ZIMBABWE: La circoncision néonatale n’a pas encore pris du terrain

BULAWAYO, 8 oct (IPS) – Judith Sikhosana a récemment donné naissance à un garçon en bonne santé. Et même si elle a strictement suivi le conseil des agents de santé concernant les soins post natals pour son enfant, il y a une chose qu’elle n’a pas comprise: pourquoi les infirmiers veulent que son bébé soit circoncis.

“J’ai reçu des conseils concernant les avantages de la circoncision pour mon bébé par rapport au VIH, mais il n’est qu’un enfant. Je ne devrais pas penser à des choses pareilles”, a déclaré Sikhosana concernant son fils de quatre mois.

Sikhosana a déclaré qu’elle n’a pas rencontré des mères ayant fait circoncire leurs bébés et qu’elle ne veut pas être une “pionnière”. “Je verrai avec le temps”, a-t-elle déclaré, en bavardant avec d’autres nouvelles mères qui acquiesçaient d’un signe de la tête.

Les infirmiers des cliniques de la municipalité très dense de Bulawayo déclarent que la réponse de Sikhosana à la circoncision masculine néonatale – de même que celle d’autres mères – n’est pas isolée.

La circoncision néonatale a été introduite en 2010 par le ministère de la Santé et du Bien-être de l’enfant. Mais elle ne fait que commencer à attirer l’attention du public comme certaines mères ignorent encore le programme et ses avantages.

Mais avec la lente compréhension nationale sur la circoncision masculine des adultes, la circoncision néonatale est considérée comme un moyen sûr de réduire les nouvelles infections à long terme. Le Conseil national de lutte contre le SIDA du Zimbabwe a déjà fait remarquer que le faible niveau de circoncision masculine pourrait annuler les acquis du pays contre le VIH.

Selon le ministère de la Santé et du Bien-être de l’enfant, seuls 5.000 hommes du Zimbabwe ont été circoncis depuis 2007. Ceci pourrait faire de la circoncision des bébés une approche plus pratique vers le changement de ce que l’Organisation mondiale de la santé considère encore comme le niveau élevé du VIH/SIDA dans le pays.

Mais la réticence remarquée parmi les mères comme Sikhosana a montré qu’il y a encore un long chemin à parcourir avant que la pratique ne s’installe, déclare la sage-femme Thubelihle Mkhwebu. La plupart des nouvelles mères ont déclaré que la lutte contre le VIH devrait être limitée aux adultes car elles ne veulent pas qu’on “coupe” leurs bébés. “Nous avons encore beaucoup de persuasion à faire”, a déclaré Mkhwebu.

Alors que la circoncision masculine est un rite de passage qu’on observe encore ici parmi certaines communautés, les activistes culturels déclarent qu’elle est une tradition en voie de disparition au Zimbabwe. Et bon nombre de gens n’en sont pas passionnés.

“De nombreuses nouvelles mères ne comprennent pas vraiment pourquoi un nourrisson doit être circoncis et beaucoup prétendent que ceci ne fait pas partie de leur culture et même de leur religion”, a déclaré Mkhwebu.

Ces préoccupations surgissent au moment où le Plan d’aide d’urgence du Président américain pour la lutte contre le SIDA et ses partenaires d’intervention ont fait don de matériels médicaux de circoncision masculine d’une valeur de cinq millions de dollars en septembre. Ceci est le premier don important pour la campagne sur la circoncision masculine qui a aussi ciblé les bébés de sexe masculin dans le pays.

Le ministère de la Santé et du Bien-être de l’enfant vise à avoir 80 pour cent d’adultes sexuellement actifs et de nouveaux-nés de sexe masculin circoncis d’ici à 2015.

Mais à juger d’après ce qui se passe dans les cliniques locales, il est devenu évident que toutes les nouvelles mères n’ont pas répondu avec enthousiasme à l’appel à la circoncision néonatale. Et ce n’est pas seulement les mères qui ne sont pas convaincues de la nécessité de la circoncision néonatale, les pères non plus.

Nyarai Moyo, une nouvelle mère qui va à la clinique post natale de la banlieue de Nkulumane, a déclaré qu’elle a discuté avec son mari de l’idée de faire circoncire son fils. Mais il n’est pas convaincu de la nécessité de le faire. “Ça ne me dérangerait pas tant que ceci (la circoncision) vise à protéger mon enfant. Mais c’est une décision que je ne peux pas prendre seule”, a déclaré Moyo.

“Mon mari ne l’a pas pris avec enthousiasme, soulignant qu’il n’est pas lui-même circoncis, alors pourquoi son enfant devrait-il être accablé de cela? Il déclare que l’enfant décidera pour lui-même quand il sera grand”, a-t-elle rapporté.

La réponse lente à la circoncision masculine néonatale pourrait être aussi attribuée à ce que l’enquête de suivi à indicateurs multiples de 2009 du pays a relevé comme un manque continu de connaissances et de compréhension étendues sur le VIH/SIDA parmi la plupart des Zimbabwéens.

La compréhension du VIH/SIDA, selon l’enquête, tend à augmenter avec l’éducation et la richesse. Et parce que la réticence à faire circoncire les bébés de sexe masculin provient en grande partie des mères qui fréquentent les cliniques des banlieues pauvres de la classe ouvrière, il y a des préoccupations selon lesquelles un changement des attitudes pourrait prendre un certain temps.

Il y a, cependant, des poches d’espoir. Jennifer Muza, une mère d’un garçon d’un an, travaillant à son propre compte, a déclaré qu’elle souhaite faire circoncire son enfant.

“Je n’y ai jamais songé, mais pourquoi pas? Je peux le faire circoncire. Ce n’est pas un problème”, a déclaré Muza, débordant d’un genre d’assurance qui, selon les agents de santé, a fait beaucoup défaut jusqu’à présent parmi les mères. C’est une confiance qui doit se traduire encore en action.

Mais en attendant, pour les mères comme Sikhosana, la responsabilité de la circoncision est laissée à leurs enfants une fois qu’ils atteignent l’âge adulte.