ECONOMIE-ZIMBABWE: Les consommateurs sont peut-être heureux, mais pas les travailleurs

BULAWAYO, Zimbabwe, 26 nov (IPS) – Le géant supermarché sud-africain de vente en détail, Pick-'n-Pay, a, en octobre, augmenté de 25 à 49 pour cent sa mise dans 'TM Supermarkets' – la plus grande épicerie du Zimbabwe – dans une transaction évaluée à environ 13 millions de dollars.

Mais bien que les bouchons de champagne sautent dans la salle de réunion, les employés ne sont pas optimistes.

Les sociétés qui investissent au Zimbabwe ont été attaquées de front par des revendications salariales qui sont au-dessus du seuil de la pauvreté qui est de 462 dollars par mois pour une famille de cinq enfants au Zimbabwe, tel que calculé par l’Agence nationale des statistiques du Zimbabwe.

Pendant que le gouvernement zimbabwéen salue les investissements du géant sud-africain de vente en détail comme “véhicules de création d’emplois”, les employés de magasin et les chefs de rayons qui travaillent pour ces sociétés déclarent que ces investissements sont entachés de conditions d’emploi et de pratiques de travail déloyales.

En 2009, les employés de Shoprite à Bulawayo – la deuxième plus grande ville du Zimbabwe qui abrite le seul point de vente de Shoprite dans le pays – sont allés en grève, réclamant des augmentations de salaire.

Début novembre, un ancien gérant des détaillants de Makro a gagné un procès contre son ancien employeur pour licenciement abusif remontant à 2005.

Un détaillant tel que Shoprite, avec des magasins dans 15 pays africains en dehors de l’Afrique du Sud, a approvisionné les consommateurs zimbabwéens en rayons entièrement garnis avec des allées extrêmement propres, pendant la lente récupération économique du pays.

Cependant, il embauche des travailleurs zimbabwéens sans salaires compétitifs, déclarent les travailleurs qui ont parlé à IPS.

“La plupart d’entre nous ont imaginé que travailler pour une société sud-africaine entraînerait de meilleurs salaires que ceux des travailleurs des autres supermarchés, mais nous avons dû faire face à la réalité”, s’exclame Duduzile Moyo*, un employé de Shoprite.

“Il est difficile de vivre de ce salaire, surtout quand vous savez qu’une personne faisant le même travail en Afrique du Sud peut survivre avec son salaire”, déclare Moyo, exprimant un sentiment commun ici au sein des employés travaillant pour les sociétés sud-africaines basées au Zimbabwe.

Le salaire moyen pour un employé de magasin au Zimbabwe est de 150 dollars mais la rémunération pour le même travail serait environ 500 dollars en Afrique du Sud.

Cet écart a amené les employés d’ici à exiger des salaires qui respectent les normes régionales ou au moins celles des pays d’origine de ces détaillants de produits d’alimentation.

Un employé de magasin à Bulawayo a besoin d’environ 100 dollars pour couvrir les frais de transport et de logement par mois, comparés aux 150 dollars qu’il gagne.

“Il n’y a aucune [observation] de meilleure pratique ici. Nous sommes heureux d’avoir des emplois à cause de ces Sud-africains, mais c’est là que ça se termine pour moi parce que je travaille encore pendant de longues heures pour des salaires bas”, souligne Gill Dube*, un employé de magasin à TM.

Avec l’investissement récent de Pick-'n-Pay, la société a promis d’injecter un nouveau capital dans 'TM supermarkets' et de faire la rénovation nécessaire, y compris de nouvelles installations, des groupes électrogènes et des équipements pour les points de vente.

Les employés occasionnels et permanents qui ont parlé à IPS ont noté cependant qu’on a rien mentionné pour améliorer leurs conditions de travail, pour assurer des pratiques équitables en matière de travail et pour leur payer un salaire décent.

Cela a été particulièrement difficile pour les travailleurs occasionnels qui se plaignent de jouir d’une protection insuffisante ou inexistante face au licenciement. Leurs contrats peuvent être résiliés sans préavis et ils ne jouissent pas également des avantages tels que l’assistance médicale.

“Il n’y a ainsi aucune pension pour les travailleurs occasionnels, si votre contrat est résilié, c’est qu’il est résilié. Vous êtes simplement comme quelqu’un qui n’a jamais travaillé”, se lamente Dube.

L’économiste Bernard Guruve déclare: “c’est une voie difficile sur laquelle ces investisseurs sud-africains doivent marcher puisque leurs employés espèrent qu’on leur paye l’équivalent de ce que leurs collègues reçoivent en Afrique du Sud, mais le Zimbabwe donne une interprétation macro-économique difficile mais aussi différente”.

“Pendant que l’économie elle-même est en train de se stabiliser, les sociétés trouvent qu’elles ne peuvent pas être à la hauteur des revendications salariales qui répondent au seuil de la pauvreté – bien qu’elles réussissent relativement à la fois ici et dans les pays où ils ont leur siège social”, ajoute Guruve.

La plupart des consommateurs zimbabwéens soutiennent que la présence de magasins sud-africains de vente en détail de produits alimentaires leur a offert non seulement l’occasion de déguster les produits sud-africains qui sont moins chers, mais aussi les choix que ces derniers offrent aux clients et qui avaient disparu au cours de l’histoire récente du pays sur les contrôles des prix.

“Nous sommes heureux que ces Sud-africains aient été autorisés à venir puisque des choses, comme les poulets provenant de l’Afrique du Sud, sont moins chères”, insiste Duke Banda, un enseignant du secondaire.

“Nous obtenons maintenant dans des magasins comme Shoprite tout ce que nous ne pouvons pas obtenir dans les autres supermarchés, ce qui est, selon moi, une chose positive – pour les consommateurs qui ont l’argent nécessaire”, ajoute Banda avec une certaine circonspection.

Cependant, les producteurs locaux de volaille se sont plaints, disant qu’ils sont en train d’être écartés des affaires à cause des produits d’importation moins chers. Ils continuent de faire pression sur le gouvernement pour qu’il interdise l’importation de certaines marchandises, y compris les produits génétiquement modifiés.

*Les noms ont été retenus par crainte de représailles.