ECONOMIE: Electriser l’intérêt africain pour l’énergie renouvelable

LE CAP, 15 oct (IPS) – Divers pays d’Afrique orientale sont en train d’évoluer en passant du réseau électrique basé uniquement sur le carbone à un réseau plus propre.

“Nous n’en sommes pas encore là, mais les pays commencent à prendre le taureau par les cornes”, a déclaré Mark Hankins. Consultant en énergie renouvelable, il travaille dans le domaine de l’électrification rurale et de l’énergie renouvelable en Afrique orientale et australe depuis les deux dernières décennies.

Le principal moteur qui sous-tend le développement est la hausse des prix de l’électricité, a expliqué Hankins, basé à Nairobi. “En Afrique orientale, les prix de l’énergie sont deux à cinq fois plus élevés qu’en Afrique du Sud. Ceci est très défavorable à la fois pour l’industrie et pour les consommateurs”.

Hankins a été l’un des délégués ayant participé à l’édition 2010 de la semaine de l’énergie africaine, un évènement de quatre jours, organisé par les entreprises et les sociétés publiques, qui a eu lieu au Cap du 27 au 30 septembre.

Près de 150 experts internationaux en énergie, autorités gouvernementales, représentants des sociétés internationales de pétrole et de gaz et autres parties prenantes, y ont participé.

Une autre raison sous-tendant l’attention croissante de l’Afrique orientale sur l’énergie renouvelable est que la demande en électricité est en train de dépasser l’offre du réseau électrique, en partie à cause de la croissance économique rapide.

“Il y a des industries agricoles, pétrolières et de diamant – tous les secteurs en expansion et ayant besoin davantage d’énergie”, a expliqué Hankins.

“Divers gouvernements d’Afrique orientale réalisent que le réseau électrique actuel ne satisfait pas la demande croissante en énergie et ils sont donc en train de tenir lentement compte des énergies renouvelables comme l’énergie solaire, éolienne et hydraulique.

“Depuis mon arrivée au Kenya en 1993, je peux dire que je suis encouragé par ce que je vois en Afrique orientale quand il s’agit des progrès en énergie renouvelable”, a poursuivi Hankins, en décrivant comment six turbines éoliennes ont été érigées sur les collines de Ngong au sud du Kenya l’année dernière.

Situées près de la capitale kenyane de Nairobi, les turbines ajoutent 5,1 mégawatt (MW) au réseau d’énergie électrique national et font partie du premier parc éolien kenyan.

Un autre parc éolien kenyan avec une production de 310 MW, le plus grand en Afrique, est en route.

Le projet comprendra environ 300 turbines et coûtera 408 millions de dollars dont la Banque africaine de développement a financé 70 pour cent. Plusieurs investisseurs néerlandais et kenyans ont payé le reste.

Le Kenya n’est pas le seul pays d’Afrique orientale qui examine l’énergie renouvelable, a souligné Hankins. “L’Ouganda, le Rwanda et l’Ethiopie sont également en train d’envisager les énergies renouvelables, la Tanzanie aussi. Cette dernière a un parc éolien qui produit 50 MW et elle a en programme un autre projet de 50 MW”.

Indiquant l’abondance générale en matière de soleil, d’eau et de vent en Afrique, Christopher Clarke, directeur de 'Inspired Evolution Investment Management' (Gestion d’investissement inspirée par l’évolution), a soutenu que “de toutes les régions du monde, l’Afrique a le meilleur potentiel pour passer d’un seul coup de l’énergie classique à des formes d’énergie plus propres.

“Selon nos estimations, la Communauté de développement de l’Afrique australe produira au fil du temps moins d’électricité à partir du charbon.

“Présentement, 70 pour cent de l’énergie de la région est produite à partir du charbon. En 2025, ceci pourrait être 42 pour cent. Nous prévoyons également que la production d’électricité à partir de l’énergie hydroélectrique et du gaz augmentera respectivement de 60 pour cent et de 150 pour cent”, a ajouté Clarke.

L’un des pays africains qui s’est embarqué dans la mission d’étendre sa capacité de transformer le gaz en énergie est la Tanzanie.

Bien que la production de l’électricité à partir du gaz naturel ne soit pas considérée comme une stratégie d’énergie renouvelable, le processus est beaucoup plus propre par rapport à la production d’électricité à partir des combustibles liquides tels que le diesel et le kérosène ou ceux à base de charbon.

“En ce moment, la demande tanzanienne en gaz pour la production de l’électricité excède 105 millions de pieds cubes”, a déclaré Oswald Mutaitina, directeur des finances et du développement commercial à Songas, société tanzanienne de gaz et d’électricité.

“Nous produisons actuellement 70 millions de pieds cubes de gaz par jour, ce que nous voulons doubler. Pour le faire, nous devons étendre et améliorer les infrastructures”, a expliqué Mutaitina, ajoutant que ceci coûtera 60 millions de dollars.

La société, partiellement détenue par le gouvernement et par des organismes privés, obtient son gaz de l’île de Songo Songo. L’île est située au large de la côte à partir de la capitale commerciale de la Tanzanie , Dar-Es Salaam, et détient 1,2 billion de pieds cubes de gaz naturel.

En dehors du prélèvement du gaz et de sa vente à d’autres producteurs d’énergie, Songas produit aussi de l’électricité. Selon les statistiques de la société, elle alimente le réseau électrique de la Tanzanie avec 180 MW.

La demande croissante d’énergie produite à partir du gaz au lieu des combustibles classiques est liée à l’étiquette de prix.

“Le gaz est moins cher, comparé aux combustibles liquides tels que le diesel et le kérosène. En outre, le gaz que nous utilisons dans notre centrale est un produit local et ne doit pas, contrairement aux liquides, être importé”, a déclaré Mataitina à IPS.

“Donc, nous ne dépendons pas des fluctuations des marchés internationaux de combustible.

“Par conséquent, nous sommes en mesure de fournir de l’électricité moins chère, à 0,06 dollar par kilowattheure”, a-t-il ajouté. L’électricité produite par 'Independent Power Tanzania Ltd' ou le Tsavo alimenté au diesel coûtent respectivement au Kenya 0,11 dollar et 0,12 dollar par kilowattheure (KWH).

Un autre avantage, selon Mutaitina, est que l’expansion planifiée améliorera l’accès des Tanzaniens à l’électricité. “Actuellement, seulement 10 pour cent du pays a de l’électricité”, a déclaré Mutaitina. “Ceci s’améliorera au cours des années à venir”.