BUJUMBURA, 21 oct (IPS) – Des paysans soutenus, par la société civile, réclament une augmentation du budget alloué à l'agriculture au Burundi. C'est une urgence vitale pour l'ensemble du pays où 70 pour cent des habitants sont mal nourris et où le déficit alimentaire se creuse un peu plus chaque année, affirment-ils.
Du 18 au 22 octobre, des organisations de la société civile burundaise organisent une vaste campagne pour l'agriculture. Les représentants des associations de producteurs agricoles comptent ainsi manifester devant l'Assemblée nationale pour réclamer l’augmentation du budget alloué à ce secteur. “C’est une première au Burundi et nous l’avons décidé pour interpeller les nouvelles institutions. Maintenant que la paix sociale est retrouvée, la priorité du gouvernement doit être l'agriculture”, déclare Aimable Nduwayo, un producteur du sud du Burundi. “Nous allons tout faire pour redynamiser le secteur agricole”, avait promis, en septembre, le chef de l’Etat burundais, Pierre Nkurunziza en démarrant son second mandat. Le secteur agricole, névralgique pour le pays, mérite de fait une attention particulière. Démographie galopante, afflux massif des rapatriés (près d'un million depuis 2003), sécheresse récurrente, exiguïté des terres cultivables… Autant de facteurs inquiétants qui expliquent le déficit alimentaire devenu structurel du pays. Entre 1993 et 2007, la population a augmenté de 34 pour cent, la production agricole de deux pour cent globalement, mais celle des légumineuses (haricots, petits pois…) a diminué de 35 pour cent, selon la FAO.
“Le prochain front sera agricole” Aujourd'hui, plus de 70 pour cent de la population souffrent de malnutrition et ne mangent qu'une fois par jour. Les prix des aliments ne cessent de grimper. “Prenons l’exemple du haricot, aliment de base pour la majorité de la population, dont le prix au kilo oscille autour de 1.000 francs burundais (FBU, environ un dollar) alors qu’il coûtait 300 FBU il y a deux ans. La flambée est nette et elle est consécutive à la pénurie des produits vivriers”, constate Anaclet Niyongere, un commerçant d’aliments au marché central de Bujumbura, la capitale burundaise. Les paysans ont bien du mal à survivre sur leurs parcelles, en moyenne cinq ares par ménage, selon les données de la Commission nationale des terres et autres biens. Et pourtant, 90 pour cent des huit millions de Burundais vivent de l'agriculture. “Il n’y a pas plusieurs solutions pour juguler le péril de la famine : le gouvernement devra mettre le paquet en encadrant les producteurs et en mettant à leur disposition les engrais à peu de frais”, explique Jean Ndimubandi, un ingénieur agronome. C'est pour mettre l’Etat devant ses engagements et ses responsabilités que les associations ont décidé de faire campagne. “Nous voulons, en particulier, sensibiliser les nouveaux députés afin qu’ils accordent au moins 10 pour cent du budget à l’agriculture”, affirme Thierry Nininahazwe, de la Confédération des associations des producteurs agricoles pour le développement. En juin 2004, les Etats membres de l’Union africaine se sont engagés, dans la Déclaration de Maputo, au Mozambique, à porter à 10 pour cent du budget national la part allouée à l’agriculture. Au Burundi, elle tourne jusqu'à présent autour de trois pour cent, alors que le volet défense et sécurité accapare près de 20 pour cent du budget. “Après la guerre, le prochain front sera agricole”, souligne Raphaël Niyongabo, un économiste.
Des encadreurs et des engrais Mal encadrés, sans accès aux intrants jugés chers et considérablement à l’étroit en raison de l’exiguïté des terres arables, les producteurs agricoles n’arrivent jamais à satisfaire la demande en vivres. Ils joignent leurs voix à celle de la société civile pour exhorter le gouvernement à y investir davantage. “Le gouvernement a cru redynamiser le secteur agricole en engageant un moniteur agricole sur chaque colline du pays, mais nous nous rendons compte qu’ils ne sont d’aucune utilité puisqu’ils n’encadrent pas la population et ne sont même pas des modèles de producteurs dans leurs coins”, déplore Pasteur Macumi, un producteur à Makamba, dans le sud du Burundi. “Il faudrait nous trouver de vrais encadreurs pour mieux produire sur nos lopins de terre”. D’autres se plaignent de la cherté des engrais. “C’est aussi l’Etat qui devrait exonérer les engrais de taxes comme cela se fait en Ouganda ou en Tanzanie; le prix au kilo y est quatre fois plus bas qu’ici”, témoigne Serge Niyondiko, un agriculteur connu à Nyanza-lac (sud-ouest). A deux dollars le kilo, l’engrais est hors de portée de la plupart des agriculteurs. Le gouvernement promet de le ramener à 0,75 dollar. *(Silvère Hicuburundi est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).

