MBABANE, 13 oct (IPS) – Sibongile Mavimbela vit avec le VIH depuis 12 ans; elle est sous traitement anti-rétroviral depuis sept ans. Mais cette mère de deux enfants craint que le stock d'antirétroviraux (ARV) gratuits s’épuise dans un futur proche si les contributions au Fonds mondial de lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme n’atteignent pas les 20 milliards de dollars nécessaires pour répondre aux objectifs de développement.
Cette mère de deux enfants est l'une des 2,5 millions de personnes dans 144 pays qui ont reçu le traitement anti-rétroviral grâce au Fonds mondial au cours de ses huit années d'existence. Mais l'avenir du Fonds est incertain, puisque les gouvernements et les bailleurs de fonds du secteur privé se sont réunis à New York les 4 et 5 octobre pour annoncer leurs contributions pour la période 2011-2013.
Le Fonds affirme qu'il a besoin d'un minimum de 13 milliards de dollars – un niveau de financement qui ne couvrirait que les programmes déjà lancés, avec la limitation des rounds d’appui futurs. Pour appuyer les programmes existants ainsi que les nouveaux qui permettraient la réalisation de ces Objectifs du millénaire pour le développement, il faudra environ 20 milliards de dollars.
L'Allemagne, le troisième plus gros donateur au Fonds après les Etats-Unis et la France, envisage de réduire son budget d'aide de deux tiers. L'Italie est susceptible d’arrêter complètement de faire des dons au fonds qui a permis à des millions de personnes vivant avec le VIH d'accéder gratuitement aux ARV.
“D'autres pays ont annoncé de modestes augmentations”, a déclaré Aymeric Peguillan, chef de la mission de Médecins Sans Frontières (MSF) au Swaizland, une organisation non gouvernementale médicale caritative. “Dans le passé, il a été demandé aux pays bénéficiaires de réduire leurs propositions budgétaires de 10 pour cent”.
Il craint qu’on dise aux pays de réduire les dépenses dès cette année.
Le Royaume du Swaziland présente la plus forte prévalence du VIH/SIDA dans le monde – 26 pour cent des 1,1 million d'habitants du pays vivent avec le VIH/SIDA. Selon MSF, 14.000 nouveaux cas de tuberculose sont diagnostiqués chaque année – et jusqu'à 80 pour cent de ces personnes ont aussi le VIH. L'espérance de vie a chuté à moins de 32 ans et deux tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
La demande du Swaziland pour 140 millions de dollars de soutien du 10ème Round du Fonds mondial est le montant le plus élevé que le pays ait jamais demandé.
Mavimbela et d'autres activistes anti-SIDA ont remis une pétition aux ambassades des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE) afin d’exhorter les pays riches à s'engager à réapprovisionner le Fonds mondial des 20 milliards de dollars nécessaires au cours des trois prochaines années.
“Nous exigeons également que le gouvernement du Swaziland s’associe avec d'autres gouvernements des pays en développement au cours de la troisième Conférence de reconstitution volontaire des ressources du Fonds mondial [à New York]”, a indiqué Mavimbela.
Les militants du Swaziland, dirigés par MSF, 'Swaziland Positive Living' (Vivre positivement au Swaziland – SWAPOL), le Réseau national des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Swaziland, 'Women Together' (Femmes unies) et la Communauté internationale des femmes vivant avec le VIH/SIDA, exigent que les pays riches honorent leur promesse faite en 2005 de consacrer 0,7 pour cent de leur produit intérieur brut à l'aide au développement.
Bien que le chef de la délégation de l'UE au Swaziland, Hans Duynhouwer, ait dit qu'il partage les préoccupations des militants, il a également indiqué que les pays d'Afrique australe – y compris le Swaziland – n'ont pas réussi à exploiter complètement les subventions qu'ils ont reçues.
“Je souhaite que les pays d'Afrique australe puissent rapidement utiliser les subventions accordées par le Fonds mondial afin que davantage de fonds puissent être disponibles”, a déclaré Duynhouwer.
Siphiwe Hlophe, directrice de SWAPOL, a convenu que le décaissement des fonds auprès du principal bénéficiaire, la Commission nationale de lutte contre le VIH/SIDA (NERCHA), est très lent. Elle a dit que les organisations non gouvernementales (ONG) travaillant dans le domaine de la prévention, le traitement et les soins du SIDA et de la tuberculose, manquent de ressources pour atteindre les personnes touchées, alors que l'argent dort à la NERCHA.
“Nous [SWAPOL] avons reçu le financement en juin, un financement que nous étions censés obtenir en janvier”, a affirmé Hlophe.
Alors même que le pays préparait sa demande pour le 10ème Round, environ 33 millions de dollars des allocations précédentes n’étaient pas encore dépensés.
La NERCHA, déclare Hlophe, est le seul conduit pour l’aide du Fonds mondial au Swaziland. Les ONG ont proposé que l'Assemblée de coordination des organisations non gouvernementales (CANGO) devienne le deuxième bénéficiaire de cette aide.
Derrick von Wissel, le directeur de la NERCHA, a reconnu qu'il existe des fonds non dépensés, mais il a expliqué que cela était dû au fait que certains projets sont plus lents que d'autres.
“Dans le deuxième Round, nous avons utilisé 97 pour cent de la subvention, qui a été complètement absorbée en 2008. Mais certains projets – tels que la construction de soupes populaires pour les orphelins et enfants vulnérables et l'emploi du personnel de santé – prennent du temps”.
Il a dit qu’une partie de l’argent est également affectée au renforcement du système de santé qui prend aussi du temps.
“Il y a des ONG qui affirment qu'elles peuvent utiliser l'argent pour les différents projets de lutte contre le VIH/SIDA, mais une chose est de le faire à la bouche et une autre est la mise en œuvre sur le terrain”, a déclaré von Wissel.
Il soutient l'appel pour que CANGO devienne le deuxième bénéficiaire du Fonds mondial, mais avertit que l'organisation devrait s'assurer qu'elle dispose d'un personnel et des installations adéquats pour répondre aux normes du fonds.
“C’est un travail difficile”, a affirmé von Wissel.
Il demeure optimiste même si le Swaziland recevra la subvention proposée en dépit du changement de la situation financière mondiale.
“Nous devons continuer à faire pression sur les pays riches qui utilisent maintenant la crise mondiale comme prétexte pour réduire les contributions au fonds”, a souligné Peguillan.
La vie de Mavimbela et de millions d’autres personnes vivant avec le SIDA est en jeu.

