BOTSWANA: Certaines femmes au gouvernement local ne changent rien

GABORONE, 22 oct (IPS) – Florence Shagwa, conseillère au sein du Conseil municipal de Gaborone, considère son diplôme en commerce obtenu à la fin de trois années de formation comme étant sans valeur.

Shagwa, qui détient un Certificat en commerce et en comptabilité qu'elle a obtenu à l'Université du Botswana à temps partiel pendant trois ans, a été employée par les banques comme chargée de formation avant d'occuper son poste actuel.

Mais en regardant les autres femmes conseillères avec lesquelles elle travaille, Shagwa sait qu'elle est plus instruite que la plupart. “Pour celles qui pourraient prétendre être un peu instruites, elles n’avaient que le niveau secondaire, alors que pour certaines, écrire est un gros problème”, a déclaré Shagwa, parlant de ses collègues conseillères.

Et bien qu’elle ne pense pas nécessairement qu'il s'agit d'un bout de papier dont les femmes conseillères ont besoin pour avoir un impact, elle a dit que leurs propres niveaux d'instruction constituent l'un des facteurs bloquants auxquels les femmes sont confrontées dans les gouvernements locaux.

“Pour ces femmes, même [travailler] dans un environnement formel et rencontrer ou côtoyer les grandes personnes est un problème. Elles ont toujours honte quand elles rencontrent ces personnes”, a-t-elle indiqué.

Selon la Commission électorale indépendante du pays, aucune qualification n'est exigée avant que l’on ne postule pour un poste dans le gouvernement local, sauf pour faire campagne pour obtenir des voix. Toutefois, les casiers judiciaires des participants sont examinés.

“Je n'ai pas de problème avec les autres femmes, sauf avec leurs attitudes. En tant qu'individu, je fais un effort pour être bien informée. Mais je ne peux pas dire la même chose sur la plupart des femmes dans le conseil”, a-t-elle affirmé.

Shagwa a indiqué que la plupart des femmes conseillères pensent à tort qu'on ne devrait pas les voir prendre la tête. “En tant que femmes, nous ne croyons pas en nous-mêmes à cause de la culture avec laquelle nous avons grandi. Nous croyons que nous ne sommes pas censées prendre d'initiative et laissons cela à nos homologues masculins”, a-t-elle déclaré, ajoutant que les rôles dans le gouvernement local ne sont pas définis pour attirer les personnes instruites.

Shagwa, qui siège également au sein de plusieurs commissions dans le conseil, y compris la commission des finances, où les projets et les budgets sont approuvés, a affirmé que beaucoup de gens ne savent pas que devenir un conseiller local vaut la peine.

“Des gens bien instruits pensent que faire campagne pour adhérer au gouvernement local serait comme s’ils perdaient leur temps. Mais il s’agit seulement de servir le peuple”, a-t-elle dit, expliquant qu'elle a été efficace en représentant et en servant les gens de sa communauté au niveau du conseil et en plaidant pour leurs besoins fondamentaux.

Bien que l'on puisse penser que les femmes conseillères seraient mieux placées pour autonomiser d’autres femmes dans leurs communautés, Shagwa a affirmé que ce n'est pas le cas.

“A Gaborone, je n'ai pas vu de femmes conseillères travailler pour l'autonomisation d’autres femmes, sauf pour prouver qu'elles sont meilleures que ces femmes dans leurs sociétés”, a-t-elle dit. Elle pense fermement que, généralement, les femmes au sein du gouvernement local ne sont pas en train de servir leur peuple mais leurs propres intérêts.

Mais pour le maire Caroline Lesang, les choses se passent un peu différemment dans sa région. Ce maire du Conseil municipal de Lobatse, situé à seulement 80 kilomètres au sud de Gaborone, croit qu’avec six femmes sur un total de 13 conseillers dans son gouvernement local, la sensibilité au genre dans leurs débats est de mise.

Lesang, qui est également la vice-présidente nationale de l'Association des autorités locales du Botswana, qui œuvre pour la promotion de la gouvernance locale, a déclaré que tous les programmes dans leurs débats au niveau du conseil doivent inclure les femmes.

Mais elle a ajouté que le système actuel fait qu’il est difficile pour les femmes d'avoir un impact sur les initiatives de la législation locale et sur le budget. “Nous pouvons élaborer le budget, mais lorsqu’il arrive au niveau du gouvernement central pour approbation, il serait réduit de telle manière que l'on ne pourrait jamais réaliser toutes les choses prévues dans le budget”, a-t-elle confié.

Lesang a expliqué que le système actuel n'autonomise pas les femmes. Selon elle, les femmes manquent de ressources pour faire campagne pendant les élections. Elle a affirmé que généralement les femmes ne votent pas pour d’autres femmes, même si elles constituent la majorité des électeurs et celles qui sont au premier plan des campagnes.

“C'est la raison pour laquelle beaucoup de femmes n’arrivent pas à entrer dans le conseil. Si elles le font, cela doit être le double du travail fait par un homme qui fait campagne pour occuper le siège”, a-t-elle dit.

Et Ephraim Mabengano, un conseiller, est d'accord. Il a indiqué qu'il n'y a pas de structures ou commissions qui autonomisent les femmes conseillères pour qu’elles aient un impact dans le fonctionnement du gouvernement local. Selon lui, il revient aux femmes qui y sont déjà de proposer que ces commissions soient formées pour s’autonomiser.

“Vous verrez qu'elles ne sont pas bien informées, qu’elles ne contribuent pas beaucoup aux débats au niveau du conseil, puisqu’elles n'ont pas beaucoup de temps pour lire afin de s'informer après le travail”, a déclaré Mabengano.

Bien que certaines personnes ne soient pas d’accord, l’analyste politique à l'Université du Botswana, Zibani Maundeni, a estimé que la participation des femmes en politique au niveau local est certainement un facteur clé pour l'autonomisation des femmes.

Maundeni pense qu'il n'y a pas de discrimination puisque les femmes sont traitées comme leurs homologues masculins.

“D’après mon expérience [acquise] après avoir visité différents conseils à travers le pays, je n'ai pas entendu une femme maire ou des femmes à des postes importants dans différentes commissions se plaindre du fait qu'elles ne reçoivent pas de soutien par rapport au moment où le poste était gardé par un homme candidat – que ce soit dans les prises de décisions sur les projets ou le budget”, a indiqué Maundeni.