AFRIQUE: A la recherche de solutions agricoles durables au changement climatique

NAIROBI, 28 nov (IPS) – Dans le district semi-aride de Laikipia dans la province du Rift Valley au Kenya, une chercheuse scientifique se déplace d’un village à l’autre, en documentant les méthodes utilisées par les paysans au moment où ils essaient de s’adapter aux conditions du changement climatique.

Le district de Laikipia, situé sur un haut plateau au nord-ouest du mont Kenya, est divisé en deux régions écologiques. Le côté le plus proche du mont Kenya reçoit des pluies saisonnières alors que la partie nord du plateau est aride.

“Les agriculteurs de cette région peuvent à peine cultiver des produits agricoles à cause de la sécheresse dominante. Ils gardent plutôt le bétail qui est composé des races locales de bovins, de chameaux, de chèvres et de moutons”, a déclaré Celestino Achole Shikuku, un agriculteur originaire du village de Piventi à Rumuruti dans le district de Laikipia.

“Les habitants de ce village ont dû emmener leur bétail à des kilomètres, à la recherche de l’eau; il y a cinq ans que cela a pris fin. Ensuite un agriculteur britannique les a mobilisés pour la construction d’un énorme barrage hydraulique où tous nos animaux s’abreuvent”, a déclaré Shikuku.

Le barrage a été construit par une source saisonnière. Cependant, l’eau de la source doit être complétée par la pluie qui est irrégulière.

“Telles sont les mesures d’adaptation locale que je suis décidée à documenter. Elles peuvent être celles venant des autochtones ou celles apprises d’autres régions. Mes recommandations porteront ensuite sur la manière dont elles peuvent être améliorées afin qu’elles soient utiles de la meilleure façon possible à la communauté locale”, a déclaré Ayeri.

Elle est une chercheuse scientifique au 'Centre for Training and Integrated Research for Arid and Semi-Arid Lands Development' (Centre pour le développement de la formation et de la recherche intégrée pour les zones arides et semi-arides) et son étude a pour titre: “Lessons from Farmers: localised adaptations in agriculture as building blocks to climate change adaptation in Laikipia district.”(Leçons reçues des agriculteurs: adaptations localisées en agriculture comme éléments de base pour l’adaptation au changement climatique dans le district de Laikipia).

Elle a déclaré qu’il était important que les nouvelles méthodes d’adaptation soient localisées, ensuite évaluées et testées avant leur lancement pour être utilisées par les agriculteurs locaux. Dans la plupart des cas, on a fait connaître aux agriculteurs les nouvelles technologies qu’ils n’ont pas longtemps supportées.

Mais dans une ferme à l’Est du Kenya, Judith Mwikali Musau est une agricultrice qui a réussi à introduire l’utilisation de plantes greffées pour la récolte des produits agricoles et des fruits.

“Depuis mon enfance, j’ai vu mes parents cultiver des types particuliers de fruits, de graines et de légumes… Pour améliorer les rendements sur ma ferme, j’ai intégré la connaissance locale aux technologies appropriées telles que le greffage et la permaculture”, a-t-elle déclaré.

Masau cultive sur son terrain de trois hectares, situé dans le district semi-aride de Mwala, 500 manguiers greffés, 800 orangers greffés, 150 mandariniers et quelques papayers. Tous ces arbres sont associés à des légumes tels que le pois d’Angole et le niébé.

Mais tous les agriculteurs n’ont pas réussi comme Masau. “Il devient très difficile pour les agriculteurs de s’adapter aux technologies d’adaptation totalement nouvelles. Ces dernières peuvent paraître lucratives au moment de l’introduction, mais il a été démontré que la plupart d’elles ne peuvent pas être localement soutenues”, a déclaré Ayeri.

Elle a déclaré qu’avant l’introduction de toute mesure d’adaptation au changement climatique, certaines questions essentielles doivent être considérées.

“Nous devons d’abord comprendre les stratégies d’adaptation locales préférées. Mais nous devons surtout connaître la manière dont les agriculteurs perçoivent le changement climatique, la manière dont ils rapportent leurs adaptations actuelles au phénomène et la manière dont ces adaptations actuelles peuvent être améliorées pour être efficaces, efficientes et durables”, a expliqué Ayeri.

Des exemples de pareilles méthodes comprennent l’introduction des variétés de maïs hybride à fort rendement qui n’ont pas survécu sans intrants agricoles appropriés comme les engrais, et des bovins laitiers améliorés qui se sont révélés très sensibles aux conditions climatiques difficiles et aux maladies.

Ayeri a déclaré qu’il est important que les agriculteurs comprennent ce qui amène les producteurs à choisir des mesures particulières d’adaptation et qu’ils reconnaissent celles qui peuvent marcher ou non pour eux.

La conférence des Nations Unies tenue à Nairobi en mai 2010, visant à fournir des conseils par rapport à l’application de la convention sur la diversité biologique, a reconnu l’importance du retour aux connaissances endogènes dans l’agriculture africaine comme une mesure appropriée d’adaptation.

“Actuellement, le changement climatique est le phénomène le plus important à surveiller parce que les études ont montré qu’il perpétue presque tous les autres défis”, a-t-elle déclaré.

Le changement climatique affecterait beaucoup l’Afrique et les scientifiques déclarent que l’agriculture sera la plus touchée – avec des impacts sur des millions de familles qui en dépendent pour leurs moyens d’existence.

Mais Ayeri espère que les conclusions de sa recherche feront la différence. Les conclusions seront utilisées pour façonner la politique sur le changement climatique et la prise de décision dans l’agriculture au Kenya et au-delà. “Ceci augmentera en fin de compte la production agricole des agriculteurs et contribuera positivement au développement durable”, a-t-elle déclaré.

La recherche de Ayeri fait partie d’un programme de bourse parrainé par le Programme pour les femmes africaines dans la recherche agricole et le développement organisé par le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale.