SENEGAL: Il est encore difficile d’éradiquer la rougeole

DAKAR, 29 nov (IPS) – “Je ne suis pas au courant de cette campagne de vaccination, je n’en ai pas du tout entendu parler”, a déclaré à IPS, Dibor Gning, 37 ans, mère d’un enfant, rencontrée aux Parcelles Assainies, une banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise.

Gning n’avait pas encore fait vacciner l’enfant âgé d’un peu moins de trois ans qu’elle portait sur son dos, le 28 novembre au matin, dernière journée d’une campagne nationale de vaccination contre la rougeole qui a débuté le 23 novembre. Cette campagne de six jours est menée sur toute l’étendue du pays, notamment par le ministère de la Santé et de la Prévention, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, la Coopération japonaise au Sénégal, la Croix-Rouge. Environ 1.956.000 enfants sont concernés, et des équipes de vaccination sillonnent les villages et quartiers du pays. De même, Fatoumata Diallo, une ressortissante guinéenne de 20 ans environ, n’avait pas encore fait vacciner son enfant faisant partie de la tranche d’âge ciblée – les enfants âgés de neuf mois à cinq ans. “Où puis-je aller pour le faire vacciner?”, demande-t-elle avec étonnement à IPS, alors que la campagne tirait vers la fin. Pourtant, dans plusieurs localités du pays, comme à Cambérène, son quartier à Dakar, on peut écouter les spots publicitaires destinés au public sur la campagne de vaccination contre la rougeole. Ils sont diffusés chaque jour par les stations de radio FM et les chaînes de télévision. A cela, s’ajoutent des affiches collées sur les murs de certaines maisons, écoles et centres de santé. Par exemple, à l’Unité 8, un quartier des Parcelles Assainies, des agents de la Croix-Rouge, guidés par le jeune Ousmane Sokhna, font le tour des maisons pour sensibiliser le voisinage sur l’opportunité de la vaccination contre la rougeole. Les “bajènu gox” – marraines de santé communautaire (en wolof) – et des chefs religieux sont impliqués dans la sensibilisation. A l’Unité 8, les agents d’une clinique privée assurent la vaccination. “Ici, nous sommes aidés par les chefs religieux et le chef du quartier. Ils mènent la sensibilisation”, confie Awa Ndiaye, la marraine du quartier. “Nous habitons le quartier et le connaissons dans ses coins et recoins. Nous faisons le «ratissage» : aller dénicher les enfants qui n’ont pas été conduits à la clinique par leurs parents”, a indiqué Sokhna à IPS. “Les enfants, qui devaient être vaccinés lors des dernières campagnes de 2003 et 2006, ne l’ont pas tous été. Certains enfants déjà vaccinés n’ont pas développé une réponse immunitaire assez suffisante pour affaiblir le microbe qui donne la rougeole”, a expliqué à IPS, Dr Bernabé Gning, adjoint au médecin-chef de la région médicale de Tambacounda, dans l’est du Sénégal. “A cause de ces deux manquements, le nombre d’enfants susceptibles d’être attaqués par la rougeole augmente d’année en année. C’est pourquoi nous menons cette année une campagne de vaccination”, ajoute Gning. “Par le passé, au Sénégal, cette maladie décimait les familles”, souligne Gning. Au Sénégal, la rougeole fait l’objet d’une surveillance épidémiologique assurée par plusieurs segments socioprofessionnels – enseignants, chefs religieux… – formés à la connaissance des signes de la maladie et invités à informer les structures de santé en cas d’observation de ces symptômes chez un enfant. “L’efficacité du vaccin est de 85 pour cent. Cela veut dire que si vous vaccinez 100 enfants, vous avez la chance d’immuniser environ 85 d’entre eux contre la maladie. La rougeole est difficile à éradiquer. On peut seulement…faire en sorte qu’elle ne soit plus un problème de santé publique”, a indiqué à IPS, Dr Mamadou Ndiaye, chef de la division immunisation au ministère de la Santé et de la Prévention. Le financement de cette campagne de vaccination s’élève à 990 millions de francs CFA (environ 1,98 million de dollars) débloqués par le gouvernement sénégalais et ses partenaires, selon Ndiaye. Dr Aliou Diallo, logisticien au ministère de la Santé et de la Prévention, a affirmé à IPS qu’aucun cas de décès lié à la rougeole n’a été enregistré dans le pays depuis 2004. Cette année-là, la maladie avait fait deux morts sur 31 cas enregistrés. Selon Diallo, en 2001, le ministère de la Santé et de la Prévention avait recensé 24.000 enfants atteints de rougeole, dont 992 décès liés à la maladie, puis 18.184 cas dont 647 décès en 2002, et 1.519 cas dont sept décès en 2003. “Après une réduction drastique marquée par le recensement de zéro cas de rougeole en 2005, six en 2008, 11 en 2007 et trois en 2006, la maladie a connu une reprise épidémiologique en 2009, avec 999 cas”, souligne Diallo. “Nous allons surveiller l’efficacité de cette campagne, analyser ses résultats pour mener à bien la surveillance épidémiologique de la rougeole”, assure Gning, qui a relevé “la faiblesse des performances enregistrées lors des campagnes de vaccination de 2003 et 2006”. Le gouvernement sénégalais et ses partenaires veulent, à l’issue de cette campagne, réduire de 90 pour cent la morbidité et de 95 pour cent la mortalité liées à la rougeole, ajoute-t-il.