MALAWI: Des violences basées sur le genre ruinent le camp de réfugiés

BLANTYRE, 2 oct (IPS) – A l'âge de 13 ans, Chantal Kifungo* est mère d'une fille de 10 mois. Ce n'était pas son choix. Il y a près de deux ans, elle a été violée par son beau-père – et est tombée enceinte de l'enfant.

“Ma mère était à l'hôpital parce qu'elle avait des complications avec sa grossesse. On m’avait laissée seule auprès de mon beau-père. Une nuit, il est rentré et m'a violée. J'ai essayé de crier pour demander de l'aide, mais personne ne m'a entendue”, explique Chantal tout en jouant nerveusement avec ses mains sur son genou. Le lendemain matin, cette fille a informé une voisine, mais cette dernière ne l’a pas crue. Ce n'est que lorsque sa mère est revenue de l'hôpital, des semaines plus tard, que Chantal a retrouvé la confiance et le soutien affectif. Mais à ce moment, elle était déjà enceinte, et son beau-père avait disparu. Ce qui a rendu la situation particulièrement difficile est que Chantal et sa mère Mathilde*, qui sont originaires de la République démocratique du Congo, vivent ensemble avec environ 11.000 autres réfugiés, venus de partout sur le continent, dans le seul camp de réfugiés très peuplé de Dzaleka, au Malawi. Les conditions ici sont dures, et le viol ainsi que les violences conjugales dues à l'abus d'alcool, au stress et au désespoir sont des problèmes très répandus. “Tous les jours, nous avons un conflit ici dans le camp”, admet Martin Mphundukwa, directeur du camp de Dzaleka et un responsable du service des réfugiés au Malawi. “Le financement pour le camp est insuffisant; alors la vie est très dure pour les réfugiés. Beaucoup ont recours à la violence”. Puisque la loi du Malawi interdit aux réfugiés de vivre en dehors du camp ou de chercher un emploi, ils sont contraints de vivre dans le camp de Dzaleka, qui se situe à 42 kilomètres de Lilongwe, la capitale du Malawi. Ce camp était un centre de détention des prisonniers politiques du temps du président Hastings Kamuzu Banda. Ici, les réfugiés vivent dans des rangées de simples maisons en terre cuite sur une bande de terre aride. Les rations alimentaires de base et les objets de toilette qu'ils reçoivent tous les mois suffisent à peine pour survivre. Dès que Mathilde a été informée du viol de sa fille, elle a alerté le poste de police installé dans le camp. Mais lorsqu’elle a essayé de poursuivre l’affaire deux semaines plus tard, on lui a dit qu'elle devait payer un pot-de-vin pour que l'enquête continue. Comme elle n'a pas l'argent, le rapport d’enquête a été “égaré” peu de temps après. C'est seulement bien plus tard que Mathilde a été informée d'un projet sur les violences basées sur le genre dirigé par la Croix-Rouge du Malawi à l'intérieur du camp. Ce projet sensibilise les réfugiés sur leurs droits, sur les violences et offre un refuge sûr pour les femmes victimes de violence, fournit des conseils, l’accès aux soins médicaux et le dépistage du VIH. La Croix-Rouge collabore également avec la police et le service des réfugiés afin de faire assumer leurs responsabilités aux auteurs des violences. Avec l'assistance du personnel de la Croix-Rouge, le dossier de Chantal a été finalement rouvert, bien qu’on murmure que son beau-père a fui le pays. La jeune fille a également reçu des conseils, subi un examen médical et fait le test du VIH. A ce moment, il aurait été trop tard pour administrer la prophylaxie post-exposition au cas où elle avait été infectée par le VIH. Malheureusement, le cas de Chantal n'est pas isolé. Tous les mois, entre sept et dix cas de violences basées sur le genre sont signalés dans le camp, déclare Cecilia Banda, une assistante sociale de la Croix-Rouge. Elles vont du fait de battre et de maltraiter sa femme, à l’enlèvement et au viol d'enfants. “Nous voyons beaucoup, beaucoup de cas”, confirme Constable Brian Mzembe, un policier en poste au camp. “Mais ce qui est positif est que la dénonciation des cas de violence a augmenté depuis que la Croix-Rouge a commencé à aider les victimes. Les gens ont maintenant moins peur de parler”. Cependant, très peu d'auteurs sont condamnés. Actuellement, un seul cas a abouti devant les tribunaux, et seulement deux auteurs ont été condamnés cette année – un pour viol, l'autre pour viol d'un mineur. Les raisons de la faiblesse du taux de condamnation varient, affirme Mzembe. Certaines femmes retirent leur plainte à cause de la peur, tandis que d'autres enquêtes s'arrêtent parce que l'auteur a fui le camp. Mais la plupart des cas semblent ne pas aboutir à cause de l'inefficacité bureaucratique. “Notre principal problème est que les policiers en service dans le camp se relayent tous les mois. Toutes les fois que vous poursuivez un cas, vous avez affaire à quelqu'un de nouveau. Cela fait qu’il est difficile de suivre l’évolution des affaires et beaucoup de dossiers sont égarés”, explique Banda. Néanmoins, Banda estime que, dans ces limites, la police fait de son mieux pour réduire la criminalité à Dzaleka. Elle a créé récemment une équipe de 18 policiers qui patrouillent dans le camp le jour comme la nuit. Et en collaboration avec la Croix-Rouge, elles ont lancé une campagne porte-à-porte de prévention de la criminalité afin de sensibiliser les ménages sur la sécurité et les droits de l'Homme. Toutefois, pour Chantal, ces efforts sont venus trop tard. “J'ai perdu tout espoir. Les autres enfants me narguent. Ils disent que je partage un mari avec ma mère. Les adultes m'accusent d'avoir volé le mari de ma mère. Certains affirment que ma mère devrait me tuer avec mon enfant”, dit-elle avec un soupir. Mais cette adolescente n’a nulle part d’autre où aller pour commencer une nouvelle vie. Jusqu'à ce qu'ils soient rapatriés ou réinstallés, il leur est interdit de quitter le camp. Cela peut durer des années. *Les noms ont été modifiés pour protéger les identités des personnes interviewées.