RD CONGO: Une marche mondiale des femmes pour soutenir les victimes des violences sexuelles

BUKAVU, 16 oct (IPS) – Une «marche mondiale des femmes» se déroule du 14 au 17 octobre à Bukavu, la principale ville de la province du Sud-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) pour exiger l’arrêt des violences faites aux femmes et la fin de l’impunité pour leurs auteurs.

Pendant trois jours, les participants venus du monde entier ont focalisé leur attention sur la dénonciation et la prévention des violences sexuelles sous quatre thèmes : le respect des biens communs, la paix et la démilitarisation, le travail des femmes, et les violences envers les femmes. «Le choix de la ville de Bukavu a été motivé par la nécessité, pour les organisateurs, de construire la paix, la justice et l’égalité entre les femmes et les hommes, d’agir contre toutes les causes de la guerre et de valoriser les ressources locales et la pérennisation d’une paix durable», a déclaré à IPS, Marie-Noel Cikuru, une des organisatrices et animatrice de 'Vision d’espoir', une organisation non gouvernementale engagée dans la prise en charge des femmes victimes des violences sexuelles dans l’est de la RDC.

Présidant la marche, Olive Lembe, épouse du président congolais a indiqué devant un parterre de journalistes que «cette activité est une expression de la solidarité internationale et un fait que les femmes du monde entier sont vigilantes vis-à-vis de la situation de leurs paires en RDC».

Voici une occasion particulière offerte aux femmes de tout âge et de toute race pour faire arrêter toute forme de violences faites à la femme», a souligné Marie Frantz, responsable de l’association 'Solidarité femmes haïtiennes', présente à Bukavu.

Pour Cikuru, «cette marche des femmes est aussi un message d’engagement actif de la communauté internationale en faveur des millions de victimes des violences sexuelles en RDC». Selon elle, «Le choix de Bukavu est justifié par le fait justement que la partie orientale du pays a été le lieu où le plus grand nombre des violences sexuelles ont eu lieu depuis 14 ans».

«Cette marche est surtout une interpellation des décideurs politiques à prendre des décisions courageuses pour la protection des victimes de manière particulière, et de la vie humaine de manière générale», a déclaré Baby Cirhezi, une femme juriste engagée dans l’Association pour la défense des intérêts de la ville de Bukavu (ADIB).

En effet, cette marche qui réunit plus de 3.000 personnes, en majorité des femmes venant du monde entier, intervient quelques jours après la publication du rapport du projet 'Mapping' des Nations Unies, qui a identifié environ 600 incidents graves relatifs aux violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire en RDC entre 1993 et 2003, parmi lesquels plusieurs cas de violences sexuelles demeurées impunies. Dans ses recommandations, le rapport du 'Mapping' demande au gouvernement congolais de «mettre en place des mécanismes de justice et de protection en faveur des victimes».

Cependant, la lutte contre les violations des droits de l’Homme et en particulier contre les violences sexuelles, continue à souffrir d’un manque d’engagement politique des dirigeants congolais. En réaction au rapport du 'Mapping', les autorités congolaises le démontrent par leurs divergences de vues à propos des réponses à réserver aux demandes de justice pour les victimes.

Par exemple, «moins de 56 pour cent sur plus de 287 des violences sexuelles répertoriées dans la seule province du Sud-Kivu de 2005 à 2007 font objet d’enquêtes judiciaires», selon le rapport du 'Mapping'. Il ajoute que «selon des statistiques des hôpitaux, cliniques et autres structures médicales de cette province, les 287 cas susmentionnés représentent moins d’un pour cent des cas de viols déjà rapportés par plusieurs autres sources fiables».

Ce qui démontre déjà l’incapacité des autorités congolaises à mener des enquêtes sérieuses et exhaustives sur les cas de violences sexuelles sur toute l’entendue du pays, estime Fernandez Murhola, président du Réseau national des ONG de défense et de promotion des droits de l’Homme au Congo (NERADHOC).

«L’incapacité du gouvernement se perçoit aussi dans son manque de cohérence dans la prise de position sur les mécanismes à mettre en place pour la lutte contre l’impunité des violations des droits de l’Homme de manière générale», selon Murhola.

En témoignent les divergences de vues entre d’une part, Atoki Ileka, représentant permanent de la RDC aux Nations Unies, qui estime que «ce rapport bien détaillé est crédible», Emmanuel Luzolo, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, qui affirme que «le gouvernement congolais fera tout pour amener les coupables devant la justice et obtenir des réparations pour les victimes», et d’autre part, Lambert Mende, ministre de la Communication et des Médias et Porte-parole du gouvernement pour qui «d’une manière générale, les mérites indéniables de ce rapport sont écornés par son ambivalence».

Mende a déclaré à IPS le 12 octobre : «Il est faux que les magistrats congolais subissent les obstacles matériels, psychologiques ainsi que des pressions, et que leurs procédures sont bâclées et douteuses, que les actes judiciaires sont mal rédigés ou insuffisamment motivés, que les décisions sont irrationnelles, qu’elles violent les droits de la défense des victimes…», comme l’affirme le rapport du 'Mapping'.