EAU-ZAMBIE: Des fonds volatilisés signifient que les champs restent secs

LUSAKA, 14 oct (IPS) – Le Projet d'irrigation de M'cheleka était destiné à répondre aux problèmes de l'eau et de sécurité alimentaire dans le district de Chadiza, dans la province orientale de la Zambie. Mais dix ans après l'achèvement du mur du barrage, seulement six familles bénéficient de l'eau.

C'est une indication que dans certains cas, la crise de l'eau est autant due à la mauvaise gouvernance qu’au manque réel de ressources en eau. Des ressources en eau limitées et la baisse de la fertilité des sols avaient sérieusement affecté les rendements agricoles dans le village de Chadiza. Lorsque la construction du mur du barrage de M'cheleka a été achevée en 2000, Hastings Mbuzi et des centaines d'autres villageois à Chadiza croyaient qu'ils seraient bientôt riches. Ils n'auraient plus besoin de parcourir de longues distances pour se rendre dans d'autres parties de la province afin d’acheter des aliments. Les villageois cultivent actuellement du maïs, du soja, des tournesols, des patates douces et des arachides. Ce projet d'irrigation a offert la possibilité de cultiver tout au long de l'année, d'inclure la production de légumes, de canne à sucre, de bananes, de haricots et de manioc. Mais ce barrage, rempli d'eau, est resté là non exploité. Les villageois ont attendu patiemment, espérant que quelque chose pourrait être fait. En septembre 2008, il semblait qu’un progrès avait été réalisé lorsque le gouvernement a déboursé 190 millions de kwacha zambiens (environ 40.000 dollars) pour l'achèvement du projet. Cet argent devait couvrir 4,5 kilomètres de la construction d’un canal, l'installation d'un réseau de canalisations et l'excavation d'une rigole de drainage; ainsi que la formation dans l’exploitation, l’entretien et la gestion du système. Cela était en ligne avec l'engagement du gouvernement, dans le cinquième Plan national de développement (FNDP) du pays, à appuyer le développement et la gestion des ressources en eau. Mais deux années plus tard, un rapport du 'Office of the Auditor General' (Inspection générale – OAG) indique que bien que l'argent ait été décaissé à travers le Bureau provincial de coordination de l’agriculture en septembre 2008, et que les documents montrent qu’il a été complètement dépensé, le projet est resté inachevé sur le terrain. “Tout ce que nous savons, c'est que l'argent a été décaissé aux responsables agricoles de district pour acheter du matériel pour la construction des canaux”, a déclaré Mbuzi, l'un des 300 villageois qui devraient bénéficier du projet. “Au début, les responsables nous disaient qu'ils reviendraient. Nous n'avions jamais eu une explication claire de ce qui se passait. Finalement, seulement 500 mètres du canal ont été construits, et seulement six familles les utilisent pour l'irrigation”, indique-t-il. La poignée d'agriculteurs que le projet a atteints en tirent les avantages. Selon le réseau zambien de lutte contre la pauvreté, la Société civile pour la réduction de la pauvreté (CSPR), les six familles ont pu cultiver du maïs et des choux d’hiver, et leur revenu moyen de ménage de 625 dollars est actuellement presque le double de celui des autres agriculteurs dans le district, qui n'ont pas encore accès à l'eau. Mbuzi dit que les familles qui sont chanceuses auraient pu faire encore mieux si le projet d'irrigation était achevé. “Les six familles passent trop de temps sur le projet parce qu'il est inachevé et beaucoup de choses ne sont pas en place. Par exemple, elles ont besoin d'être toujours là afin de chasser les animaux puisque la zone n'est pas clôturée”. Examinant le rapport de l’OAG, la CSPR déclare que M'cheleka n'est que l'un des 10 projets d'irrigation inachevés en raison des irrégularités dans les dépenses. Un autre projet du genre est le Barrage de Nkhanya, où l’OAG a constaté qu’aucun travail n’a été fait malgré le décaissement en juillet 2009 de 100.000 dollars auprès du Fonds d'investissement rural (FIR). Mbuzi craint que le projet ne soit jamais achevé. La confirmation du rapport de l’OAG, selon lequel les fonds ont été décaissés, soulève seulement la question en vue d'une éventuelle revue par le parlement; jusqu'à ce que cela se produise un jour dans les deux prochaines années, tout ce qui est certain est qu’aucun autre fonds ne peut être accordé. Les voix des agriculteurs de Chadiza et de la CSPR ont été associées à d’autres pour appeler à un forum comprenant la société civile et les ministères afin d’assurer une responsabilité plus grande pour les dépenses. Le Projet d’irrigation de M’cheleka se présente comme un triste monument du refus de le réaliser.