KIGALI, 9 oct (IPS) – Avec deux vaches dans une étable, on peut produire du biogaz chez soi. Il remplace avantageusement le bois de chauffe qui se fait rare et enfume les cuisines. Au Rwanda, on note un engouement des ménages ruraux pour les digesteurs dont 350 ont déjà été installés, avec le soutien du gouvernement.
“Avoir un digesteur de biogaz, c'est aujourd’hui le rêve de nombreux villageois. Celui qui a une somme importante, investit, sans rien demander, dans une installation de biogaz. Chacun veut profiter des subventions octroyées par le gouvernement et les bailleurs”, déclare Dame Kaligirwa, de Ngoma, dans l’est du Rwanda. Depuis 2007, le pays vulgarise l’utilisation du biogaz pour la cuisson et l’éclairage des ménages en milieu rural, une politique adoptée pour protéger l’environnement en utilisant une énergie propre issue des déchets organiques. D’habitude, herbes sèches, déchets agricoles, bois, charbon de bois et tous les autres produits issus de la biomasse constituent les principales sources d’énergie de chauffe, de cuisson et d’éclairage utilisées dans plus de 95 pour cent des ménages rwandais jusqu’aujourd’hui. Mais, les coupes de bois détruisent l'environnement et ce combustible est de plus en plus difficile à trouver. Bois rare et abondante fumée “Nous avons un sérieux problème avec le bois de chauffe. On passe beaucoup de temps à en chercher”, témoigne une villageoise de l’est. “Il nous arrive même de ne pas manger quand on en manque. Même des produits naturels comme des herbes sèches deviennent impossibles à trouver pendant la saison des pluies. Nous perdons beaucoup de temps à les rechercher et nous sommes longtemps dans la fumée quand nous préparons à manger”.
“Sans autre source d’énergie, la cuisson peut détruire toutes les forêts”, note aussi un agronome de Muhanga, dans le sud. Les écoles, les camps militaires, les ménages ne cessent de couper des arbres, défricher les champs, pour avoir du bois, du charbon ou autres matières combustibles. “Non seulement cette désertification constitue une menace sérieuse pour l’environnement, mais aussi pour la santé des populations rurales exposées aux fumées dans des cuisines étroites”, explique un technicien agricole. Pour sauver les arbres, le gouvernement rwandais a donc décidé, depuis trois ans, de subventionner les fermiers pour la construction de digesteurs à biogaz. Toute installation comporte trois parties : un stock de matières organiques – mélange de bouse, d'urine de vaches et d'eau -; une citerne souterraine où se fait la digestion à l’aide des bactéries et organismes méthanogènes; et la partie supérieure du digesteur en forme de voûte – le dôme – dans lequel est stocké le gaz. Une fois produit, le gaz est transporté par des conduits vers la cuisine et les lampes à gaz. Aujourd’hui, dans chaque secteur administratif, un fermier modèle reçoit un financement pour un digesteur. Les voisins peuvent ainsi observer son fonctionnement.
Des aides financières Pour encourager les fermiers à construire des digesteurs, le Programme national de biogaz domestique finance 30 pour cent de l'installation à condition de posséder au moins deux vaches élevées en étable. Le coût de construction d’un digesteur à gaz de six mètres cubes, valable pour une famille moyenne de cinq personnes, s’élève à 800.000 francs rwandais (FRW, environ 1.400 dollars). Selon Augustin Hategeka, coordinateur du programme, le gouvernement donne notamment un appui financier. Une ligne de crédit spéciale a aussi été créée à la Banque populaire du Rwanda. Actuellement, plus de 350 installations de biogaz fonctionnent dans différentes régions du pays. Ainsi, bon nombre de villageois s’habituent à éclairer leurs maisons et à cuisiner avec cette énergie nouvelle. Autre avantage : les déchets du biogaz sont un très bon engrais organique pour fertiliser les champs. Pour bon nombre d’agriculteurs, alimenter leurs digesteurs ne pose pas de problème, car la plupart des ménages possèdent des vaches suite au programme du gouvernement “une vache à chaque famille pauvre”. Les écoles et les camps militaires eux produisent du gaz à partir des latrines. Les femmes qui assument l'essentiel des travaux ménagers, sont les premières intéressées. “J’ai pris la décision de me faire construire un digesteur de biogaz, car j’en avais marre du bois de chauffe très cher, voire introuvable au marché”, affirme Léocadie Kazayire, dans le nord. “Imaginez quatre morceaux de bois pour 700 FRW (environ 1,20 dollar)! Le biogaz n’a pas d’égal. Très rapide pour la cuisson. Il ne dégage pas beaucoup de chaleur dans la cuisine, c’est sans fumée, sans saleté… C’est pourquoi on peut même mettre un lit dans la cuisine et dormir!” Pour Kazayire, cette source d’énergie est extraordinaire. “Pas de fumée, pas de temps à perdre à souffler sur le feu, tout cela est révolu. Il nous permet de cuire les repas et après, il fertilise nos champs avec de l’engrais organique. Grâce à lui, nous avons augmenté la production de céréales et de légumes”, se vante-t-elle. Le Programme national de biogaz domestique envisage d’atteindre au moins 5.000 unités d’ici à la fin de 2012. *(Albert-Baudouin Twizeyimana est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).

