COMMERCE–AFRIQUE AUSTRALE: "Le chauvinisme" bloque les efforts d’intégration

HARARE, 23 oct (IPS) – La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) a fixé des objectifs ambitieux pour l'intégration régionale. Mais l’objectif visant à créer une union douanière d’ici à 2010 a été reporté et l'adoption d'une monnaie unique régionale d’ici à 2018 peut ne pas être effective à cause des préoccupations nationales.

A sa création en 1980, la SADC avait décidé d’établir une communauté régionale basée sur l'élimination progressive des obstacles à la libre circulation des capitaux, de la main-d’œuvre, des biens et des services. Les Etats de la SADC ont approuvé la formation d'une zone de libre-échange (FTA) de la SADC en 2008 au cours d'une réunion qui s'est tenue à Johannesburg, en Afrique du Sud. Cette FTA de la SADC créerait un marché régional d’une valeur de 360 milliards de dollars avec une population totale de 170 millions d’habitants. Cet accord comprenait l'établissement d'une union douanière d'ici à 2010, d’un marché commun d'ici à 2015, d’une union monétaire d'ici à 2016 et d’une banque centrale régionale ainsi que d'une monnaie unique d’ici à 2018. Les partisans de la monnaie unique croient que cette décision supprimera les contraintes régionales pour la promotion de la croissance économique, l'investissement et le développement infrastructurel. Showers Mawowa, un doctorant à l'Université du KwaZulu Natal à Durban, en Afrique du Sud, estime que l'intégration régionale et une monnaie unique permettront d’amener la stabilité financière et économique dans la région. “Cela amènera la prudence financière régionale, particulièrement dans des pays tels que le Zimbabwe”, a déclaré Mawowa à IPS. Pour parvenir à une monnaie unique et à une zone monétaire commune, il a été demandé aux pays de la SADC de réduire leurs déficits budgétaires à cinq pour cent du produit intérieur brut et de ramener l'inflation en dessous de 10 pour cent. Bon nombre sont sur la bonne voie. Mais l’augmentation des prix des denrées alimentaires et la crise financière mondiale ont poussé les objectifs fixés et les délais hors de portée pour la plupart des pays de la région. En outre, en août, seulement 11 des 15 Etats membres avaient adhéré au protocole portant création de la FTA. Une équipe d'experts de haut niveau doit faire un rapport d'ici à décembre 2011 sur les façons d'améliorer les progrès réalisés par rapport à l'union douanière. Une réunion des gouverneurs des banques centrales de la région, organisée à Harare, la capitale du Zimbabwe, au début du mois d'octobre, n'a pas révélé beaucoup de choses sur la façon dont les questions en suspens évoluent. Le gouverneur de la “Reserve Bank of Zimbabwe” (la Banque centrale du Zimbabwe), Gideon Gono, a réitéré que l'adoption d'une monnaie unique éliminerait les distorsions associées aux mouvements des taux de change et faciliterait le commerce intra-régional et l’investissement transfrontalier. Il a également confirmé que “l'adoption d'une monnaie unique d’ici à 2018 dépendra largement de la mise en place rapide d'une union douanière, qui est actuellement à la traîne” par rapport au calendrier. L’une des raisons de ces retards est la crainte que la monnaie unique fasse pencher la balance commerciale et des investissements en faveur des plus grandes économies régionales, telles que l'Afrique du Sud. Thomas Deve, un activiste des questions économiques et sociales, basé à Nairobi, au Kenya, est d'avis que l'adoption d'une monnaie unique d’ici à 2018 est encore possible, mais que “les gouvernements utilisent, dans un esprit chauvin, la souveraineté nationale comme une excuse pour leur lenteur”. “Tout ce qu'il faut, c'est que les personnes concernées trouvent des codes monétaires, harmonisent les fondamentaux macro-économiques et abandonnent les monnaies nationales au profit de celles qui sont régionales”, a poursuivi Deve. Il a donné l'exemple de l'utilisation d'une monnaie commune en Afrique de l'ouest qui facilite les transactions à travers la région. “Les gouverneurs des banques centrales devraient aider à fournir une assistance technique afin de rendre cela possible”, a ajouté Deve. Mawowa est d’avis différent par rapport à Deve, affirmant qu’il y a “la volonté politique, mais que la crainte est que l'intégration ne devrait pas être précipitée en raison de l'inégalité économique en Afrique australe”. L’intégration dans le contexte actuel profitera sans aucun doute à l'Afrique du Sud parce qu’elle réduira ses coûts de transaction et augmentera la balance commerciale en sa faveur. Il a dit que la région devrait tirer des leçons auprès de l'Union européenne et insister sur des normes financières particulières comme condition pour y adhérer. Le vice-Premier ministre du Zimbabwe, Arthur Mutambara, un ardent partisan de l'intégration régionale, a confirmé ce que Deve a dit. Il a déclaré à IPS qu'il y a un besoin de céder une partie de la souveraineté politique et économique pour que ce rêve devienne réalité. “Nous devons nous constituer en une région pour sauvegarder nos intérêts politiques et économiques. Nous ne voulons pas d'aide ou de dons, mais de collaborations régionales réalisables. Concentrons-nous sur ce qui nous unit plutôt que sur ce qui nous divise”, a confié Mutambara à IPS. Mais l'analyste économique du Zimbabwe, Alec Chiswa, qui travaille sur les questions d'intégration régionale, a exprimé son scepticisme: “Les pays de la SADC se développent à des vitesses différentes et chaque pays met ses propres intérêts devant les objectifs régionaux. Cela entraîne des retards sans fin”. “L'autre problème est celui de l'appartenance à de multiples blocs économiques régionaux. Les Etats membres doivent revoir certaines de leurs obligations vis-à-vis d'autres communautés économiques régionales avant de s'engager à cela”.