BLANTYRE, 15 jan (IPS) – Les activistes des droits à la santé du Malawi expriment leur inquiétude face au rejet récent de la demande de 600 millions de dollars faite par le pays au Fonds mondial pour lutter contre le VIH, la tuberculose et le paludisme entre 2011 et 2016.
Mais le gouvernement maintient qu’il ne faut pas s’inquiéter. La secrétaire exécutive du Comité de coordination du Fonds mondial au Malawi, Edith Mkawa, a déclaré aux journalistes mardi dernier, dans la capitale Lilongwe, que la demande du pays a été rejetée à nouveau.
La demande visait fondamentalement la recherche de solution à la transmission du VIH de la mère à l’enfant par un traitement en permanence de toutes les femmes séropositives enceintes. Le Malawi avait espéré augmenter le nombre de personnes admises au traitement sous anti-rétroviraux (ARV) de 287.000 à 537.000 d’ici à la fin de l’année de financement. Le Malawi avait aussi prévu accroître la circoncision masculine volontaire afin d’aider à freiner le taux d’infection au VIH qui a stagné à 12 pour cent depuis 2007. Environ un million d’hommes auraient pu être circoncis dans la période de mise en œuvre.
Mkawa a expliqué qu’aucune raison n’a été donnée au rejet de la demande. “Nous n’avons pas encore reçu les raisons du rejet de la demande par l’institution mondiale”, a-t-elle déclaré aux journalistes locaux. Cependant, pour certains, le rejet n’a pas été une surprise.
Médecins sans frontières (MSF), une organisation humanitaire internationale, avait averti le 8 décembre, dans un article sur son site Internet, qu’en raison des déficits budgétaires, plusieurs pays africains “pourraient être bientôt exclus du financement du VIH/SIDA”.
“MSF craint sérieusement que plusieurs pays à faible revenu et à forte prévalence de VIH tels que le Malawi, le Zimbabwe, le Mozambique, le Swaziland et le Lesotho, essuient un refus de financement pour le VIH et de la tuberculose dans cette phase”, lit-on en partie dans l’article.
La directrice exécutive de 'Malawi Health Equity Network' (Réseau pour l’équité en santé du Malawi), Martha Kwataine, indique que les nouvelles sont décevantes. “L’impact est assez énorme. Environ 90 pour cent des activités relatives au VIH au Malawi sont financées par des donateurs. Ceci signifie donc qu’il y aura vraiment une halte dans la lutte contre le VIH”. “Par conséquent, nous pourrions constater une chute dans nos statistiques (sur le VIH) à nouveau”, souligne-t-elle. Kwataine estime que ce développement doit servir d’avertissement du côté du gouvernement pour arrêter la sur-dépendance sur le financement des donateurs.
“Nous ne pouvons pas continuer à dépendre du financement des donateurs. Et c’est notre population qui a besoin d’être sous traitement ARV toute la vie. J’ai toujours dit que les Malawites ne sont pas une population du Fonds mondial. Ils appartiennent au gouvernement. L’Etat est responsable de la fourniture des soins de santé à ses citoyens”, explique-t-elle.
Le VIH/SIDA a été la cause de 59 pour cent de décès parmi les personnes de 15 à 59 ans au Malawi qui compte 13 millions d’habitants. Selon Kwataine, ce rejet menace les droits de beaucoup autres Malawites. “Cela est très risqué parce que si les gens arrêtent de prendre les ARV pendant deux à trois mois environ, ils développeront une résistance et, à la fin, ils mourront. D’autre part, nous avons adopté la directive de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Maintenant, comment allons appliquer les nouvelles directives? C’est vraiment un défi parce que nous n’avancerons pas du tout”, dit-elle.
La directrice exécutive de l’Association nationale des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Malawi, Amanda Manjolo, souligne que le refus du financement aura un effet pernicieux sur la vie de ceux qui prennent les ARV.
“Puisque la demande visait principalement l’acquisition des ARV, ceci entraînera en fin de compte des pénuries d’ARV très prochainement”, déclare-t-elle.
Partageant l’avis de Kwataine, Manjolo estime que cela affectera le projet du gouvernement de prendre en compte les nouvelles directives de l’OMS stipulant que les gens doivent commencer à prendre les ARV à un taux de cellules CD4 de 350.
La secrétaire principale du bureau du président et responsable du cabinet pour des programmes de nutrition et de VIH/SIDA, Mary Shawa, minimise l’importance des craintes.
“Bien que ce soit un développement triste, le refus n’aura pas d’incidences immédiates parce que nous avons actuellement assez de ressources pouvant nous soutenir jusqu’à 2012. Mais nous prenons cela comme un appel à l’éveil parce que nous devons continuer de fournir les ARV aux personnes atteintes du VIH”, explique-t-elle. Shawa affirme que le gouvernement élabore actuellement une stratégie sur la manière de trouver d’autres donateurs pour le financement de ses programmes de VIH.
Comme d’autres pays de la région de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), le Malawi a commencé à traiter les femmes séropositives enceintes à un taux de cellules CD4 de 350, recommandé par l’OMS; mais le taux standard de base de cellules CD4 pour commencer un traitement ARV demeure 250.
“Nous allons poursuivre les directives de l’OMS. Nous avons suffisamment de fonds grâce à l’argent reçu des autres donateurs, y compris la Banque mondiale et le DFID (ministère britannique du Développement international)”, souligne Shawa.
Selon le Fonds mondial, seules 79 soumissions sur 150 demandes environ ont reçu de financement cette année. D’autres pays à qui le financement a été refusé, sont le Swaziland, le Mozambique, la République démocratique du Congo et le Zimbabwe.
Le Zimbabwe, comme le Malawi, reçoit de l’aide du Fonds mondial depuis 2002.
Manjolo déclare qu’avec le déficit de financement créé par le Fonds mondial, les personnes séropositives au Malawi sont probablement exposées aux infections opportunistes graves et même à un décès précoce. Elle appelle à l’introduction urgente d’une nouvelle phase de financement pour permettre aux demandes rejetées d’être soumises à nouveau.

