AGRICULTURE-MALAWI: Le désespoir face aux problèmes de subventions

LILONGWE, 5 jan (IPS) – Comme les pluies commencent à tomber au Malawi, marquant le début de la période de croissance, le gouvernement poursuit la mise en œuvre du programme de subvention de l’engrais et de la semence. Ce programme a fait du pays un grenier au niveau de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

Le programme, introduit en 2004, est destiné aux petits agriculteurs qui ne peuvent pas s’offrir d’intrants agricoles tels que la semence et l’engrais au prix normal du marché. Mais la plupart des agriculteurs sont en train d’être abandonnés à leur sort et ils emploient des mesures désespérées pour accéder à ces produits – allant de la tentative de vente d’un parent à la vente de leurs propres parties intimes.

Certaines personnes ont reçu des balles pendant qu’ils se bousculaient pour avoir ces intrants très nécessaires.

Jolam Ganizani, un jeune homme de 21 ans, originaire de Ntchisi, un district au centre de Malawi, est en détention préventive après avoir essayé de vendre sa propre mère afin d’utiliser l’argent pour acheter de l’engrais et de la semence.

Le sous-inspecteur de police judiciaire, Peter Njiragoma, a déclaré le mois dernier aux journalistes locaux que Ganizani a avoué à la police qu’il était tellement affligé par la pauvreté qu’il a pensé que la vente de sa mère serait une solution à ses problèmes.

“Il avait voulu utiliser l’argent obtenu de la vente de sa mère pour acheter des intrants agricoles qui l’aideraient à cultiver beaucoup de produits agricoles pour récolter davantage”, a expliqué Njiragoma.

Selon la police, Ganizani collaborait avec un herboriste au Mozambique qui lui a conseillé que sa mère pourrait être utilisée comme une esclave par les hommes d’affaires.

Le Malawi est très favorable au trafic humain à cause du VIH/SIDA, des niveaux élevés de pauvreté et des taux faibles d’alphabétisation, selon une ONG (Organisation non gouvernementale) locale, 'Malawi Network Against Child Trafficking' (MNACT- Réseau contre le trafic d’enfant du Malawi).

Le coordonnateur du MNACT, Maxwell Matewere, a déclaré ce mois à IPS que la plupart des femmes et des enfants sont confrontés à l’exploitation et qu’ils font objet de trafic à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Mais Ganizani n’est pas la seule personne désespérée par les difficultés d’accès aux intrants pour ses activités agricoles. Un autre jeune homme de 22 ans, Pilirani Lazarous, est en train de recevoir des soins médicaux après s’être amputé, en novembre, les parties intimes qu’il a mises en vente afin d’utiliser l’argent pour acheter de l’engrais pour son jardin d’un hectare.

Depuis son lit de malade à l’hôpital central de Kamuzu à Lilongwe, la capitale du pays, Lazarous, père d’un enfant, a déclaré à IPS qu’il n’était pas sur la liste pour accéder à l’engrais subventionné puisqu’il ne s’est pas inscrit et qu’il devait trouver un moyen d’acheter “l’engrais coûteux”.

Il a indiqué avoir entendu parler d’un marché dynamique pour les parties intimes et que cela l’a décidé à vendre les siennes. “Malheureusement, les premières personnes que j’ai abordées m’ont signalé à la police. On m’a immédiatement emmené à l’hôpital et je suis tellement triste maintenant de ne pas pouvoir acheter de l’engrais, bien que je sois mutilé à vie”, a dit Lazarous.

Selon la police, Ganizani et Lazarous sont tous deux sains d’esprit.

Cependant, sans l’accès aux bons qui permettent aux gens d’accéder à l’engrais subventionné, la plupart des personnes continuent d’être désespérées. Les bénéficiaires du programme de subvention reçoivent deux bons – un pour l’accès à la semence moins chère et l’autre pour l’achat d’engrais à un prix subventionné.

Avec un bon, l’on est en mesure d’acheter un sac de cinq kilogrammes de semence à 65 cents seulement et un sac de 50 kilogrammes d’engrais à trois dollars US seulement. Le prix du marché normal pour la même quantité de semence est de 12 dollars US et pour un sac de 50 kilogrammes d’engrais, cela est de 33 dollars US.

Jusqu’à 60 pour cent des 13,1 millions de la population du pays vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon les Nations Unies. Ils ne peuvent pas, par conséquent, se permettre d’acheter des intrants au prix normal et ils finissent par lutter bec et ongles pour accéder aux produits.

Au début de ce mois, deux femmes, venant de Lilongwe aussi, ont été hospitalisées avec de graves blessures après que les gardes ont tiré sur elles. Les femmes se bousculaient pour avoir accès à l’engrais subventionné.

La police a confirmé l’incident, expliquant que les femmes faisaient partie d’une grande foule qui pensait que l’engrais livré à la zone commerciale ne serait pas suffisant pour tout le monde présent. “Les gardes essayaient de maîtriser la foule et ils ont fini par tirer par accident sur quelque deux femmes”, a indiqué un rapport de police rendu public aussitôt après l’incident.

Il y a eu beaucoup de rapports relatifs à l’incapacité du gouvernement à fournir suffisamment d’intrants subventionnés aux bénéficiaires du programme de subvention dans de nombreuses régions du pays.

Au cours de la session parlementaire de décembre 2010, les législateurs ont pris à partie le ministre de l’Agriculture, Peter Mwanza, au sujet de la non-disponibilité des produits dans la plupart des régions. Mwanza a estimé que les problèmes sont dus aux difficultés liés au transport”.

Le secrétaire principal du ministère de l’Agriculture a aussi déclaré que la plupart des agriculteurs achètent rapidement les intrants et que cela exerce la pression sur la logistique d’approvisionnement menant aux points de vente des subventions.

Selon le ministère de l’Agriculture, 1,6 million de ménages doivent bénéficier de subvention cette année.

Malgré les défis liés au programme de subvention agricole dans son pays, Bingu wa Mutharika, le président du Malawi, qui est aussi le président de l’Union africaine, est en train d’exhorter les ministres africains de l’Agriculture et des Finances à faire pression pour des subventions dans le secteur agricole.

“Je vous exhorte, vous, les ministres de l’Agriculture et des Finances à vous lever et à lutter en faveur des subventions. Il n’y a pas moyen qu’un agriculteur africain puisse survivre sans les subventions”, a déclaré Mutharika lors d’un sommet africain des ministres de l’Agriculture qui s’est tenu au Malawi en octobre 2010.

Le Malawi a connu de graves pénuries alimentaires en 2005, au moment où jusqu’à cinq millions d’habitants ont été confrontés à la famine; mais juste trois ans plus tard, le programme de subvention agricole a abouti à une récolte exceptionnelle année après année.