NIGER: Créer des bandes pare-feu pour mieux sécuriser le cheptel

EKRAFANE, Niger, 29 nov (IPS) – Sur les 302 bœufs qu’il possédait avant la grave crise alimentaire et fourragère consécutive à la mauvaise campagne agricole enregistrée en 2009 au Niger, Bacharou Gorel n’en compte plus aujourd’hui que 53 têtes.

“J’ai perdu 249 bœufs, tous morts de faim et de soif, par manque d’assistance à temps”, confie à IPS, Gorel, un gros éleveur d’Ekrafane, dans le nord-ouest du Niger, qui a du mal encore à se remettre des pertes subies pendant cette catastrophe.

Dans la même localité, Hamado Sambo a perdu 41 sur les 50 bovins qui faisaient sa fierté. “Il ne m’en reste plus que neuf actuellement. La reconstitution de mon troupeau est difficile, il faudrait au minimum une décennie voire deux, s’il n’y a pas encore une autre crise”, déclare Sambo à IPS.

De Tillabéri (ouest du pays) à Diffa (extrême-est) en passant par Maradi (centre), aucune région du pays n’a été épargnée par cette perte massive du bétail, selon Harouna Abarchi, de l’Association pour la redynamisation de l’élevage au Niger (AREN), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Niamey, la capitale nigérienne. En attendant l’évaluation précise, en cours d’exécution par des techniciens du ministère de l’Elevage à Niamey, en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Abarchi chiffre les pertes entre 60 et 70 pour cent au niveau des bovins, sur la base d’une évaluation sommaire effectuée par l’AREN.

D’après les résultats du recensement général du cheptel de 2007, le Niger comptait quelque 34 millions de têtes d’animaux, toutes espèces confondues, dont environ 10 millions de bovins. Pour sa part, Dr Sahabi Barthé, un responsable du ministère de l’Elevage, porte la barre des pertes à au moins 80 pour cent. Il explique à IPS : “Cette hécatombe est due à une non-assistance aux éleveurs au moment opportun. C’est quand les animaux sont totalement épuisés que les premières interventions ont débuté en juillet 2010 seulement”.

Cette catastrophe a aggravé l’état de pauvreté des femmes nomades qui tirent leurs revenus de la vente du lait et ses dérivés. “Nous ne trouvons plus de lait à vendre pour nous procurer de l’argent”, se plaint Maïmouna Ag Zeïdi, une habitante d’Abala, dans l’ouest du pays. “Les interventions devaient commencer dès la pré-alerte en janvier, et se traduire par le positionnement des aliments de bétail dans les zones pastorales; cela n’a pas été fait”, déplore à IPS, Ibrahim Yahaya Touraoua, agro-pastoraliste, consultant de l’ONG internationale 'Oxfam Novib' basée à Niamey. Pour prévenir ce genre de catastrophe, les éleveurs comme les techniciens préconisent, entre autres stratégies, la multiplication des dépôts de vente d’aliments de bétail et leur ravitaillement dès l’évaluation de la campagne. “Le manque d’aliments de bétail en quantité suffisante a beaucoup contribué aux pertes que nous avions enregistrées. Il faut que les autorités et les partenaires créent des dépôts de vente partout où c’est nécessaire”, déclare à IPS, Bilal Adamou, un éleveur d’Abala. “Même quand vous déstockez à temps, s’il n’y a pas de disponibilité alimentaire à des prix abordables, vous n’êtes pas à l’abri”.

Selon Abarchi, l’évaluation de la campagne 2009 a chiffré les besoins en aliments de bétail à 16.000 tonnes; malheureusement, l’Etat a introduit une requête de 10.000 tonnes seulement auprès de ses partenaires. Pour Touraoua, le deuxième axe d’intervention, c’est la gestion parcimonieuse du fourrage, qui est exposé chaque fois à des feux de brousse dévastateurs.

“De la fin de l’hivernage à ce mois de novembre, environ 300.000 hectares de fourrage ont été déjà consumés par des incendies sur l’ensemble du territoire”, souligne Abarchi, citant des statistiques officielles.

Pour y faire face, l’Etat et certains partenaires initient “des opérations de construction de bandes pare-feu dans les zones pastorales en impliquant les éleveurs qui sont sensibilisés sur la nécessité de protéger le fourrage”, explique Dr Barthé. “Nous sommes associés en tant que main-d’œuvre dans le creusage des tranchées qui empêchent le feu de se propager et d’anéantir tout le fourrage quand il se déclare dans la zone”, admet Adamou.

Selon Touraoua, il faut déployer des tracteurs dans toutes les communes rurales du pays pour la réalisation des pare-feux, afin de mieux sécuriser le fourrage, et renforcer aussi les efforts de scolarisation des enfants nomades et d’alphabétisation des femmes.

“Les actions de scolarisation des enfants et d’alphabétisation des femmes en zone nomade n’arrivent pas à toucher tout le monde à cause de notre grande mobilité”, estime Hadjo Adaye, une habitante d’Ekrafane. Une autre stratégie, selon Abarchi, “c’est le renforcement de la capacité de mobilité des éleveurs pour leur permettre d’aller chercher le pâturage partout où il se trouve sur le territoire, et même dans certains pays voisins”. “Mais il y a actuellement beaucoup de problèmes à ce niveau, c’est pourquoi nous menons un travail de plaidoyer pour l’application effective des textes de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) sur la libre circulation des biens et personnes”, ajoute-t-il.