NAIROBI, 3 jan (IPS) – Certains pays comme le Liberia peuvent se vanter d’avoir une femme présidente. Mais, le Kenya a encore du mal à permettre aux femmes d’exercer leurs rôles de leadership au niveau du parlement et du gouvernement local.
La législature compte 222 députés dont 22 seulement sont des femmes. Le cabinet a 41 ministres et 52 ministres assistants. Il n’y a que six femmes travaillant comme ministres et six autres comme ministres assistantes. Quand le cabinet a été mis en place en 2008, il y avait sept ministres et cinq ministres assistantes.
Au parlement, là où les nombres représentent le pouvoir, le manque de représentation féminine demeure un défi dans les efforts visant à créer des processus politiques.
Parmi les pays d’Afrique orientale, le Kenya est fier d’être l’économie la plus forte mais il est l’un des pires acteurs concernant l’indice de parité. D’autres pays, notamment le Rwanda, ont déjà atteint le seuil mondial d’au moins 18,8 pour cent de représentation des femmes au parlement.
“Des pays comme le Rwanda ont environ 56 pour cent d’indice de parité et les meilleures études de cas sur la représentation de femmes au parlement”, explique Ken Odour, un politologue à Nairobi.
Au cours de ces quelques dernières années, les femmes sont devenues plus agressives dans le but d’occuper des postes de direction, en particulier au parlement. Aux élections générales de 2007, le nombre de candidates aux sièges parlementaires était de 269 sur 2.548 au total – un chiffre beaucoup plus élevé qu’en 2002 où 44 seulement sur 1.015 ont essayé d’occuper les postes électifs du parlement.
A la lumière de cette tendance, les hommes sont devenus moins sûrs d’eux-mêmes parce qu’ils ont dominé le processus politique depuis plusieurs années. “Cela est évident dans le type de violence à laquelle les femmes ont été exposées lors des violences postélectorales. De nombreuses femmes candidates ont été menacées, agressées physiquement et/ou sexuellement. Certaines ont abandonné en cours de route à cause de l’intimidation intense”, explique Alice Wahome, une politicienne au Centre du Kenya, qui a brigué un siège parlementaire en 2007. Elle a été physiquement agressée et elle a été hospitalisée.
Bien que le parlement actuel ait le nombre le plus élevé de femmes leaders et de ministres par rapport au régime précédent où les femmes ministres n’ont jamais dépassé trois à un moment, elles ne détiennent malheureusement pas des postes dans les ministères importants.
Le seul ministère – proche de l’annexe du pouvoir – qui a été occupé par une femme est le ministère de la Justice et des Affaires constitutionnelles. La ministre d’alors, Hon Martha Karua, qui a démissionné il y a quelques mois sous prétexte qu’il y aurait des individus puissants qui anéantissent ses efforts visant à bâtir des réformes fondamentales, est reconnue comme étant celle qui a fait naître l’impulsion ayant conduit au processus réussi de révision constitutionnelle.
“Elle a aussi introduit le projet de loi sur la discrimination positive de 2009 qui, malgré son rejet par la chambre, n’a pas été vain parce qu’il y a une clause sur la discrimination positive dans la constitution”, explique Alice Karanja, une femme d’affaire qui nourrit des ambitions politiques.
En raison du petit nombre de femmes ministres, il est difficile d’évaluer leur impact parce que leur accès aux budgets et autres fonds est limité. Concernant les fonds destinés aux différents ministères, seules six femmes ont un accès et contrôle sur la manière dont le budget sera mis en œuvre.
Certains des ministères dirigés par les femmes, qui ont essayé de faire des progrès vers l’amélioration des moyens d’existence des femmes en tant que communauté marginalisée, sont notamment le ministère de l’Egalité des sexes et du Développement social et le ministère des Programmes spéciaux. Toutefois, cela ne signifie pas que d’autres ministères ne font pas de progrès.
Il y a beaucoup de succès réalisés par les femmes en tant que leaders mais qui ne sont jamais reconnus à cause de leur nature. Souvent, les femmes sont préoccupées par les services sociaux qui comprennent l’accès à l’eau, l’assainissement, la nutrition et la santé.
“On a attribué aux femmes leaders l’inclusion de la clause sur la santé de la reproduction dans la constitution. C’est parce qu’elles comprennent la nécessité de l’accès à la santé de reproduction par rapport au développement”, ajoute Alice Karanja.
Au Kenya, il existe un système dans lequel les fonds sont transmis aux circonscriptions électorales à travers la 'Constituency Development Fund Kitty' (fonds pour le développement des circonscriptions électorales). Ce fonds est sous le contrôle des députés respectifs de chaque circonscription électorale, avec 16 femmes élues seulement en charge des diverses circonscriptions électorales. Cela signifie qu’il y a un nombre limité de femmes leaders capables d’investir ces fonds dans des besoins au centre des intérêts des femmes.
Malgré les défis auxquels font face les femmes leaders au niveau national, elles continuent de persévérer et elles ont formé une association dénommée 'Kenya Women Parliamentary Association' (KEWOPA – Association des femmes parlementaires du Kenya) composée de toutes les femmes députés du parlement.
La vision de l’association est de bâtir une nation dans laquelle les femmes et les hommes sont équitablement représentés au parlement alors que la mission est de contribuer efficacement à la formulation et à la promulgation des politiques et de la réceptivité aux questions du genre.

