BRAZZAVILLE, 27 nov (IPS) – “Les gens sont très enthousiasmés à recevoir le vaccin contre la polio”, déclare à IPS, Octavin Ondion, vaccinateur dans le quartier Diata de Brazzaville, la capitale congolaise.
“Jamais je n'ai vu des gens courir après les vaccinateurs. Souvent, on les dorlote”, témoigne, Crépin Ibouanga, un autre vaccinateur du quartier Movis à Pointe-Noire, la capitale économique. “Il y a eu de l'effervescence au quartier 15 à Bétou (nord du Congo), peuplé essentiellement des réfugiés de la RDC (République démocratique du Congo), au passage des vaccinateurs. Tout le monde voulait être le premier”, rapporte à IPS, Jean Marie Samuel Ouenabio, du bureau du Fonds des Nations Unies pour l'enfance.
Les experts et les autorités sanitaires constatent une légère amélioration, un mois après le déclenchement de poliomyélite qui a tué, à la date du 26 novembre, 186 personnes au Congo, selon le bulletin du ministère de la Santé. A comparer à début novembre où, par exemple, un à deux décès étaient enregistrés par jour pour dix nouveaux cas, il y a un changement maintenant. A Brazzaville par exemple, où cinq cas de décès ont été enregistrés, aucun autre nouveau cas n'a été signalé. A l'hôpital de base de Tiétié et celui des Armées à Pointe-Noire, dans le sud, l'épicentre de l'épidémie, il n’y a plus de nouveaux cas, plus de décès, a constaté le gouvernement le 24 novembre.
L’activation du plan de riposte contre la polio, en vigueur depuis 2007, a permis de déployer certaines actions, notamment la vaccination et une campagne d'hygiène. “Le vaccin agit immédiatement après l’administration. Il y a un effet dans la réduction des décès dus à la polio”, affirme à IPS, Dr Jean Mermoz Yindouka, de Médecins d'Afrique, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Brazzaville.
“C'est déjà trop hâtif de tirer les conclusions. On ne sait pas ce que cela nous réserve. Attendons de voir”, conseille Dr Jean de Dieu Balende, directeur départemental de la santé à Pointe-Noire. “Ce qui sûr, c'est que les populations ont massivement adhéré à la vaccination”.
Dans la Likouala, un département enclavé au nord et où la couverture vaccinale est souvent très faible, les 831 vaccinateurs et mobilisateurs, ont pu atteindre 89 pour cent de la population cible dans la ville d'Impfondo, et 95 pour cent à Bétou. “Dès que nous avons été informés de l'épidémie, nous avons entretenu les chefs des quartiers et les chefs religieux, pour de bonnes pratiques d’hygiène”, révèle à IPS, Dr Jean Martin Mabiala, directeur départemental de la Santé de la Likouala. Cette région n’est pas encore touchée par l’épidémie.
“Nous avons réalisé de bons résultats à Pointe-Noire avec 101,5 pour cent. Les populations doivent se mobiliser pour les deux autres passages (pour la vaccination) qui restent”, lance Florent Tsiba, ministre d'Etat, coordonnateur du comité de crise de cette épidémie.
“Le gouvernement a eu une bonne réaction pour Brazzaville où les cas de contamination et de décès n'ont pas été importants comme à Pointe-Noire”, souligne Kevin Mviri, de l'Association pour les droits de l'Homme et l'univers carcéral, une ONG basée à Brazzaville.
Mais, ce succès de la vaccination dans les grandes agglomérations cache de profondes disparités dans les régions. “A cause d'une très faible campagne de communication et de mobilisation, on serait autour de 66 pour cent de couverture dans les petites localités”, avoue à IPS, Moyen Da Okaya, attaché de presse au ministère de la Santé.
“Nous avons traversé une période d'incertitude qui a été trop longue. Et cet attentisme du gouvernement a coûté la vie à plusieurs personnes. Il n’y a pas la transparence dans la gestion de cette épidémie”, déplore Christian Mounzéo, président de la Rencontre pour la paix et les droits de l'Homme, une ONG basée à Pointe-Noire.
Dans les médias d'Etat, le gouvernement appelle la population à détruire les ordures ménagères, à boire de l’eau potable et à ne pas déféquer dans la nature. “Nous poursuivons les discussions avec les chefs de famille dans les quartiers et les leaders d'opinion pour que tout le monde soit sensibilisé”, souligne Martine Diafouka, responsable du plan de communication contre la polio.
Mais, d'après la Banque africaine de développement (BAD), à peine 10 pour cent des Congolais ont des latrines modernes. Selon le gouvernement, 47 pour cent des Congolais ont accès à l’eau potable, tandis que 10 pour cent de personnes ont accès à l'assainissement en ville, contre 0,4 pour cent en zone rurale.
La production en eau potable à Brazzaville est estimée à 5.490 mètres cubes par heure, mais les besoins réels s'élèvent à 9.000 mètres cubes. Depuis 2009, le gouvernement construit une usine d'eau à Djiri, dans la périphérie nord de la capitale, qui pourra produire 80 pour cent des besoins, selon les autorités.
En outre, avec un financement de 100 millions de dollars de la Banque mondiale en 2010, le gouvernement réhabilite le réseau, assez vétuste, de distribution d'eau à Brazzaville et à Pointe-Noire, les deux principales villes du pays.
Le gouvernement a également obtenu, en 2010, 21 millions de dollars de la BAD pour construire 6.450 latrines dans ces deux villes, dont 300 dans des écoles. Pour le ramassage des ordures ménagères, nombre de foyers payent les services des pousse-pousseurs à six dollars le mois. Les plus démunis – 57,01 pour cent – creusent des trous dans leurs parcelles pour enterrer ces ordures. Une société créée en 2008 pour collecter ces ordures, est tombée en faillite depuis. “N'oublions pas que le choléra n'est pas loin et n’a pas été totalement éradiqué, et avec le retour des pluies, nous craignons de connaître pire”, prévient Mounzéo.

