ANTANANARIVO, 4 jan (IPS) – Le calvaire des femmes malgaches continue au Liban. Selon les dernières statistiques du ministère malgache de la Population, entre 2009 et décembre 2010, quinze femmes malgaches ont trouvé la mort dans ce pays du Moyen-Orient où elles vont travailler souvent comme des domestiques.
La dépouille de Batatsara est arrivée en décembre dernier à l’aéroport international d’Ivato, à Antanarivo, et a été recueillie par une famille affligée qui cherche à comprendre. Après avoir quitté le pays le 15 décembre 2008, cette jeune femme n’a obtenu un contrat de travail de ses employeurs que le 25 février 2009, selon ses parents. Selon ce contrat, son salaire mensuel était de 300.000 ariary, (environ 150 dollars). Sa mère a déclaré qu’elle n’a été en mesure d’envoyer une partie de son salaire accumulé, soit 600.000 ariary (environ 300 dollars) que le 13 août 2010 via Western Union. C’est le seul transfert d’argent qu’elle ait pu faire. Comme cette famille, beaucoup d’autres à Madagascar, à travers l’Association des parents des femmes victimes d’injustices au Liban, crient au scandale. Le Syndicat des professionnels diplômés en travail social (SPDTS) dénonce une forme de traite des femmes qui ne date pas d’hier. «Des cas de mauvais traitements ne cessent d'être rapportés», souligne Jeannoda Norotiana Randimbiarison, présidente du SPDTS qui a été parmi les premiers à prendre en charge psychologiquement les femmes victimes de maltraitance au Liban et à appuyer les familles dans leurs démarches de recherche et de rapatriement de leurs filles. Selon elle, beaucoup de femmes subissent une expérience désastreuse au Liban. Julie Anna qui a séjourné aussi au Liban, affirme que la vie y est dure pour les Malgaches. Cette femme est partie le 3 août 2008 sous contrat d’une durée de trois ans. Elle est revenue en juin 2010 avec un souvenir amer car, selon elle, sa vie n’a été que torture là-bas. De leur côté, les agences de placement se défendent d'être responsables de quoi que ce soit. Elles soutiennent qu'elles agissent de bonne foi. «Les actes de torture ne touchent qu’une minorité de travailleurs», estime Julio Harilala, le président du Syndicat des bureaux de placement privés de Madagascar (SBPM).
Mais après le rapatriement du 15ème cadavre d’une Malgache, les choses semblent bouger un peu en faveur de l’Association des parents des femmes victimes d’injustice au Liban. Benja Urbain Andriatsizehena, vice-président du Conseil de la transition, a annoncé l’ouverture d’une enquête parlementaire pour éclaircir cette affaire. Jusqu’en décembre dernier, 364 demandes de rapatriement de Malgaches – encore au Liban – ont été reçues par le ministère de la Population qui se sent impuissant à satisfaire les demandes de toutes ces familles. Un rapport publié par le SPDTS fait état de quelque 7.000 femmes malgaches au Liban, et dont seulement 6.000 possèdent un contrat cautionné par l’administration malgache. Le ministère indique que 526 femmes malgaches sont déjà retournées au pays.
«Il est très difficile de rattraper 20 ans sans démarches pour secourir les filles malgaches au Liban. Le rapatriement n’est envisageable qu’à partir de l’année prochaine lorsque les gouvernements des deux pays parviendront à un accord», déclare Nadine Ramaroson, ministre de la Population de Madagascar.
La ministre rappelle que le phénomène de maltraitance des Malgaches au Liban remonte au début des années 1990. Mais il s’est accentué après 2007, quand les capitales de deux pays, Beyrouth et Antananarivo, ont passé des accords en vue de faciliter, par les familles libanaises, l’embauche de travailleuses malgaches. Cet accord concerne l’octroi de visa gratuit, la mise en place d’un nouveau contrat et les facilitations accordées aux agences de recrutement. Le rapatriement nécessite beaucoup d’argent car une personne a besoin de 1.000 dollars pour rentrer au pays. Les jeunes malgaches partent de la Grande Ile pour travailler en tant que femmes de ménage. Les familles d’accueil leur versent un salaire mensuel avoisinant les 150 dollars, une offre généreuse et alléchante pour un pays pauvre comme Madagascar où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Madagascar est parmi les pays qui luttent contre la traite et la torture des personnes. Une initiative qui cadre avec le Protocole de la SADC sur le genre et le développent que le pays a signé. L’envoi des femmes malgaches au Liban doit être bien étudié et les responsabilités doivent être assumées non seulement par les familles qui acceptent que leurs filles partent travailler dans ce pays malgré tous les risques que cela comporte pour leur vie, mais aussi par les décideurs politiques à Madagascar qui laissent faire.
*(Fanja Razafimahatratra est journaliste à Madagascar et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).

