée par plusieurs rapports, qui continuent de souligner que davantage de jeunes élèves s’engagent dans des relations sexuelles non protégées. L’un de ces rapports, publié par le CSA, montre que plus de 33 pour cent des filles au secondaire ont eu des rapports sexuels, qui sont souvent non protégés. Bien qu'il n'y ait pas une seule intervention qui soit assurée pour maintenir les enfants dans les écoles et réduire le taux d'abandon, les recherches montrent qu'une approche à plusieurs facettes durera non seulement pour garantir l'accès des enfants à l'éducation, mais elle leur permettra également de rester à l'école tant que le système éducatif le demande.

